
Les greffiers affiliés au syndicat démocratique de la justice entament dès mercredi 22 février une grève nationale de 48 heures. Ils avaient déjà conduit un mouvement qui avait fait plier le gouvernement l’année dernière
Le ministre de la Justice et des libertés va affronter son premier mouvement de grève à la tête duquel se trouve le syndicat des greffiers, mais qui espère mobiliser le maximum de fonctionnaires dans les tribunaux. Le syndicat démocratique de la justice (SDJ) entame dès aujourd’hui un débrayage de 48 heures. Ce mouvement se veut comme «un avertissement». Deux jours, les 20 et 21 février, ont servi aux syndicalistes à faire un premier échauffement via des rassemblements tenus au sein même des juridictions du Royaume.
Pourquoi donc cette soudaine levée de boucliers? Le syndicat, qui revendique 75% de représentativité professionnelle, indique «qu’il a accordé suffisamment de temps» au nouveau ministre Mustapha Ramid en vue «de prendre connaissance des dossiers et des problèmes liés à la justice». C’est donc la fin de l’état de grâce. Il y a là un glissement qui a tout l’air d’un début de crise de confiance.
De prime à bord, les revendications des greffiers, ou du moins de leur porte-parole, portent sur une «réorganisation du secrétariat-greffe, la création d’une école nationale pour la profession et d’un guide relatif au rôle et compétences du greffier. La profession veut aussi revoir les cas de licenciement, des victimes de maladie professionnelle, l’éligibilité des ingénieurs aux indemnités du fonds spécial.
.».
Le tout à inscrire dans la réforme de la justice. La profession compte 12.600 greffiers qui se partagent entre trois centrales. Le SDJ est le plus gros d’entre eux.
Il se veut d’ailleurs le défenseur des «oubliés» de la réforme du statut des greffiers. Il est carrément question ici «d’une réparation de préjudice» pour les échelles les plus bas de la fonction publique. Notons qu’auparavant «une grande partie des greffiers est restée coincée pendant plus de 30 ans entre les 1er et 3e échelles» (L’Economiste du 24 juin 2011). Le dépoussiérage du statut des greffiers, fin 2011, a abouti à une augmentation de salaire allant de 800 à 2.900 DH selon le grade et la fonction. Doit-on en déduire que le syndicat vient de s’apercevoir qu’il y a eu des laissés-pour-compte lors de ses négociations avec le ministère de la Justice? Il demande en tout cas des «mesures sociales d’urgence» pour les échelles les plus bas. Quant à l’égalité des chances, le syndicat affilié à la Fédération démocratique de travail (FDT) la met de côté: annulation de l’oral des examens professionnels, un quota pour chaque région et surtout «un point préférentiel aux fonctionnaires bientôt en retraite…».
Le volet main propre n’est pas en reste. Le syndicat proche des socialistes (USFP-opposition) fait allusion aux «dossiers de constructions» des juridictions.
Un clin d’œil peut-être au ministre de la Justice Pjidiste dont le parti a fait de la reddition des comptes son cheval de bataille électorale. Le syndicat affilié à la FDT devrait se rafraîchir la mémoire. Car le dossier des constructions, lui, a été plu ou moins tiré au clair par l’ex-ministre de la Justice, Mohamed Taïb Naciri. Il avait de son temps sorti les vieux cadavres: après audit, l’ex-directeur de l’équipement et de la gestion du patrimoine, Mohammed El Amine Mouline, a été discrètement remercié. Naciri a dû passer en force pour faire adopter le statut des greffiers avant celui des magistrats!
Vu tous ces précédents, la grève du syndicat démocratique de la justice est-elle justifiée? Il est difficile de défendre l’indéfendable. Une telle sortie a tout l’air de s’inscrire plus dans un agenda politique que dans un «soutien» à la réforme de la justice. Et dont les justiciables d’abord et les professionnels du droit ont payé au prix fort plus de 100 jours de grèves qu’a connues la justice dès septembre 2010. L’Etat-employeur a versé en salaire environ 85 millions de DH aux grévistes (L’Economiste du 11 février 2011).
Ce premier acte est donc instructif. Celui qui suit démontre à quel point le SDJ est capricieux et égoïste au moment où les magistrats prient pour un changement de statut. Les greffiers grévistes prouvent aussi leur décalage par rapport à un contexte politique singulier et une conjoncture économique difficile. Un rendez-vous raté donc avec l’histoire. Contrairement à son prédécesseur, l’actuel ministre de la Justice n’est pas un technocrate.
Ramid ne risque pas de se retrouver seul face à des syndicalistes d’un autre âge. Ce qui ne réduit pas pour autant l’effet de nuisance via l’abus de grève.
Faiçal FAQUIHI





