Politique Internationale

La Communauté indienne du Maroc célèbre le Diwali, son nouvel an

Par L'Economiste | Edition N°:51 Le 29/10/1992 | Partager

Les commerçants indiens du centre de Rabat ou de Casablanca célèbrent, cette semaine, l'événement de leur nouvel an, le Diwal. Ils composent avec quelques Chinois et des Vietnamiens une mosaïque attachante de personnages. Ils cultivent, en commun, l'art de la discrétion et de grands airs de noblesse. Grands spécialistes du commerce propre, électroménager et vêtements, ils sont eux aussi victimes de la contrebande.

Le Diwali (se prononce divali) augure le nouvel an des indiens. Selon la croyance hindoue, des déesses ont brûlé vif Satan, porteur du mal, il y a de cela, plus de 2.000 ans. Le Diwali célèbre cet événement.
Aujourd'hui encore, des statues de Satan sont fabriquées puis brûlées, dans les rues de l'Inde, à cette occasion. A Casablanca, les Indiens se contentent de réciter des prières dans les maisons et les magasins. Une soirée sera organisé, cette année, Samedi prochain, dans un grand palace de la ville. La date du Diwali n'est pas toujours fixe. Elle change d'une année à l'autre car elle obéit à un calendrier lunaire. Mais "elle se situe toujours entre les mois d'Octobre et Novembre", nous explique M. Nebhuvani Prakash, vice-président de I.M.A*. Le Diwali reste un événement indien. Chinois et Vietnamiens ont leurs propres fêtes et croyances. Ils forment une communauté encore plus réduite que la communauté indienne, implantée depuis longtemps à Casablanca.

Hashmatrai Isadas, le premier Indien

Rue Allal Ben Abdellah, à Casablanca, un magasin d'électroménager, géré par M. Prakash, porte le nom de "H. Isadas". M. Hashmatrai Isadas est le premier personnage indien qui est venu au Maroc, selon le vice-président de "I.M.A", un de ses descendants. Arrivé en 1933, M. Isadas va s'employer dans le commerce de la bonneterie. Il amène, progressivement, les membres de sa famille. D'autres commerçants le suivent. Ils forment ensemble le premier noyau de la communauté indienne. De Bonbay à Gibraltar, le voyage dure 17 jours en bateau. Les premiers commerçants chinois et vietnamiens seraient arrivés dans des bateaux français. "Ils ont travaillé pour pouvoir ouvrir des restaurants comme l'ont fait des Marocains, en France ou en Hollande...", explique-t-on au restaurant asiatique "Le Tonkin", ouvert depuis 1961. Quatre ans après, l'activité du magasin "H. Isadas" change. La bonneterie cède la place à l'électroménager. Le commerce se développe.
Celui qui était un simple "aide-commerçant" devient commerçant avec sa propre boutique. Le nombre des commerçants indiens augmente. De 1973 à 1981, le commerce de l'électronique connaît "ses années fantastiques". Les affaires marchent bien, puis marquent le pas à partir de 1983. Le commerce informel des téléviseurs et chaînes de radio-cassettes gagne du terrain. Sa chute est dure. Des commerçants indiens plient bagages et partent vers d'autres horizons. Pas trop loin, pour la plupart. L'Espagne ou les Iles Canaries, où vit une forte communauté indienne, originaire du Sud du pays, sont des destinations de rêve pour récupérer le temps perdu et lancer de nouvelles affaires. Ce n'est pas tout. Les années vont être vraiment celles de Satan porteur du mal. Des commerçants indiens empruntent d'importants fonds bancaires. Ils n'arrivent pas à honorer leurs engagements. Ils s'enfuient et abandonnent leurs boutiques. Ce vieux "scandale" financier n'est plus qu'un mauvais souvenir. Les départs se suivent. Aujourd'hui, il reste quelques courageux, qui s'accrochent. En tout, 50 familles indiennes à Casablanca vivent de 35 fonds de commerce, situés pour la plupart au centre-ville et d'une dizaine d'usines de confection. Une petite force économique qui emploie de la main-d'oeuvre marocaine. Sur les 35 fonds de commerce, une dizaine de magasins vendent encore de l'électronique grand public. La majorité reste implantée dans le commerce de bonneterie. Les prix des articles ne sont pas élevés. Ils s'adressent à une clientèle dont le pouvoir d'achat est moyen. "On cherche le milieu, c'est notre devise", dit M. Prem, un jeune commerçant.

Prem et Madhu

M. Prem est arrivé à Casablanca il y a 2 ans. Il est originaire d'une petite ville. Il s'emploie dans le commerce. Il gère une boutique de bonneterie qui appartient à un homme d'affaires indien installé à Casablanca depuis plus de quinze ans. M. Prem à un lien de parenté avec son patron. Une relation de confiance mutuelle domine leur quotidien commercial. M. Prem est venu à Casablanca suite à une proposition financière qui lui a été faite, par son actuel patron. Il a accepté, car " en Inde, il faut, il faut beaucoup de diplômes pour travailler..." . Prem n'a pas trop poussé ses études. Il n'est pas spécialisé.
Un peu plus âgé que Prem, M. Madhu vit également à Casablanca depuis 2 ans. Une proposition de travail, en ce sens, lui a été faite en Inde. Il a accepté. M. Adhu exerce toujours son métier. Il est gérant de restaurant. A Casablanca, il s'occupe de la gestion commerciale de "Natraj", un restaurant de variétés indiennes qui vient d'ouvrir. M. Madhu explique que "Natraj" est un symbole du dieu qui évoque la joie, la danse... En tant que non commercial, il a été choisi "pour être facilement prononcé et mémorisé par les clients...". Le restaurant est le second du genre qui propose exclusivement des spécialités indiennes. Situé au centre-ville, près de la place MohammedV, il occupe un emplacement privilégié. Le local aménagé était, auparavant, un magasin de bonneterie. L'affaire vient d'être lancée. Mais il y a visiblement peu de clients pour le moment. Le restaurant n'a pas encore reçu l'autorisation de servir des boissons alcoolisées... Autorisation que vient d'avoir le "Golden China" il y a un mois. Le "Golden China" est un restaurant chinois géré par M. Chiu et Mme Chan. Avec le slogon: "Découvrez la vraie cuisine chinoise... Une fois goûtée, toujours aimée", le couple taïwanais donne un avant-goût sur sa volonté de réussir dans un créneau où la concurrence est serrée entre les restaurants asiatiques déjà existants. Ouvert depuis Novembre 1991, le "Golden China" a une clientèle essentiellement étrangère à 70%. Il s'agit de cadres japonais en mission, de Canadiens, d'Américains, de Français... Les Marocains sont peu nombreux. Avant de s'installer au Maroc, M. Chiu était en Côte-d'Ivoire. Il a géré un laboratoire de photographie de 1983 à 1990. C'est un commerçant marocain qui lui a conseillé de s'installer au Maroc. "Il m'a dit qu'il y a beaucoup de choses à faire ici..; et que de nombreux touristes visitent le pays...", confie-t-il.

Abdelkhalek ZYNE

  • SUIVEZ-NOUS:

  • Assabah
  • Atlantic Radio
  • Eco-Medias
  • Ecoprint
  • Esjc