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Politique Internationale

Cycle BCM "Le Maroc dans le regard de l'autre" : Orient-Occident: Histoire d'une rupture

Par L'Economiste | Edition N°:83 Le 10/06/1993 | Partager

Consciente de sa "responsabilité morale " - "celle de contribuer au développement de la culture" - fidèle à "sa politique suivie de mécénat et de parrainage de manifestations culturelles et artistiques", la BCM vient d'inaugurer, mardi 8 juin au sein de son siège, par une remarquable intervention du Pr. Alain de Libera, un cycle de conférences intitulé. "Le Maroc dans le regard de l'autre".

Considéré comme "une autorité en matière des idées et des systèmes de pensée en Occident médiéval ", le conférencier a entretenu un public -trop restreint, on peut le regretter- au sujet de "la place et du rôle de la culture arabe dans la formation de la culture européenne moderne, des modes de perception de cette culture par l'Occident (chrétien), ainsi que des causes et du sens de la rupture (ou de l'amnésie) survenue par la suite entre ces deux cultures".

En prélude à son intervention -qui fut brève, claire et éclairante-, Alain de Libera a tenu à prendre ses distances avec la formulation de l'intitulé de ce cycle de conférences: "Le Maroc dans le regard de l'autre ? De quel autre s'agit-il?", s'est-il demandé d'emblée. "Si par l'autre, on entend, l'Occident, un Occident opposé à l'Orient, permettez-moi de vous dire que pour un médiéviste, une telle opposition n'a aucun sens" . En effet, pour le conférencier, cette vision géopolitique d'une Méditerranée coupée en deux, héritée du XIXème siècle, est une invention des orientalistes: "Au Moyen-âge, affirme-t-il, Le Maroc comme l'Andalousie faisaient partie de l'aire géo-culturelle occidentale, tandis que la très chrétienne Byzance ainsi que la Grèce étaient considérées comme faisant partie de l'Orient". Cette précision importante va, pour ainsi dire, donner le ton et marquer l'orientation de l'intervention de M. de Libera, qui résume les rapports de l'Europe avec la culture arabe en trois phases:

- la première est celle de l'assimilation. Les XIème, XIIème et XIIIème siècles vont connaître l'apogée de l'influence arabe sur l'Occident. Au moment de la Reconquista, les villes -notamment Tolède- restées arabophones mais passées sous autorité chrétienne, vont devenir les haut lieux de la transmission vers le monde occidental latinophone de tout un savoir "qui est déjà la culture universelle philosophique et scientifique laïque". Une culture initiée par les Grecs, sauvegardée et enrichie par les Arabes. Il est d'ailleurs intéressant de noter que pour ce spécialiste le monde médiéval occidental ne se séparait pas en aire musulmane et aire chrétienne, mais plutôt en aire culturelle arabophone et aire culturelle latinophone -étant entendu que l'aire arabophone englobait bon nombre de non musulmans, juifs ou chrétiens.

- la deuxième phase est celle du rejet. Au sortir du Moyen âge, ayant assimilé l'héritage gréco-arabe, l'Europe, dans son désir de se construire une identité propre, va s'acharner à occulter, nier, détruire tout lien ou référence avec ce qui devient à ses yeux l'Orient étranger. Même Byzance, chrétienne mais orthodoxe, va être rejetée.

A partir du XIVème et jusqu'aux XVIIIème siècles, l'anti-arabisme devient le programme culturel autant que politique de l'Occident. Lors des deux grands moments fondateurs de l'identité culturelle européenne -la Renaissance puis les "Lumières"-, le rejet de la culture arabe, qui s'inscrit lui-même dans le rejet du Moyen-âge, joue un rôle décisif. Le conférencier cite l'exemple de deux personnalités farouchement ainti-arabisme: le poète italien Petrarque pour la Renaissance et le philosophe français Ernest Renan pour le siècle des lumières.

Le fait est que les Arabes apparaissent comme "de trop" dans la construction de l'édifice du "mythe d'une pensée européenno-centriste supérieure et autonome",

- la troisième phase est celle de l'oubli. Bien que le Moyen-âge soit aujourd'hui réhabilité en Occident, l'apport du monde arabe demeure "oublié" ou "fortement minimisé" du moins dans la majorité des publications destinées au grand public. De Libra cite l'exemple de cet ouvrage publié dans les années 30 par un célèbre médiéviste belge et qu'il s'étonne de voir récemment réédité en Livre de Poche. Ouvrage dans lequel l'auteur interprète la présence arabe sur le "sol européen" comme une simple rupture de l'unité culturelle du monde antique, ayant fait basculer l'axe de la civilisation" qui, de l'Est vers l'Ouest, serait alors passé du Nord vers le Sud. A la question posée par un auditeur concernant la part de responsabilité dans cet état de choses qui incomberait aux Arabes eux-mêmes, Alain de Libera s'est fait diplomate, soulignant néanmoins qu'après la perte de l'Andalousie. l'Occident musulman -suivi de près par un Orient devenu Othoman- a cessé de produire toute pensée "laïque", ce qu'on appelait la "falsafa" fut à jamais vaincu par le tout puissant "Kalam", c'est-à-dire la théologie.

Pressé par l'assistance de lui livrer sa conception d'un "remède" éventuel, le conférencier s'est contenté de s'interroger: "Peut-être faudrait-il revoir aussi les programme d'enseignement dans les pays arabes? Les Arabes devrait se réapproprier cette dimension laïque, rationaliste et scientifique de leur patrimoine. Mais le désirent-ils vraiment?"

Jamal BOUSHABA

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