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L'économiste, le premier quotidien économique au Maroc

dimanche 01 mars 2015,
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Croissance: Ne condamnons pas les vieilles recettes
La BAD relève les paradoxes du modèle économique marocain
Les investissements concentrés sur des secteurs peu créateurs de valeur ajoutée
Les PME, moteur de l’innovation, encore à la traîne

   
Croissance: Ne condamnons pas les vieilles recettes
Donald Kaberuka, président de la BAD, en visite de trois jours au Maroc, a aussi présidé, à Casablanca, le Conseil d’administration du Fonds Africa50. Une assemblée générale de ce Fonds est prévue dans 2 mois pour adopter tous ses textes constitutifs.

La Banque Africaine du développement (BAD), vient de livrer son rapport sur «le diagnostic de la croissance au Maroc». Le document, préparé en collaboration avec la primature et le Millenium Challenge Corporation, traduit la volonté du pays de disposer d’une étude sur «les principales contraintes qui empêchent la croissance d’être forte, durable et inclusive», est-il indiqué. Ce qui permettra «d’ajuster les politiques économiques et introduire les réformes nécessaires à la levée ou à l’allègement de ces difficultés». Ce diagnostic, présenté par le président de la BAD, Donald Kaberuka, en visite au Maroc au cours de laquelle il devait rencontrer Abdelilah Benkirane, s’est basé sur «une analyse systémique des facteurs de production et des conditions du climat des affaires, pour identifier les obstacles à l’investissement privé», fait-on savoir. Les rédacteurs de ce rapport se sont basés sur la méthodologie de diagnostic proposée par Hausmann, Rodrik et Velasco, qui met l’accent sur les défis auxquels font face les Etats. Cela concerne trois aspects, à savoir les capacités de mise en œuvre des réformes et des investissements, l’espace politique et les ressources financières. Les conclusions de ce rapport
pointent une série d’erreurs de choix en termes de promotion de certains secteurs par rapport à d’autres. C’est ce qui explique le «paradoxe du modèle économique marocain qui affiche des taux d’investissement parmi les plus élevés du monde, avec près de 31,7% du PIB, mais qui réalise une croissance inférieure au résultat escompté». Concrètement, les rédacteurs de ce document avancent que «les investissements qui devraient accélérer la croissance sont concentrés dans des branches qui créent peu de valeur ajoutée en raison du fort contenu en importations technologiques». Le gouvernement s’est-il trompé en misant sur des secteurs qui ne favorisent pas la relance d’une croissance inclusive? C’est du moins ce qui ressort de ce rapport qui pointe notamment les filières automobile, aéronautique et électronique. Ceci est étonnant, surtout face aux conclusions des différents rapports des organisations internationales ou des cabinets de conseil, qui mettaient l’accent sur la dynamique insufflée à l’économie marocaine par ces filières, baptisées métiers mondiaux du Maroc. Paradoxalement, c’est dans des secteurs traditionnels comme le textile ou l’agriculture où les investisseurs réalisent de bons rendements, avec respectivement 191% et 130%. Parallèlement, ce diagnostic pointe également «l’absence de transformation structurelle de l’économie et sa faible industrialisation». Pis, «les chaînes de valeur sont peu développées et le processus d’innovation ralenti», est-il noté. Cette étude a également mis l’accent sur les dysfonctionnements du tissu des entreprises, «peu dynamique». Celui-ci est aussi marqué par une faiblesse du nombre des PME, qui «présentent la plus grande innovation dans d’autres pays». Or, cela ne sert pas les objectifs du pays en termes de développement et de lutte contre la pauvreté. Car, «seule une plus forte croissance, tirée par le secteur privé sera à même d’y faire face», fait-on savoir. D’où la nécessité de contourner une série de contraintes, identifiées dans ce diagnostic, qui freinent la dynamique de développement. Il s’agit notamment de la faiblesse du capital humain. Le constat n’est pas nouveau: «le système d’enseignement et de formation au Maroc constitue le maillon faible», qui produit «une main d’œuvre maîtrisant mal les compétences générales et spécifiques, comme le souligne de nombreux acteurs du secteur privé». A cela s’ajoutent d’autres obstacles liés aux risques microéconomiques, qui «constituent une contrainte majeure au développement de l’investissement privé». Cela est lié notamment à «la lenteur du système juridique, la distorsion du système fiscal, l’accès difficile au foncier…». Ces faiblesses ne sont pas compensées par des efforts en termes d’innovation, dont le système est «marqué par des défaillances», comme le souligne ce rapport. Celui-ci estime que «les politiques publiques pour l’encouragement de l’innovation sont généreuses. Mais la coordination est défaillante entre les acteurs publics et privés».

Compact II

Outre l’identification des défis à la croissance, le diagnostic réalisé par la BAD en coopération avec la Primature vise également à «préparer les travaux de lancement du Compact II du Millénium challenge corporation, auquel le Maroc est éligible». L’agence américaine de coopération, également partenaire à ce rapport, «entend agir sur la base d’une analyse approfondie des obstacles majeurs à la croissance, là où son intervention pourrait avoir les retombées positives les plus importantes», fait-on savoir. Les rédacteurs de ce document se félicitent qu’il ait déjà réalisé son premier objectif, à savoir la détermination des secteurs potentiels dans lesquels l’appui du MCC pourrait être concentré. 

M.A.M