L’Etat arrivera-t-il à sauver Comarit? Peut-être. Mais attention, il ne s’agit nullement d’une intervention directe dans l’affaire de saisie des trois bateaux de Comarit et Comanav. Mais beaucoup plus d’une mission de bons offices. En effet, une commission, présidée par le secrétaire général du ministère de l’Equipement et du transport et composée de représentants des départements des Affaires étrangères et de la coopération, des Marocains résidant à l’étranger, des Finances et de Comarit, planche depuis le début de la semaine sur le dossier. Sa mission: trouver une solution immédiate au problème.
Selon une source fiable et proche du dossier au département de l’Equipement et du transport, «il faut quelque 200 millions de DH pour débloquer la situation». «Nous devons agir vite et d’urgence pour sauver Comarit», a indiqué la même source à L’Economiste. Il y a urgence parce que les autorités portuaires françaises risquent de mettre en vente les bateaux de Comarit une fois passé le délai d’un mois après leur saisie conservatoire. En fait, ajoute notre source, «les banques sont prêtes à intervenir, mais elles réclament des garanties conséquentes». «La Banque Centrale Populaire (BCP) veut bien mettre la main à la poche, surtout qu’elle détient déjà, à travers une de ses filiales, une importante part dans le capital de Comarit», indique notre source. Cependant, ses dirigeants exigent de gérer directement la compagnie maritime. Mais, jusqu’où peut aller la BCP, puisque les propriétaires de Comarit et Comanav seraient, d’après certaines sources, redevables à leurs fournisseurs et prestataires de services de la bagatelle d’au moins 500 millions de DH.
Cependant, une chose est sûre: l’Etat ne va pas laisser tomber la Comarit. L’on a ainsi appris qu’une commission du département de l’Equipement et du transport travaille déjà sur un plan de restructuration de la compagnie maritime. Alors qu’une autre va se pencher incessamment sur le bilan de la libéralisation du secteur maritime. En effet, quatre ans après son entrée en vigueur (2007), la libéralisation du secteur maritime ne donne pas satisfaction aux armateurs marocains. Et pour cause, «elle n’a pas été suffisamment accompagnée de mesures permettant à l’armement national de faire face à cette nouvelle donne», estime-t-on auprès du Comité central des armateurs marocains (CCAM). Ce dernier avait déjà tiré la sonnette d’alarme attirant l’attention sur le fait que «le cadre réglementaire est toujours régi par le code du commerce maritime de 1919 et aucune mesure incitative à l’investissement n’a été mise en place» (cf. www.leconomiste.com).
Certes, les déboires de Comarit ne sont pas à imputer directement à la libéralisation. Il n’y a pas véritablement une cause à effet. Mais cela n’empêche que le secteur du transport maritime a été l’un des premiers secteurs à avoir ressenti les effets de la crise financière qui a fortement impacté l’activité. Au niveau mondial, cette crise s’est traduite pour les compagnies maritimes par une chute importante des taux d’affrètement des navires qui ont touché des niveaux anormalement bas, ce qui ne permettait plus aux armateurs de couvrir leurs charges d’exploitation. C’est le cas de Comarit qui aurait dû d’ailleurs désarmer une partie de sa flotte comme l’ont fait beaucoup d’autres compagnies internationales.
Libéralisation
Aujourd’hui, les armateurs marocains assurent moins de 11% des échanges extérieurs du Royaume qui se font à 98% par voie maritime. Ce pourcentage remonte à 48% pour le trafic dans le détroit de Gibraltar. Ils estiment que plusieurs facteurs sont derrière cette situation, la libéralisation du secteur du transport maritime n’ayant pas été suffisamment accompagnée de mesures permettant à l’armement national de faire face à cette nouvelle donne. On a libéralisé les recettes aux lignes étrangères mais pas les charges pour l’armateur national.
Jamal Eddine HERRADI