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    Politique Internationale

    Une flânerie en écriture

    Par L'Economiste | Edition N°:178 Le 04/05/1995 | Partager

    "Abner Abounour" de Edmond

    Amran El Maleh Editions Le Fennec/Editions

    La Pensée Sauvage, 1995, 40 DH

    En condition avec La Pensée Sauvage, les Editions Le Fennec publient un ensemble de sept nouvelles, qui prend le nom de la première de ce court volume, "Abner Abounour", d'Edmond Amran El Maleh. Une flânerie en écriture qui passe à travers les lieux aimés de l'auteur - Essaouira, Marrakech, Safi - et surprend l'imaginaire ingénieux des conteurs, l'irrespect des paroles à double sens, raconte les énigmes non résolues, les dédales de la mémoire... Une écriture qui s'ouvre au silence sans fin. Car aucun récit ne se termine, sauf dans le plaisir de l'écrit. Ainsi, "la métaphore fond dans la bouche pour le plus délicieux des plaisirs", avec peut-être "une légère ivresse, le songe, le goût vert de saveur exquise de la figue d'un noir veiné somptueux", confie le texte.

    Parti à la recherche de l'introuvable Abner dans la première nouvelle, l'auteur-narrateur monte un escalier en colimaçon qu'il redescend dans la dernière - peut-être est-ce le même, ou un autre similaire, peu importe - dans un lieu identique où rôde la mémoire. "Cet escalier que tout à l'heure j'empruntais, ascension, chute! Le nouveau monde!".

    Un nouveau monde qui ouvre aussi, dans un "regard plongeant", sur "le passé... en bas, stocké dans ce vaste entrepôt, des stocks d'écriture, gelés comme on le dit des crédits". Des souvenirs familiaux, personnels, d'amis chers "disparus" on ne sait comment, d'une vie, d'une ville à la dérive, d'une communauté décimée. Mais aussi errance d'une parole "captive" autour de "trois palmiers par dessus un mur rouge, droits, élancés haut dans le ciel, Marrakech, Gueliz, ce tété". Visions apocalyptiques d'un monde hanté par la magie noire du pouvoir, aux relents d'effets spéciaux à la hauteur du "Grand Satrape". En fait, ces mots qui rêvent au fil des pages invitent le lecteur à les suivre dans un vagabondage indéfini, qui restitue un univers où l'imaginaire se mêle au réel et lui donne son sens, le subvertit en l'écrivant.

    La nouvelle est un genre littéraire peu apprécié, à tort, par les lecteurs d'ouvrages d'expression française au Maroc. Sa concision, son intensité dramatique évoluant en quelques pages constituent un élément majeur de difficulté du travail d'écriture et permettent une lecture moins soutenue que celle qu'exige un roman. Ce recueil d'Edmond Amran El Maleh réussit ce tour de force d'allier la diversité de récits parfois presque légers, une errance, la possibilité de lectures multiples, et la fondamentale unité d'une oeuvre véritable.

    Ses livres publiés, romans, essais, l'ont pour la plupart été en France jusqu'à présent. Cette coédition permettra à un public plus large de prendre connaissance d'une oeuvre et d'une culture qui font aussi le Maroc dans sa richesse plurielle. La couverture en est animée par une illustration de Abderrahim Yamou.

    T.B.

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