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    Economie

    Amiante: Des concentrations inquiétantes relevées par le LPEE

    Par L'Economiste | Edition N°:239 Le 18/07/1996 | Partager


    L'amiante, un minéral aux utilisations multiples, a été interdit par de nombreux pays, et tout récemment par la France, à cause de ses effets cancérigènes. Deux études menées sur Casablanca prouvent que le Maroc n'est pas épargné par le problème.


    L'amiante était le principal sujet à débattre, vendredi 12 juillet, par les représentants du Ministère de la Santé Publique et des médecins marocains. Ce minéral aux utilisations multiples (Cf encadré), a été interdit par de nombreux pays pour ses effets cancérigènes. De nombreuses entreprises marocaines, notamment de BTP, utilisent ce produit. L'approvisionnement se fait essentiellement par importation. Le Maroc dispose d'un gisement d'amiante non exploité, celui de Bouazzer.
    La réunion des experts marocains n'a pas eu lieu. En revanche, la décision de tenir cette rencontre, quelques jours après l'annonce par le gouvernement français de la mesure d'interdiction -qui doit entrer en vigueur à partir de 1997- de l'utilisation et de la fabrication d'amiante, suscite quelques remarques. Il s'agit d'une réelle prise de conscience par les responsables marocains des dangers de l'amiante ou alors d'un simple effet de mimétisme.

    Les résultats de deux études menées sur Casablanca plaident pour la première explication.
    La première étude, initiée par le LPEE sur les deux dernières années, implique le secteur des BTP, un des plus grands utilisateurs d'amiante. L'étude a porté sur de nouvelles constructions, des bâtiments construits il y a 15 ans.
    "Le choix de bâtiments de cet âge est important", précise un des cadres du LPEE ayant participé à l'étude. Et pour cause: les années 60 à 70 correspondent à la période où ce matériau était le plus utilisé. Les charpentes, notamment, étaient "floquées" pour éviter leur affaissement en cas d'incendie. La résistance au feu figure en effet parmi les principales caractéristiques des fibres d'amiante. En outre, une fois traitées, ces fibres ont des propriétés physiques et chimiques exceptionnelles.

    40 à 70 fibres/litre


    Les résultats des prélèvements effectués par le LPEE sont inquiétants: les teneurs en fibres d'amiante dans l'atmosphère atteignaient jusqu'à 40 à 70 fibres/litre. Ces concentrations dépassent, et de beaucoup, les seuils d'alerte instaurés en France (5 fibres/litre) ou en Allemagne (1 fibre/litre) par exemple. Les moyens utilisés par le LPEE pour procéder à l'examen de la poussière d'air, notamment le microscope électronique et les analyseurs d'air, n'ont rien à envier à ceux existant en Europe.
    Autre étude ayant porté sur l'amiante: celle du Dr Najat Alibou. L'étude, intitulée "asbestoses respiratoires à partir de 58 cas colligés au service de pneumologie de l'hôpital du 20 Août", a fait l'objet de sa thèse de doctorat en médecine soutenue en 1990 à la Faculté de Médecine de Casablanca.
    L'asbestose est reconnue comme étant une maladie professionnelle grave, responsable notamment de cancers du poumon et de la plèvre (mésothéliome). La maladie, provoquée par l'inhalation d'amiante, est inscrite sur une liste officielle qui ouvre droit à l'indemnisation au titre de maladie professionnelle.
    L'étude du Dr Alibou couvre une période de 18 ans (1970-1988). Elle a pu recenser 58 cas d'asbestoses.

    24 décès


    Les malades étaient tous des ouvriers travaillant des usines de fabrication de fibrociments à base d'amiante installée à Casablanca. Il s'agit de la société Dimatit. Le travail a été mené principalement sur les dossiers des archives du service de pneumologie de l'hôpital du 20 Août. En revanche, l'auteur de l'enquête précise que son déplacement à l'usine pour complément d'information s'est avéré infructueux. "Dans le but de compléter notre travail, nous nous sommes déplacés à l'usine, mais malheureusement les dossiers des ouvriers étaient tenus au grand secret par les responsables. L'interrogatoire notait que les ouvriers, méfiants, avancent des réponses témoignant de la crainte de nuire à la stabilité de leur emploi, allant parfois jusqu'à passer sous silence certains de leurs troubles. Par conséquent, nous considérons que notre mission, à ce niveau, a échoué" , indique-t-il à la page 17 de son étude.

    Parallèlement à cette étude, le service de pneumologie de l'hôpital du 20 Août a pu recenser jusqu'en 1994, pour la même société, 24 décès liés à l'asbestose.
    L'intérêt de cette étude est probant. Elle a permis de mettre en évidence l'impact de l'amiante en milieu professionnel. En revanche, les enquêtes sur les dangers de l'exposition à l'amiante dans d'autres endroits et un recensement exhaustif des lieux amiantés font défaut. Or, de nombreux cas d'asbestoses ont été décrits chez des personnes dont la seule exposition était le contact avec les vêtements de travail contenant de la poussière d'amiante. Le phénomène a également été observé chez des personnes qui ont résidé à proximité d'une usine utilisant l'amiante.

    Mohamed BENABID


    Sur la piste de l'amiante



    L'amiante est un terme générique qui recouvre une variété de silicates, les amphiboles et la chrysotile, formés naturellement au cours du métamorphisme des roches. Les gisementS d'amiantes, dont l'exploitation s'effectue généralement à ciel ouvert, existent surtout en Afrique du Sud, au Canada, au Zimbabwe et dans quelques pays d'Amérique du Sud.
    Les fibres d'amiante se caractérisent par leur résistance aux agressions chimiques et physiques. Elle sont en particulier connues pour leurs capacités anti-feu et leur résistance mécanique à la traction.
    Ces particularités expliquent les multiples utilisations du matériau. En effet, l'essentiel du tonnage mondial d'amiante produit se retrouve sous forme d'amiante-ciment. Ce produit est composé de ciment et de fibres à hauteur respectivement de 90 et 10%. Mais on connaît à l'amiante d'autres utilisations.
    Dans le domaine des BTP, par exemple, des produits de construction manufacturés sont fabriqués à partir d'amiante. Il s'agit des dalles de revêtements, produits d'isolation des chaudières, cloisons, coupe-feu et tuyauteries.
    Le matériau entre également dans la composition d'objets ménagers tels que les tables, les housses à repasser, les grille- pains, les panneaux isolants et les chauffages mobiles. Des utilisations au niveau des peintures pour automobiles et des garnitures de freins sont également signalées.

    M.B.




    Les méfaits de l'amiante


    La découverte des méfaits de l'amiante, en milieu professionnel, date du début du siècle. Les fibroses pulmonaires ou asbestoses ont été les premières à être connues dans les années 20. Au cours des années 50, des études épidémiologiques établirent un lien entre l'amiante et les cancers du poumon. Enfin, vers les années 60, une fréquence élevée des cancers de la plèvre (membrane qui tapisse le thorax et recouvre les poumons), les mésothéliomes, fut rapportée chez les mineurs d'Afrique du Sud.

    En revanche, le risque pour les habitants des bâtiments construits "floqués" avec de l'amiante n'a pas été démontré d'une manière irréfutable. Les experts n'estiment pas pour autant que le risque de contamination soit exclu, car le temps de latence entre l'exposition et l'apparition du cancer est souvent long. Pour les mésothéliomes, il est en moyenne de 30 à 40 ans.
    Dans les années 60, les principales professions touchées étaient celles produisant et utilisant de l'amiante, ouvriers des usines de fibro-ciments et du bâtiment en contact avec de fortes doses. Dans les années 80 et 90, des cas de contamination par l'amiante ont été relevés chez des travailleurs utilisant des matériaux contenant de l'amiante: carrossiers, plombiers, charpentiers, électriciens.

    En Europe, les risques liés à l'inhalation de l'amiante ont justifié l'interdiction du produit par sept pays: Allemagne, Danemark, Hollande, Italie, Norvège, Suède, Suisse. Ces pays ont été rejoints récemment par la France qui a annoncé, par l'intermédiaire de son ministre du Travail, l'interdiction, à partir de 1997, de la "fabrication, importation et mise en vente des produits contenant de l'amiante et notamment l'amiante-ciment". Des dérogations ont néanmoins été prévues pour des produits tels que les garnitures de freins des poids lourds ou les vêtements ignifugés (utilisés par les pompiers), dès lors qu'il n'existe pas de produits de substitution moins dangereux.
    A ce niveau, il est important de signaler que, contrairement aux Européens, des travaux américains minimisent les risques de contamination par l'amiante. Les Etats-Unis figurent parmi les principaux pays producteurs d'amiante à travers le monde.
    Quelle doit être dans ce cas la position du Maroc?
    "Nous sommes consommateurs. Notre position doit théoriquement rejoindre celle des pays européens ayant réglementé l'utilisation de l'amiante", précise un expert marocain.

    M. B.




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