×L'Editorialjustice régions Dossiers Compétences & RH Société Brèves International Brèves internationales Courrier des Lecteurs LE CERCLE DES EXPERTS Documents Lois à polémiques Docs de L'Economiste prix-de-la-recherche Prix de L'Economiste Perspective 7,7 Milliards by SparkNews Earth Beats Solutions & Co Impact Journalism Day cop22Spécial Cop22 Communication Financière

Economie

Fathallah Oualalou: "L'Administration doit intérioriser sa fonction économique"

Par L'Economiste | Edition N°:593 Le 13/09/1999 | Partager

· Une réunion avec les intermédiaires du Trésor est prévue prochainement

· La fiscalité agricole sera au centre des assises programmées en novembre

· Aucune demande de regroupement bancaire n'a été formulée


- L'Economiste: Vous avez annoncé en juillet une gestion plus dynamique et plus transparente de la dette intérieure, mais pour l'instant le marché n'a pas vu de changement. Quand et comment cela va commencer?
- M. Fathallah Oualalou: Le 22 juillet dernier j'avais annoncé nombre de mesures visant la dynamisation et le développement du marché de la dette publique intérieure dans les compartiments primaire et secondaire. Comme vous le savez, la Direction du Trésor a l'habitude de se concerter avec ses partenaires publics et privés avant de mettre en oeuvre des réformes. Il s'agit aussi de s'assurer que les réformes sont bien comprises par les acteurs du marché. Deux points sont à relever. Premièrement, il était difficile de réunir les intéressés au tour de la même table à la veille des vacances. Mais la réflexion est engagée au Ministère et une réunion avec les intermédiaires en valeur du Trésor sera tenue prochainement pour approfondir la discussion sur les mesures annoncées et arrêter le timing pour la mise en application.
Le deuxième point concerne l'annonce trimestrielle du volume à lever sur les marchés d'adjudication. J'avais indiqué que le Trésor public pouvait être confronté à une situation de trésorerie tout à fait nouvelle, une sorte de surliquidité, suite à l'encaissement du produit de la concession de la 2ème licence GSM. Cela a été bien le cas et le marché l'a bien compris. Pour le reste de l'exercice budgétaire, les besoins du Trésor à couvrir sur le marché des adjudications seront annoncés au début de chaque trimestre.

-Vous avez évoqué la question de la fiscalisation de nouveaux secteurs. Vous n'avez pas peur du lobby agricole?
- C'est un sujet toujours d'actualité même dans les pays développés dont certains accordent des subventions. Le secteur agricole y a toujours connu une fiscalité appropriée tenant compte des contraintes, des conditions climatiques, d'exploitation... Je ne voudrais pas intervenir directement, mais je pense que seul un débat national pourra déterminer l'intérêt de la fiscalisation de l'agriculture. C'est un point qui sera abordé en novembre aux assises de la fiscalité.

-Allez-vous retoucher les tranches hautes de l'IGR qui pénalisent les compétences?
- Il faut faire les calculs. En tout cas, pour la fiscalité, il faudra attendre les assises. Les idées qui vont y émerger seront mises en place dans le cadre du Plan quinquennal. Il faut tenir compte du démantèlement douanier et de la baisse des recettes qui s'ensuit. A cela s'ajoute le degré d'affectation du secteur informel. La décision à prendre s'inscrit dans une analyse globale de ces tendances.
- Allez-vous impliquer le Ministère d'Etat à l'Intérieur dans les assises de la fiscalité comme vous l'avez laissé entendre dans la conférence de presse?
- Les collectivités locales sont importantes. La fiscalité foncière, la patente, la taxe urbaine, tous ces impôts nationaux alimentent le budget des communes. C'est pour cela que le débat doit concerner autant le Trésor que les collectivités locales.

- Comment comptez-vous organiser la lutte contre la fraude fiscale et la corruption autour de l'Administration fiscale?
- L'attitude du contribuable à l'égard des obligations fiscales dépend, non seulement du niveau des taux d'imposition et du système de contrôles et de sanctions, mais aussi de la culture et des mentalités. Les mesures administratives et législatives prises jusqu'à maintenant couvrent un éventail vaste: l'obligation de délivrer des factures, de régler les dépenses par chèques non endossables, la pénalisation de la fraude fiscale...
Les mesures d'ordre administratif visent à instituer un identifiant unique en vue d'appréhender la situation fiscale de l'ensemble des contribuables. Il y a aussi le renforcement des services opérant dans le recouvrement et le contrôle fiscal. Toutes ces mesures doivent être appuyées par une campagne d'information des contribuables afin de faciliter leur adhésion au système fiscal.
Ces assises doivent responsabiliser l'Administration fiscale et être en mesure d'améliorer ses rapports avec le monde de l'entreprise. C'est à l'image de tous les changements opérés dans le Ministère (Douane, Domaines, Trésor).
Nous sommes en train d'accorder plus d'importance aux services extérieurs pour qu'il y ait plus de moralisation et d'efficience. La distinction sera nette. L'Administration centrale sera chargée de la conception et du suivi. Les services extérieurs seront plus responsabilisés.

- Ailleurs, l'expérience a montré que, lorsque les services extérieurs sont responsabilisés, il s'ensuivait une augmentation de la corruption. Qu'est-ce que vous allez mettre en place pour lutter contre ce phénomène?
- Il faut améliorer notamment l'encadrement et la formation des services extérieurs. L'inspection fera son travail. En fait, c'est un changement de culture qui doit être intériorisé par tous ces services. C'est pour cela que, le mois prochain, je vais rendre visite à l'Administration fiscale de Casablanca pour ouvrir un débat. Il s'agit de reconnaître que leur travail de terrain est important, qu'ils sont des citoyens avant d'être des fonctionnaires et leur montrer que le Maroc doit faire un saut qualitatif dans le sens de la moralisation de l'efficience et de la responsabilisation. C'est ce qu'on appelle au gouvernement le pacte de bonne gestion. Les progrès enregistrés par la Douane dans ses rapports avec l'entreprise sont en partie dus à l'intériorisation de la fonction économique par cette administration. Lorsque les fonctionnaires des impôts par exemple comprendront qu'ils ont une double fonction économique et financière, leurs rapports avec les contribuables changeront. Maintenant, c'est au contribuable de changer et de percevoir l'impôt comme une obligation civique.

- Voyez-vous d'un bon oeil les regroupements bancaires au Maroc?
- Pour l'heure, nous n'avons été saisis d'aucune demande dans ce sens. Toute initiative dans ce domaine sera appréciée par rapport à son apport sur la solidité du système financier et la capacité de financer l'investissement. En France, on assiste à des regroupements qui ne manqueront pas d'avoir des conséquences sur le Maroc. Nous connaissons la présence des intérêts des uns et des autres dans les banques marocaines. Je crois que l'économie dans notre pays a besoin d'une double dynamique: d'un côté, aider au développement d'un tissu important PME/PMI pour l'exportation et la promotion de l'emploi et, d'un autre, nous avons besoin de la présence de grands groupes pour pouvoir trouver des réponses à la globalisation, aux exigences de l'OMC, à l'ouverture de tel ou tel autre secteur... L'essentiel est de créer entre ces deux dynamiques une certaine cohérence. C'est pour cela que les banques doivent être au service des PME. Le phénomène de concentration ne doit pas s'opérer au détriment de l'autre dynamique.

- Qu'en est-il du processus de réforme du marché boursier et la mise place de nouveaux compartiments?
- Durant cette année, il y a eu des actions dans la poursuite de la réforme du marché comme le démarrage du dépositaire central, l'entrée en vigueur de la dématérialisation du titre, l'habilitation des établissements teneurs du compte, la mise en place du marché de blocs, la généralisation de la cotation électronique à l'ensemble des titres cotés et la finalisation et la publication du règlement général de la Bourse. Pour la création du nouveau compartiment réservé aux grands projets d'infrastructure, il est au stade de projet. Peut-être qu'il y a encore des risques encourus par des investisseurs. La réforme du marché boursier va se poursuivre. Après la mise en place de la Chambre de Compensation et de la garantie de la bonne fin des opérations, les priorités seront axées sur la réglementation des OPA et des OPE ainsi qu'aux opérations d'acquisition et de cessions temporaires des titres. Il est important d'épauler la Bourse pour lui permettre de s'ouvrir sur de nouvelles entreprises qui doivent sortir du cadre étriqué dans lequel elles ont toujours existé. C'est ce qui va crédibiliser notre marché des capitaux.


Oualalou dévoile sa philosophie: "L'économie de synergie"


C'est au détour d'une phrase que le ministre de l'Economie et des Finances exprime sa philosophie économique, "l'économie de synergie". "Le socialisme marocain a considérablement changé depuis la fin de l'URSS", rappelle-t-il. M. Oualalou refuse néanmoins de s'inscrire dans l'un des trois modèles existant actuellement en Europe, la ligne Jospin, la ligne Blair ou la ligne Schröeder. "Il n'y a pas de contradiction entre le public et le privé (...). Ces composantes peuvent adhérer à un même contrat de développement", précise le ministre. En revanche, il récuse l'idée que la contradiction entre capital et travail ait disparu. Il y voit au contraire un facteur de progrès. "Sans contradiction, il n'y aurait pas de progrès", indique-t-il.


Propos recueillis par Abashi SHAMAMBA & Mohamed CHAOUI


  • SUIVEZ-NOUS:

  1. CONTACT

    +212 522 95 36 00
    [email protected]
    [email protected]
    [email protected]
    [email protected]
    [email protected]

    70, Bd Al Massira Khadra
    Casablanca, Maroc

  • Assabah
  • Atlantic Radio
  • Eco-Medias
  • Ecoprint
  • Esjc