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    Politique Internationale

    Droits de l'Homme : Le spécifique à l'assaut de l'universel

    Par L'Economiste | Edition N°:178 Le 04/05/1995 | Partager

    Pour un individu ou une société équilibrés, une compréhension optimale du spécifique conduit à l'universel, car l'un est au fond issu de l'autre. Lors d'une rencontre sur un thème des Droits de l'Homme, le professeur Azzedine Bennis, sociologue, explique le tiraillement entre le spécifique et l'universel.


    Alors que l'on cherche à confirmer les Droits de l'Homme comme paradigme politique et éthique devant légitimer tout pouvoir, les origines des drames de l'Humanité en cette fin de siècle se situent aux antipodes de cet idéal. "En matière de Droits de l'Homme, des progrès considérables ont été réalisés sur le plan du système normatif international tandis que sévit de par le monde la violence la plus aveugle, qui trouve ses racines dans la volonté du spécifique: tel est l'immense paradoxe de notre époque", constate le Pr Azzedine Bennis lors d'une récente rencontre de la série "Ethique et fondements de la démocratie", organisée par Prologues (bulletin du livre sur le Maghreb et le Machreq).
    "Le tiraillement entre le spécifique et l'universel traduit une dialectique du moi et de l'autre, dit M. Bennis. Nous sommes tous traversés par une histoire régionale particulière qui dresse entre nous et les autres des barrières de toutes natures, qui exacerbe notre sentiment de spécificité et nous conduit vers une sorte de narcissisme communautaire".

    Si l'idée de village planétaire a pu apparaître dans un contexte qui pousse à l'étouffer, c'est grâce au progrès scientifique et technologique, aux interdépendances économiques et en particulier au développement des communications. Voici un autre paradoxe: alors que les hommes disposent de plus en plus de moyens pour communiquer et s'ouvrir aux diverses cultures, ils sont tentés par le repli dans la spécificité. Pour que l'idée de village planétaire, et même celle de communauté internationale ait un véritable sens, il faudrait que se réalise un progrès humain: "Une prise de conscience et d'intériorisation, par les individus et les groupes, des valeurs et des normes internationales, dit M. Bennis. Mais pour le moment, c'est un dysfonctionnement au niveau du mental, au niveau de modalités de raisonnement qui interdit au spécifique l'accès à l'universel". Le spécifique peut être une patrie, une religion, une race, une idéologie ou toute autre clôture dogmatique... "Cette allégresse du spécifique peut s'apparenter, dans une certaine mesure, à l'hédonisme du ftus dans le vase clos qu'est le milieu utérin. Mais il peut facilement se transformer en nationalisme exalté, en ethnocentrisme exacerbé, en extrémisme... Une valeur identitaire qui correspond à la valeur de destruction de l'autre", explique M. Bennis.

    "L'irréductible humain"


    La conjuration de ce danger réside en un dépassement de soi pour retrouver ce que M. Bennis appelle "l'irréductible humain". Celui-ci est "la quintessence des valeurs par lesquelles nous affirmons notre appartenance à la communauté humaine, définit M. Bennis. Le progrès de la conscience humaine devrait transcender toute autre forme de conscience. Je suis un homme avant d'être un Musulman, un Chrétien ou un Juif.... Avant d'être un Serbe ou un Croate, ou un Hutu... Cela procède d'une démarche inaccoutumée, d'une révolution intérieure...".
    M. Bennis se soucie qu'on lui reproche de céder à l'idéalisme ou à l'angélisme. Mais il se réclame d'un idéalisme constructif qui se refuse au fatalisme et son discours s'inscrit dans un projet pédagogique ou prospectif.
    Comme le préconisait l'ex-ministre des Droits de l'Homme, M. Omar Azziman, la culture et l'état d'esprit des Droits de l'Homme doivent être inculqués dès l'enfance, à l'école.

    M. Bennis attire toutefois l'attention sur le fait que tout cela ne doit pas faire oublier que l'universalisme peut être aussi un enjeu de pouvoir. "Certains Etats, dit-il, cherchent, par des moyens divers, à confisquer les Droits de l'Homme à leur profit".
    De même, M. Bennis ne s'insurge nullement contre le spécifique, mais réfute sa mauvaise interprétation. En effet, lorsqu'on comprend parfaitement et intelligemment ses racines, sa spécificité, cela permet de mieux comprendre les spécificités des autres, et c'est là le fondement de la tolérance. Au fond, le spécifique n'est-il pas issu de l'universel, et réciproquement? "L'approche culturelle qui tient compte des particularismes et des différences est indispensable à l'enrichissement du débat sur les Droits de l'Homme, dit M. Bennis. Car il ne s'agit pas de rechercher une uniformité dans un monde qui par définition est multiculturel. Mais il faut rester bien vigilant, car mener campagne sur la primauté de spécificités culturelles ou cultuelles, c'est souvent une manière commode de s'affranchir de l'obligation de respecter les normes et valeurs internationales".

    Bouchra LAHBABI.

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