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    Politique Internationale

    Avec Nicolaïcolcol, il dénonce les intégristes et le CCM : Cinéma: Nabyl Lahlou se venge au théâtre

    Par L'Economiste | Edition N°:178 Le 04/05/1995 | Partager

    Nabyl Lahlou rejouera "Le Journal d'un fou" les 19 et 20 mai à Rabat et du 1er au 5 juin à Casablanca. La pièce a eu un grand succès et son auteur y projette dans une certaine mesure son conflit actuel avec le CCM.


    Nabyl Lahlou a laissé tomber sa queue de cheval pour un crâne lisse et uniforme, qui lui fait une jolie tête bien ronde, plus déterminée que jamais à mettre à nu ses pensées, à crier tout haut ce qui la dérange.... Que ce soit à propos de la société, de l'art ou du CCM. C'est aussi pour les besoins de "Journal d'un fou" qu'il a choisi sa nouvelle coiffure. Il en a donné la représentation à Casablanca au cours du mois d'avril; il la rejouera dans cette même ville du 1er au 5 juin prochain et à Rabat les 19 et 20 mai. Inspirée de la comédie de Nicolas Gogol "Le réviseur" (encore appelée "L'inspecteur général"), la pièce de Nabyl Lahlou traite avec une ironie caustique de murs administratives qui finissent par conduire l'esprit fragile d'un petit fonctionnaire à la folie.

    "Cette 3ème adaptation tient compte de l'environnement politique international actuel avec un clin d'oeil à l'intégrisme et à l'alternance politique au Maroc", dit Nabyl Lahlou. Mais par une volonté ambiguë de banaliser les choses, il ouvre et clôt le contenu de sa pièce par une sorte d'opéra-bouffe qui chante une histoire de viande hachée: "D'un point de vue purement artistique j'ai voulu dédramatiser ce problème de l'humanité qu'est la corruption de l'administration, et faire comme si je parlais de n'importe quoi d'autre, d'une préparation de brochettes de kefta, par exemple", dit Nabyl Lahlou. On retrouve là le Nabyl qui s'amuse, qui se moque, au gré de sa fantaisie. Au-delà de cette farce, le corps de la sotie est séduisant et Nabyl Lahlou, unique comédien, réussit à captiver à lui seul le public pendant 2 heures.

    Les dictateurs

    "Il faut que les gens arrivent à rire à gorge déployée sans avoir peur. C'est là une véritable libération de l'être", dit Nabyl Lahlou. Lorsque Nicolaïcolcol (héros de la pièce), chef du cabinet du ministre, attend sous son parapluie son chauffeur au milieu de la nuit, c'est d'un barbu cherchant conversation qu'il a peur. Tellement peur qu'il en est ridicule, titubant et criant que son fiacre vienne le ramener chez lui, chez sa dada, pour dormir tranquille, à l'abri des histoires dangereuses.
    "L'intégrisme s'installe en l'absence de dialogue. Si dans certains pays il s'est emparé du pouvoir, c'est parce qu'une dictature ne peut accoucher que d'une autre dictature. Tout pouvoir renferme par essence des germes de dictature qui se cultivent lorsqu'ils trouvent un terrain fertile... Les responsables du CCM et de la Commission d'Aide au Cinéma sont aussi des dictateurs: ils m'interdisent d'exercer mon métier de cinéaste".

    Nul n'ignore le maquis où s'empêtre Nabyl Lahlou depuis 2 ans, à la suite de la réalisation de son dernier film "La Nuit du crime". "La Commission d'Aide au Cinéma (CAC) m'a refusé le versement de la dernière tranche de la subvention de 200.000 DH qui m'avait été accordée pour "La Nuit du crime", prétextant de nombreuses défaillances du film" . Nabyl Lahlou et l'ancien président de cette Commission avaient déjà eu maintes occasions de nourrir inimitié et ressentiment l'un envers l'autre. "J'ai été brutalisé et injurié par deux fois par l'ancien président de la Commission dans son bureau. Une Commission de 7 personnes dont aucun n'a jamais écrit ou réalisé le moindre petit court métrage de 2 minutes", continue Nabyl Lahlou. Ces "acolytes", comme il les nomme, lui rappellent les courtisans du "Journal d'un fou":"Même lorsque l'hallucinatoire Roi Alexis veut changer le monde, il est court-circuité par ses courtisans, devenus ses tortionnaires, accrochés à leurs privilèges". En fait, "La Nuit du crime" a fait l'objet d'une appréciation très positive de la part de plusieurs intellectuels et cinéastes, jugé très acceptable par les moins emballés, et ne légitimant pas un tel verdict de la Commission.

    L'homme des lettres ouvertes

    Estimant qu'il avait été mal traité, victime d'injustice et de machination de la part de ce qu'il appelle "les bourreaux des créateurs", il refuse de justifier, devant les services du CCM, les dépenses de la somme de 150.000 DH qui lui avait été octroyée pour la réalisation de "La Nuit du crime". Ceci lui valut le retrait de sa carte de cinéaste. Cette décision du CCM ne l'empêche pas de réaliser des films mais lui retire le droit à toute subvention émanant de la Commission. Lors des Journées Cinématographiques de Carthage en 1992, tous les cinéastes arabo-africains et les critiques de cinéma condamnent ces décisions à son encontre et à l'encontre de son dernier film. Un mois plus tard, lors du Salon du Livre, plus de 200 intellectuels marocains, écrivains, poètes, journalistes et artistes signent sa pétition.

    Depuis, son problème n'ayant pu trouver un dénouement, Nabyl Lahlou est devenu l'homme des lettres ouvertes malgré lui, réclamant justice, écrivant à différentes autorités, sans jamais obtenir de réponse. "Souvent, écrit-il, devant de telles oppressions et devant tant de silence, je trouve mon soulagement dans un sursaut de sanglot salvateur et libérateur. Le sanglot? L'orgueil de l'opprimé".
    A propos de sa pièce "Le Journal d'un fou", certains de ses ennemis entreprennent de la vanter, lui reconnaissant à juste titre sa valeur, mais au fond leur sentiment est de vouloir le confiner au théâtre, pourvu, pensent-ils, qu'il s'éloigne du cinéma, pour leur y laisser plus de place, d'autant plus qu'il ne se gêne pas pour dire ce qu'il pense, allant parfois jusqu'à la provocation.
    Mais Nabyl Lahlou est autant dramaturge que cinéaste et doit retourner au 7ème art."Le problème de Nabyl se ramène à un conflit de personnes, dit Hassan Benjelloun, le nouveau président de la CAC. Ce différend doit rapidement trouver une solution, car il entache l'image de tout le cinéma marocain".

    Bouchra LAHBABI

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