
L’hôtel Farah a été l’une des principales cibles des kamikazes qui le considéraient comme un lieu de «débauche»
C’EST un sinistre anniversaire que célèbre le Maroc aujourd’hui. En effet, il y a 9 ans, jour pour jour, cinq attentats terroristes ont secoué Casablanca. Un 16 mai 2003 que les Marocains ne sont prêts d’oublier. Mais, en a-t-on tiré les leçons qu’il faut ? Peut-être. Mais cela n’a pas évité au Royaume d’être secoué encore par des attentats terroristes. En moins d’une décennie pas moins de onze attentats ont été perpétrés contre le pays. En effet, outre les cinq attentats simultanés du 16 mai 2003, cinq autres attentats-suicides ont touché le Maroc en 2007, dont un dans le fameux cyber-café de Sidi Moumen, trois autres à Hay El Farah, sans oublier le kamikaze qui s’est fait exploser devant le Centre américain à Casablanca, le 14 avril 2007. Et le 28 avril 2011, celui qui a frappé le cœur de Marrakech, dans la fameuse place Jamaa El Fna, tuant 17 personnes. Pratiquement, le Royaume a été secoué par des attentats en 2003, 2007 et 2011. Soit donc tous les quatre ans. Simple hasard ou s’agît-il plutôt d’une saisonnalité bien orchestrée ? Difficile à dire pour le moment.
En tout cas, de nombreux observateurs ont estimé, en son temps, que les auteurs des attentats, outre leur fanatisme religieux et politique, ont certainement été encouragés dans leur basse et sinistre besogne par le «relâchement» sécuritaire constaté après la mise en veilleuse de certains services de sécurité. C’est d’ailleurs pour cette raison que SM le Roi a vite fait de remettre les pendules à l’heure. Effectivement, 12 jours à peine après les attentats du 16 mai, il a annoncé dans un discours « la fin de l’ère du laxisme». «L’heure de vérité a sonné pour ceux qui exploitent la démocratie dans le but de porter atteinte à l’autorité de l’Etat», a dit le Souverain dénonçant par la même occasion «certains milieux» qui font un «mauvais usage de la liberté d’opinion» et se cantonnent «dans une opposition systématique». Réactivés après le discours royal, DST et DGED ont été redéployées et une loi étendant de 8 à 12 semaines la durée maximale de détention provisoire d’une personne sans passer devant un juge a été adoptée par le Parlement. Les tribunaux vont dès lors recourir à la fameuse loi sur le terrorisme pour juger les membres des réseaux et cellules terroristes dormantes. L’approche sécuritaire par anticipation a été privilégiée par les services de police et donne aujourd’hui d’excellents résultats au vu du nombre de réseaux démantelés.
Pour rappel, les attentats du 16 mai 2003 se sont produits selon un timing presque parfait. Des islamistes radicaux, tous originaires du bidonville Thomas, font exploser leurs charges tuant 41 personnes et faisant une centaine de blessés. Ces attentats ont visé des lieux soigneusement sélectionnés: un hôtel et un restaurant accueillant des clients internationaux, le bâtiment de l’Alliance israélite et le cimetière juif de la ville ainsi que le consulat de Belgique.
Agés entre 20 et 25 ans, les kamikases de l’obscurantisme étaient armés de grenades et d’explosifs. Certains étaient armés de couteaux. Ils poignardent un vigile du restaurant Casa de Espanà, tenu par un Espagnol, pénètrent dans l’établissement et se font exploser. Pas moins de 20 personnes qui dînaient à cette heure-ci ont été tuées. En même temps, l’hôtel Farah est attaqué: un vigile et un portier sont tués. Le bilan aurait pu être plus lourd si les terroristes avaient réussi à pénétrer dans l’établissement. C’est le bar de l’hôtel, généralement plein à craquer en cette heure de la soirée, qui était ciblé. Non loin, un autre terroriste tua trois personnes, dans sa tentative de se faire exploser dans le cimetière juif du centre-ville. Ne parvenant pas à son objectif, il se fait exploser 150 mètres avant, près d’une fontaine. Deux kamikazes attaquèrent aussi, sans faire de victimes, un centre social hébraïque, fermé ce jour-là. Enfin, un terroriste attaque une pizzeria tenue par un homme de confession juive, et un autre se fait exploser près du consulat de Belgique, tuant deux policiers.
Procès et condamnations
C’EST sous étroite surveillance que s’est déroulé le procès des personnes impliquées dans les attentats du 16 mai 2003. Un important dispositif de sécurité avait été déployé autour de la Chambre criminelle de la Cour d’appel de Casablanca. Les prévenus ont comparu à l’intérieur d’une cage en verre blindée aménagée dans la salle du tribunal. Auparavant, une vaste enquête a été menée dans les milieux islamistes radicaux, dans toutes les régions du Royaume. Au total, ce sont 634 personnes qui ont été arrêtées et déférées devant les tribunaux de Casablanca, Rabat, Fès et Taza. Quatre peines de mort ont été prononcées par le tribunal de Casablanca, contre les trois kamikazes qui n’ont pu se faire exploser et contre un quatrième intégriste impliqué.
Des peines de réclusion, dont 37 à perpétuité, 17 à 30 ans et 16 à 20 ans, ont par ailleurs été prononcées contre la plupart des prévenus, qui étaient au nombre de 87 au total, tous membres de la Salafia Jihadia.
J.E. HERRADI