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    Culture

    Liban, le pays interdit d’exister
    Par le colonel Jean-Louis DUFOUR

    Par L'Economiste | Edition N°:2703 Le 30/01/2008 | Partager

    Notre consultant militaire est officier de carrière dans l’armée française, ex-attaché militaire au Liban, chef de corps du 1er régiment d’infanterie de marine. Il a aussi poursuivi des activités de recherche: études de crises internationales, rédacteur en chef de la revue Défense… et auteur de livres de référence sur le sujet dont «La guerre au XXe siècle», Hachette 2003; «Les crises internationales, de Pékin à Bagdad», Editions Complexe, 2004 (Ph. Cherkaoui)5 décembre, 15 janvier, 25 janvier, trois dates, trois attentats survenus au Liban, et la perspective d’un nouveau chaos dont les émeutes survenues dimanche à Beyrouth où l’armée a tiré sur des manifestants chiites (sept tués) sont peut-être les prémices.Le 5 décembre, le général François el-Hajj, successeur présumé du commandant de l’armée libanaise, succombait. Il était suivi le 15 janvier par quelques Libanais coupables de s’être trouvé au mauvais endroit, quand passait un véhicule appartenant à l’ambassade des Etats-Unis. Le 25 janvier enfin, une charge visait Wissam Eïd, capitaine des Forces de sécurité intérieure (FSI, la gendarmerie libanaise), ingénieur électronicien, spécialiste des transmissions radio-électriques, chargé de leur interception. Le capitaine Eïd avait été l’objet de trois autres tentatives d’attentat pour avoir trop «écouté» le Hezbollah.Rien de nouveau sous le soleil, dira-t-on! Ceci tout de même: que les Etats-Unis, l’armée libanaise et les FSI soient frappées, quasiment au même moment, dans la même banlieue orientale de Beyrouth, est sans précédent et, pour tout dire, gravissime. Depuis l’été 2007, ces trois entités collaborent comme jamais. Washington trouve, en effet, utile de soutenir deux institutions libanaises qui fonctionnent encore. Lors des affrontements contre la milice Fatah al-Islam, les Etats-Unis avaient largement renforcé en armes, munitions, matériels, les unités lancées à l’assaut de l’organisation terroriste retranchée dans le camp palestinien de Nahr el Bared, près de Tripoli. Cette coopération est inacceptable pour la Syrie à laquelle les officiers libanais sont contraints d’obéir; à défaut, ils devront entendre raison même si Damas doit, pour ce faire, provoquer une nouvelle décomposition du Liban. . Un cargo sur une mer déchaînéeCombien de fois a-t-on dit que le pays du Cèdre était sur le point d’exploser? Cette fois, le chaos pourrait être imminent, comme si le Liban, tel un cargo sur la mer déchaînée des ambitions troubles, était le jouet impuissant de vents contraires, incapable de se diriger, tournoyant comme une toupie sur un plan instable!Pour conserver son juteux protectorat, la Syrie a toujours montré qu’elle était capable de tout, la mise à mort de ses opposants libanais étant pour elle simple péripétie! Après chaque attentat, Washington, Paris, Amman, la Ligue arabe, l’Arabie saoudite vitupèrent le président Assad, ou bien lui rendent visite pour tenter de lui faire entendre raison. Naïveté ! A Beyrouth, une liste circule. Elle porte les noms de six membres de la coalition dite du «14 mars», Samir Franjieh, Wael Abou Faour, Nayla Moawad(1), Akram Shouhayib, Faris Saïd, Samir Geagea(2). Damas veut leur mort. Selon de bonnes sources, le Hezbollah, bras armé de la Syrie au Liban, aurait engagé ses unités spéciales, dotées d’un lot de voitures piégées, le tout coordonné par Abou Jaafar, l’homme en charge des opérations clandestines. Dans la montagne, des officiers syriens procéderaient à l’entraînement des milices reconstituées du PSNS et des Marada. Ces organisations perçoivent explosifs, charges creuses anti-blindage, détonateurs et minuteries, fusils M16 équipés de lunettes de tir. Elles n’attendent qu’un ordre pour s’en prendre aux cibles qui leur seront désignées. En attendant le déchaînement de la violence, on note un élément commun à la vingtaine de meurtres ou tentatives de meurtre recensée à Beyrouth depuis le 12 février 2005 et l’assassinat de l’ancien premier ministre Hariri. Pas une seule fois, les enquêteurs n’ont soupçonné, identifié, arrêté un suspect. Jamais, ils n’ont découvert le moindre indice, présenté la moindre preuve, livré un nom crédible. Quand un attentat survient à Casablanca, à Londres, en Mauritanie,… l’opinion publique sait en général assez vite qu’untel est soupçonné, qu’un autre a été appréhendé, que des perquisitions ont eu lieu et qu’elles ont apporté leurs lots de pièces à conviction.  Sans doute ne sait-on pas tout. Mais il est rare, même si cela arrive, qu’une chape de plomb tombe sur les lieux de l’attentat, qu’on ne sache rien, mais vraiment rien, des enquêtes en cours, qu’aucun écho des recherches entreprises ne parvienne, d’une manière ou d’une autre, au bon peuple assoiffé de nouvelles. Cette situation est toujours celle du Liban. On y assassine sans risque car il n’y a pas d’enquête. Au Liban, un criminel politique peut laisser empreintes, indices, traces, personne ne les relève, et si c’est le cas, personne n’en fait état, nul policier n’en rend compte, aucune juridiction n’est saisie,… Pourquoi?Parce que le Liban ne doit pas exister, parce que les Libanais, assez courageux pour oser affirmer l’indépendance de leur pays, tombent tôt ou tard sous les coups du maître damasquin. Depuis 1945, jamais un gouvernement syrien n’a consenti à reconnaître l’Etat du Liban, cette création coloniale, aux frontières déterminées en 1920 par la France, puissance mandataire. Nonobstant le principe de l’intangibilité des frontières héritées de la colonisation, la Syrie juge sienne toute une partie du Liban. Du coup, Damas en retire, non seulement une part considérable de ses ressources financières mais, également, un rôle géostratégique sans commune mesure avec son importance politique réelle. Chassée du Liban au printemps 2005, contrainte de rapatrier son armée via la grand-route Beyrouth-Damas, la Syrie est vite revenue prendre possession de ce qu’elle estime lui appartenir par la porte étroite mais toujours ouverte de l’action subversive. Le Liban, lui, demeure seul dans la tempête, pris en tenaille entre Israël et la Syrie, incapable de se défendre, empêché d’exister, sans allié pour lui porter secours, surtout par la force des armes!-------------------------------------------------------(1) Fille de René Moawad, ancien président de la République libanaise, entré en fonction le 5 novembre 1989, assassiné dix-sept jours plus tard, le 22 novembre. (2) Chef des «Forces libanaises», milice maronite.


    Un commentaire libanais

    «…Les pays arabes discutent, palabrent, ergotent… et les Libanais continuent de mourir sur les plateaux préfabriqués des multiples théâtres de l’absurde. Washington s’offusque, Paris condamne, l’Europe, unanime, clame «c’en est assez»… et les Libanais continuent de tomber sur les voies ordinaires du terrorisme…» (Nagib Aoun, «Lignes de démarcation», L’Orient-Le Jour, Beyrouth, 28 janvier 2008).


    Le PSNS

    Le Parti social nationaliste syrien ou PSNS, est un parti laïque, créé au Liban en 1932, qui préconise une grande nation syrienne. Cette «Grande Syrie» comprendrait le Liban, la Syrie, la Palestine, la Jordanie, l’Irak, le Koweït, Chypre, la Cilicie en Turquie, et le Chatt-el-Arab. Pour le PSNS, il n’existe que quatre nations arabes, la Syrie, l’Egypte, l’Arabie et le Maghreb. A l’instar des autres partis libanais, le PSNS a créé sa milice qui a pris part à la guerre civile du côté progressiste. Toléré en Syrie, le PSNS a été légalisé par le président Bachir al Assad en 2005. Il compte 90.000 militants en Syrie, trois fois plus qu’au Liban. Depuis 2005, la milice est en cours de reconstitution. Ses hommes sont connus pour exécuter au Liban les basses œuvres de Damas. Ils ont participé d’assez loin à la guerre de l’été 2006 aux côtés du Hezbollah.


    Parti politique et milice

    Les «Marada» sont à la fois un parti politique libanais confessionnel (chrétien maronite), et une milice, active lors de la guerre civile. Naguère alliés des Forces libanaises des Gemayel, les «Marada» s’en sont séparés lors du rapprochement des Forces libanaises avec Israël. La rupture a été formellement avérée à la suite d’un raid effectué par les Forces libanaises en juin 1978 à Zghorta (nord Liban) où a été tué Tony Frangié, fils de Soleiman Frangié, président de la république entre 1970 et 1976, créateur des «Marada», et très proche de la famille Al Assad, au pouvoir en Syrie. Depuis 2005, la milice des Marada serait en cours de reconstitution sur ordre de Damas.

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