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Politique Internationale

Amina au Rialto: L'arabité heureuse et séductrice

Par L'Economiste | Edition N°:83 Le 10/06/1993 | Partager

Le must, ce vendredi 4 juin au soir, pour les branchés casablancais - du moins ceux mis au courant - consistait incontestablement à se trouver là, dans ce vieux cinéma, passablement déglingué mais non dénué de charme - ah, ces appliques! -, à applaudir l'étonnante prestation effectuée par la très internationale mais néanmoins Tunisienne Amina, chanteuse de son état.

L'exiguïté de la salle, la proximité de la scène, la simplicité d'Amina, l'intelligence d'un public trié sur le volet et jusqu'aux inévitables "ratés" d'une modeste sono qui présentait toutefois l'avantage de n'être point trop assourdissante.... tout a concouru à créer entre la vedette et son parterre un rapport d'intimité qui aurait été difficile dans le cadre d'un concert plus ambitieux ou mieux médiatisé.

Au départ circonspect, le public composite et cosmopolite - a commencé à réagir sur l'injonction même d'Amina dès le troisième refrain, jusqu'à se laisser bientôt aller à un joyeux délire. Ainsi a-t-on pu voir, au plus fort de la soirée, ces dames de l'association des femmes américaines, venues en tailleurs et petite délégation se déhancher en toute liberté aux côtés de jeunes Maârifiens reconnaissables à leur queue de cheval et jeans 501, également de rigueur. La reine de la sono-mondiale -world music pour les conformistes- arborait quant à elle, et fort négligemment, son espèce d'uniforme noir -très Marais(1)-, constitué d'une robe informe et décolletée, portée sous une longue redingote genre La Nuit des longs couteaux, au-dessous d'une grosse paire de chaussures militaires. Tenue destinée à mieux souligner sa féminité triomphante d'odalisque moderne Amina a, hélas, pris depuis quelques mois quelques kilos de trop. Cheveux longs, yeux de houris, sourire voluptueux et gestes ondulants, la chanteuse a déroulé son répertoire - comme on déroule un tapis de soie, face à un public qui ne connaissait, vraisemblablement, que ses succès les plus médiatisés.

Etonnés, les Casablancais ont découvert des textes -arabe saupoudré de français, d'anglais et d'italien - très enjoués, portés par une vraie voix, réellement maîtrisée, allant naturellement et via de subtiles modulations, de l'aigu le plus précieux au grave le plus profond, et n'ayant manifestement rien à envier aux organes des plus grandes divas d'Orient. Le tout disposé sur une musique légère, savante et raffinée, mêlant avec bonheur et brio des références multiples: châabi et andalou, rappet soul, rythmes africains et arabesques turques, accents tziganes et -suprême coquetterie- un soupçon de bel canto.

Certainement qu'avec Amina, la Méditerranée a eu, ce soir-là, du talent(2). Et quel talent!

A l'instar d'un cheb Khaled ou d'une Sapho -chacun dans son registre-, Amina Annabi illustre à merveille, non pas tant cette France plurielle tant invoquée, qu'un Maghreb futur et créateur. Un Maghreb ayant complètement assumé son arabité - une arabité joyeuse et séductrice au lieu d'être crispée et aux aguets-, tout en portant haut une modernité et une universalité conquérantes, sereines.

En tout cas, tel semble être le message que nous livre cette belle fille de Carthage. La voie est là, a-t-on envie d'affirmer à sa suite, et non dans l'éternel jeu des déchirements impuissants... Dernière image: Amina, longuement bissée, fait une ultime apparition. Vêtue cette fois-ci d'un trois-pièces masculin en flanelle grise rayée de bleu, elle interprète le célébrissime et très beau it's my man de Billie Hollyday -et de tant d'autres-version... orientale. Admirable. Le must.

Jamal BOUSHABA

(1) Marais: le quartier parisien branché des années 80.

(2) La Méditerranée a du talent est l'intitulé de la série de manifestations culturelles organisées par le CCF de Casablanca depuis bientôt 3 ans et dans le cadre desquelles a eu lieu le concert d'Amina.

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