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    L'hypocrisie financière face aux crises
    Par Joseph Stiglitz, prix Nobel d’économie

    Par L'Economiste | Edition N°:2703 Le 30/01/2008 | Partager

    Joseph E. Stiglitz, lauréat du prix Nobel d’économie, enseigne cette discipline à l’université de Columbia après avoir dirigé le board des conseillers économiques du président Clinton et servi en qualité de directeur économique et de vice-président de la Banque mondiale. Il en a démissionné en 2000, et, depuis, il se montre très critique à l’endroit de l’institution. Son ouvrage le plus vendu, «Globalization and its discontents» [La grande désillusion] a été traduit dans plus de 30 langues. Il a publié il y a un an The Roaring nineties: a new history of the world’s most prosperous decade, que l’on pourrait traduire par «Les rugissantes années 90: une nouvelle histoire de la décennie la plus prospère du monde». Il a publié l’année dernière «Making globalization work» (Comment faire fonctionner la globalisation). Son dernier ouvrage s’intitule «Un autre monde: contre le fanatisme du marché» (Ph. Project Syndicate)Cette année marque le dixième anniversaire de la crise de l’Est asiatique, qui débuta en Thaïlande le 2 juillet 1997, s’étendit à l’Indonésie en octobre et à la Corée en décembre. Elle finit par se transformer en crise financière mondiale, entraînant la Russie et des pays d’Amérique latine, comme le Brésil, et causant des dégâts au cours des années qui suivirent: ainsi, l’Argentine de 2001 put être comptée parmi ses victimes. Il y eut beaucoup d’autres victimes innocentes, notamment parmi des pays qui n’étaient pas impliqués dans les flux de capitaux à l’origine de la crise. Le Laos, par exemple, a figuré parmi les pays les plus touchés. Bien que toute crise ait une fin, personne ne savait à l’époque à quel point les récessions et dépressions qui allaient suivre, allaient être longues, étendues et profondes. Ce fut la pire crise mondiale depuis la Grande dépression.En tant qu’économiste en chef et vice-président de la Banque mondiale, je me suis retrouvé au milieu du cataclysme, et au centre des débats sur ses causes et les réactions appropriées. L’été et l’automne derniers, j’ai visité à nouveau plusieurs des pays affectés, notamment la Malaisie, le Laos, la Thaïlande et l’Indonésie. Leur rétablissement fait chaud au cœur. Ces pays connaissent aujourd’hui une croissance de 5  ou 6 %, voire davantage – pas aussi rapide qu’à l’époque du miracle de l’Est asiatique, mais bien plus vite que quiconque ne l’aurait cru possible au lendemain de la crise.Ce n’est pas un hasard si ces pays, qui n’ont pas complètement libéralisé leurs marchés de capitaux, s’en sont si bien sortis. Des recherches ultérieures menées par le FMI ont confirmé ce que toutes les études sérieuses avaient démontré: la libéralisation des marchés de capitaux apporte l’instabilité, mais pas nécessairement la croissance (l’Inde et la Chine ont, elles aussi, fait partie des économies à la croissance la plus rapide).Le contraste entre les conseils du FMI et du Trésor américain à l’Est asiatique, et ce qui s’est passé dans la débâcle conséquente des subprimes, est flagrant. On a demandé aux pays de l’Est asiatique d’augmenter leurs taux d’intérêt, parfois de 25%, 40% ou davantage, provoquant une foule de cessations de paiement. Au cours de la crise actuelle, la Réserve fédérale américaine et la Banque centrale européenne ont, elles, réduit les taux d’intérêt.De même, les pays victimes de la crise de l’Est asiatique ont essuyé un sermon sur la nécessité d’afficher plus de transparence et une meilleure réglementation. Mais le manque de transparence a joué un rôle central dans le credit crunch de l’été dernier; des emprunts immobiliers toxiques ont été disséqués et coupés en morceaux, envoyés à travers le monde, intégré à des formules comprenant de meilleurs produits, et cachés comme nantissement, pour que personne ne sache au juste qui détenait quoi. On entend aujourd’hui un chœur de mises en garde sur les nouvelles réglementations, supposées entraver les marchés financiers (y compris leur exploitation d’emprunteurs mal informés, à la racine du problème.) Finalement, malgré toutes les mises en garde sur les risques moraux, les banques occidentales se sont sorties assez bien de leurs mauvais investissements.La crise de 1997 a fait naître un consensus sur la nécessité de réformer fondamentalement l’architecture financière mondiale. Toutefois, alors que le système actuel peut déboucher sur une instabilité superflue, et imposer des coûts énormes aux pays en voie de développement, il sert bien certains intérêts. Rien de surprenant, donc, que dix années plus tard il n’y ait pas eu de réforme fondamentale. Et il n’est pas surprenant non plus que le monde soit à nouveau confronté à une période d’instabilité financière, aux issues incertaines pour les économies mondiales.


    Libéralisation et prédation

    Naturellement, Wall Street (dont le Trésor américain représente les intérêts) profite de la libéralisation des marchés de capitaux: il gagne de l’argent quand les capitaux sortent, rentrent, et lors des restructurations issues du chaos qui en résulte. En Corée du Sud, le FMI a fortement recommandé la vente de banques du pays à des investisseurs américains, alors même que les Coréens avaient géré leur économie de manière impressionnante au cours des quatre dernières décennies, avec une croissance plus importante, une plus grande stabilité, et sans les scandales systémiques qui ont marqué si fréquemment les marchés financiers américains.Dans certains cas, les entreprises américaines ont acheté ces banques, les ont gardées jusqu’à ce que la Corée se rétablisse, avant de les revendre, récoltant à nouveau des milliards de capitaux. Dans sa précipitation de voir des Occidentaux acheter ces banques, le FMI a oublié un détail: s’assurer que la Corée du Sud pourrait récupérer au moins une fraction de ces gains par le biais de la taxation. Que les investisseurs américains aient eu une grande expertise dans le domaine de la banque dans les pays émergents est discutable, mais leur grande expertise dans le domaine de l’évasion fiscale ne l’est pas.


    S’en sortir sans le FMI

    Beaucoup de pays ont rectifié leurs politiques, mais dans des directions bien différentes de celles des réformes préconisées par le FMI. Les pauvres ont figuré parmi ceux qui ont supporté le plus lourd fardeau de la crise, qui a provoqué un effondrement des salaires et une explosion du chômage. À mesure de leur émergence, beaucoup de pays ont mis un accent tout nouveau sur “l’harmonie,” dans un effort pour combler le fossé toujours croissant entre riches et pauvres, citadins et ruraux. Ils ont investi davantage dans les gens, lançant des initiatives inventives pour permettre un accès aux soins de santé et aux financements à davantage de leurs citoyens, et créant des fonds sociaux pour aider au développement de communautés locales.`En examinant la crise une décennie plus tard, nous voyons plus clairement à quel point le diagnostic, la prescription et le pronostic du FMI et du Trésor américain étaient erronés. Le problème fondamental était celui de la libéralisation prématurée du marché des capitaux. Il est par conséquent assez ironique de voir le secrétaire américain au Trésor recommander à nouveau la libéralisation du marché des capitaux en Inde – l’un des deux principaux pays en développement (avec la Chine) à être sorti indemne de la crise de 1997.

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