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Société

La «bande de Marseille» et la gourmette de Saint-Exupéry

Par Faiçal FAQUIHI | Edition N°:5718 Le 13/03/2020 | Partager
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Photo prise lors de l’exposition «Maroc-Aéropostale 1919-2019» en septembre 2019 à Rabat. L’événement a été organisé par l’Aéroclub royal de Rabat et l’Association nationale de l’histoire de l’aviation fondée par Brahim Tahari. De gauche à droite: Philippe Castellano, l’identificateur de l’avion de Saint-Exupéry engloutie en Méditerranée. Françoise-Dominique Bastide, spécialiste de la vie et de l’œuvre de Saint-Exupéry ayant soutenu les recherches sous-marine. Le scientifique Luc Vanrell qui a découvert en 2004 l’appareil de l’écrivain-aviateur. Jean-Claude Bianco, le pêcheur marseillais ayant trouvé par hasard dans ses filets, en 1998, la gourmette de l’auteur du Petit Prince. Faiçal Faquihi, Grand reporter à L’Economiste, membre de l’équipage marocain qui a participé à la commémoration des 100 ans de l’Aéropostale (Ph. Bziouat) 

A la veille du centenaire de l’Aéropostale, L’Economiste et «la bande de Marseille» ont été invités à dîner à Dar Bouazza, aux environs de Casablanca. La découverte de la gourmette de Saint-Exupéry, engloutie en pleine Méditerranée, anime nos conversations en ce 19 septembre 2019.

L’écrivain-aviateur avait disparu il y a plus d’un demi-siècle en survolant la Mare nostrum. Attablé face à nous, Jean-Claude Bianco, pêcheur marseillais ayant trouvé par hasard, en 1998, la gourmette de l’auteur du Petit Prince. Trois autres chercheurs reviennent aussi sur cette aventure d’archéologie sous-marine.

Le scientifique Luc Vanrell qui découvre en 2004 sous les eaux l’avion de Saint-Exupéry. Philippe Castellano l’identificateur du Lockheed P-38 Lightning suite à une minutieuse enquête archivistique. L’appareil était piloté par l’écrivain lors de son vol de reconnaissance au large des côtes marseillaises.

Le 3e personnage de cette aventure archéologique est Françoise-Dominique Bastide, spécialiste de la vie et de l’œuvre de Saint-Exupéry. Elle avait prêté main forte aux chercheurs lors de son mandat de maire-adjointe de Cannes. Elle est aussi à l’origine de cette rencontre inouïe entre L’Economiste et la «bande de Marseille». Accusée d’imposture par les héritiers de Saint-Exupéry, ses membres devaient laver l’affront en prouvant une vérité historique.

- L’Economiste: Vous avez découvert la gourmette de Saint-Exupéry. Antoine est votre second prénom et est celui de l’auteur du Petit Prince. N’y voyez-vous pas un signe?
- Jean-Claude Bianco:
J’étais en procès pour diffamation contre ses héritiers au tribunal de Fréjus. Je sors prendre un café avec mon avocat. Je passe devant la devanture d’un établissement et propose à Me Gilbert Collard de nous y installer. En y accédant, je lève les yeux et je lis «Le Petit Prince»: c’est le nom du café. Les murs du salon de thé sont peints en bleu avec une fresque du personnage inventé par Saint-Exupéry. Mes cheveux se dressent. L’établissement s’appelle «Le Petit Prince» depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale (1939-1945). Trouver la gourmette de Saint-Exupéry est un miracle. Je ne m’en suis toujours pas sorti.

- Une découverte et un procès. Retrouver la gourmette a été une bénédiction ou un malheur?  
- Une bénédiction. J’aurais pu mourir à cause de cette histoire où l’on m’a accusé d’imposteur. Aujourd’hui, je suis toujours là pour en parler. Certes, cette découverte ne m’a pas généré une fortune. J’ai vécu des épreuves difficiles, notamment de santé. Je vais bien maintenant et cela me suffit. Cette histoire est à l’origine de mes premiers contacts avec la justice. Effondré, mon premier avocat s’est désisté après avoir perdu ces deux enfants. J’ai pensé à Me Verges qui était «trop cher pour moi», selon mes proches. J’ai finalement contacté Me Collard.

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En un siècle d’épopée (1919-2019), c’est la première fois qu’un journal marocain et son reporter, Faiçal Faquihi, vivent l’aventure de l’Aéropostale. L’Economiste a publié, du 23 au 30 septembre 2019, une saga sur les «100 ans d’aviation au Maroc»

- Science & Vie titre à l’époque «L’affaire de la fausse gourmette». Avez-vous encore une dent contre les journalistes? Saint-Exupéry en a été un durant la guerre d’Espagne (1936-1939).  
- Je donne jusqu’à trois conférences par semaine. A chaque fois, je cite cet article comme l’exemple type du mauvais journalisme. Son rédacteur n’a pas pris la peine de me contacter. Je n’ai pas pu attaquer en justice Science & Vie pour diffamation. La loi impose un délai de 40 jours pour le faire. Je ne porte pas ce magazine dans mon cœur, ça restera ainsi jusqu’à ma mort. Accuser à tort une personne d’imposteur, cela laisse des traces.

- Quelle a été l’attitude de l’Etat français dans cette affaire?
- J’ai été convoqué en catastrophe par le chef de cabinet du préfet. Il me somme au téléphone de me présenter le lendemain à ses bureaux et de ramener la gourmette. Or, j’étais en vacances en Tunisie. La préfecture ne voulait rien savoir. Son représentant m’a assuré qu’il était prêt à m’envoyer les gendarmes! J’ai dû interrompre mon congé et dénicher en urgence un billet de retour. Je n’ai pas non plus eu droit à la prime du ministère de la Culture accordée pour des découvertes historiques. Le ministre, Renaud Donnedieu de Vabres (mars 2004-mai 2005), m’informe par écrit «ne pas avoir droit aux 200.000 francs». Ma demande ayant «dépassé le délai légal de 48 heures». Je garde toujours sa lettre. J’ai eu droit par contre à une légion d’honneur, mais une décoration ne nourrit pas son homme.

Propos recueillis par Faiçal FAQUIHI

 

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