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    Economie

    Sauver une ville ou une activité : Le dilemme de la fermeture de Jerada

    Par L'Economiste | Edition N°:239 Le 18/07/1996 | Partager


    La fermeture de la mine de Jerada, unique ressource de sa région, est prévue pour l'an 2005. Mais d'ici là du débat d'entreprise que suscite cette fermeture deux problèmes sont évoqués: celui des ouvriers et celui d'une ville à sauver.


    Près de 80.000 personnes, dont 5.000 mineurs et électriciens (le reste étant composé en majorité de ruraux), sont menacées par la fermeture de l'unique ressource de la région de Jerada. Aujourd'hui, à défaut de disposer d'un centre économique sur place, les habitants doivent se déplacer jusqu'à Oujda pour s'approvisionner.
    A un moment où la "survie artificielle" de cette mine est controversée, l'apport réel de la région se pose également avec acuité. L'absence d'infrastructure économique incite à une réflexion sur les choix stratégiques pour l'avenir.

    A titre de comparaison, la région de Khouribga, en tant qu'autre site minier, abrite 300.000 habitants avec une population de travailleurs miniers de 8.000 personnes. Elle est devenue par ailleurs un véritable centre économique.
    Au problème social de Jerada, qui n'a pas été encore véritablement posé dans les faits, se greffe le problème de rentabilité financière de cette mine.

    300 millions pour la rénovation


    En 1972, les charbons de Jerada devenaient inexportables vu les coûts d'extraction et les prix de la concurrence. L'ONE (Office National de l'Electricité) devenait ainsi le seul client des Charbonnages du Maroc. Il devait, en tant qu'office, supporter le poids de ce coût et s'approvisionner donc en charbon auprès de cette mine pour une quantité de plus de 500.000 tonnes au prix de 850 DH la tonne. Aujourd'hui, un charbon importé, du Chili notamment, revient à l'office à 500 DH la tonne et lui permet de produire autant de kilowatts qu'une tonne et demie au prix de
    1.275 DH en provenance de Jerada. Cependant, après 1993, le gouvernement a supprimé sa subvention à l'Office qui était de l'ordre de 80 millions de DH. L'ONE devait en conséquence se positionner en tant qu'entreprise étatique à caractère commercial, fournissant de l'électricité à des prix compétitifs et fonctionnant sur la base d'une logique de rentabilité.

    Par ailleurs, l'office, en raison d'une forte utilisation (entre 1991 et 1994) et d'une dégradation de la qualité du charbon de Jerada, supporte des travaux de rénovation de sa centrale de Jerada, dont les coûts tourneront autour de 300 millions de DH. En effet, deux tranches de la centrale sont immobilisées.
    En outre, une étude menée en 1992 par le Ministère de l'Energie et le Bureau de Recherches et de Participations Minières (BRPM) avait démontré la mauvaise qualité du charbon de cette mine.

    Fermeture séquentielle


    Le problème de la région de Jerada se pose dès aujourd'hui en raison de la fermeture en l'an 2005 de la mine.
    Déjà, dès 1972, et malgré l'accord conclu avec l'ONE, une fermeture de la mine de Jerada n'était pas définitivement écartée. L'ONE, en créant sa centrale, avait prévu par ailleurs une reconversion pour le gaz naturel en provenance d'Algérie.
    Aujourd'hui, deux scénarios sont envisageables pour Jerada. Le premier concerne une fermeture séquentielle qui s'achèverait définitivement en l'an 2005. Dans ce cas , l'ONE exige une révision des prix d'achat (un prix aligné sur celui de la station la plus chère au Maroc après Jerada, celle de Kénitra), une qualité de charbon répondant aux normes de travail d'une centrale. S'ajoutent un tonnage raisonnable (moins des 560.000 tonnes par an qui lui sont imposées) et une fréquence de livraison qui permettrait à l'ONE d'assurer la reconversion de sa centrale pour passer au gaz naturel.

    "Nous sommes incapables actuellement de négocier des achats de gaz avec les Algériens puisqu'aucune annonce officielle n'a été faite sur la décroissance du tonnage de charbon. Plus encore, les Charbonnages du Maroc envisagent un maintien de la production jusqu'à la fin de l'année", précise M. Driss Benhima, directeur général de l'ONE. Si Jerada est en difficulté, ajoute-t-il, "il n'y a aucune raison que le consommateur de l'électricité supporte ce déficit". Pour lui, l'ONE ne peut plus se permettre de mener une politique sociale à Jerada.
    D'un autre côté, le second scénario consisterait en la fermeture anticipée de la mine et, dans ce cas-là, il faudra assumer un coût social et indemniser les travailleurs.
    Aujourd'hui, soit le problème est celui d'ouvriers qui vont voir leur entreprise fermer ou c'est un problème de survie d'une ville.

    Badra BERRISSOULE

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