Entreprises

Phosboucraa
Une vraie-fausse rente des phosphates

Par | Edition N°:4430 Le 29/12/2014 | Partager
L’Etat a supporté les pertes de la société durant plusieurs années
Le stock des phosphates dans la région ne dépasse pas 1,6% des réserves nationales
Une mission parlementaire rend ses conclusions

Plus d’une année après avoir effectué une mission exploratoire sur Phosboucraa Laâyoune, la Commission des infrastructures de la Chambre des représentants vient de livrer ses conclusions. Le rapport de cette mission a été examiné lors d’une réunion, jeudi dernier, en présence de Abdelkader Amara, ministre de l’Energie et des Mines. Pour lui, cette réunion a été «l’occasion d’éclaircir un certain nombre de données, démentant les allégations de certains milieux qui prétendent la concentration des ressources en phosphates dans les provinces du Sud». Il s’agit d’une carte largement exploitée par les ennemis de l’intégrité territoriale, qui ne ratent aucune occasion pour accuser le Maroc d’exploiter les richesses de la région, sans en faire profiter les populations locales.
D’où l’intérêt de cette mission parlementaire, qui a permis de souligner que les réserves en phosphates dans les provinces du Sud ne dépassent pas 1,6% du stock national. Il s’agit d’une réserve évaluée à 1,13 milliard de m³, avec une capacité de production de 2,4 millions de tonnes par an.  Mieux, l’Etat a supporté les pertes de Phosboucraa pendant plusieurs années, «vu son rôle important dans la préservation des équilibres sociaux dans la région», est-il indiqué. Le coût d’exploitation des phosphates dans cette région est 2,5 fois plus élevé que dans les autres mines du nord du pays. D’ailleurs, cette société, créée par les autorités coloniales espagnoles en 1962, a été rachetée par le Maroc après l’indépendance, à hauteur de 65%.
Les parts restantes ont été récupérées en 2002, après que l’Espagne ait jeté l’éponge face aux pertes accusées par cette entreprise, qui ont atteint 16 milliards de DH, «remboursées par le budget de l’Etat, afin de préserver les postes d’emploi dans la région», peut-on lire dans le rapport de la Commission des infrastructures. Il a fallu attendre 2008 pour que Phosboucraa commence à générer des bénéfices, avec un chiffre d’affaires de 3,2 milliards de DH en 2012. Ces gains sont «investis dans la région, permettant de créer 2.148 nouveaux postes d’emploi, occupés à hauteur de 55% par la population locale». Cela est dû à la dynamique d’investissements lancée par le groupe OCP, qui a réalisé des projets d’une valeur de 20 milliards de DH entre 1976 et 2010. Parallèlement, le coût de maintenance des équipements d’exploitation atteint 500 millions de DH par an.
Globalement, la mission exploratoire menée par les députés a permis de dégager une série d’observations, suite à des rencontres avec les dirigeants du groupe OCP, avec les élus de la région de Laâyoune, mais aussi avec les acteurs associatifs et syndicalistes. Il en ressort que «cette société joue un rôle important dans le développement économique et social de la région», selon les différents acteurs rencontrés sur place par les membres de la Commission. Mais ils réclament une plus grande implication du groupe pour corriger les défaillances constatées. D’ailleurs, le groupe OCP compte renforcer le niveau de ses investissements dans la région. «Les prochains projets devront favoriser le développement de l’industrie des engrais dans les provinces du Sud, permettant ainsi la création de nouveaux postes d’emploi».
Le groupe va mobiliser une enveloppe de 20 milliards de DH, d’ici 2022, pour développer ses activités de traitements et de stockage des phosphates, en plus de la construction d’un nouveau port, qui sera opérationnel toute l’année. La structure portuaire actuelle n’est fonctionnelle que 220 jours par an, à cause de l’absence d’une protection des navires face aux grandes vagues. Ce nouveau projet permettra également de résoudre le problème du pont reliant les zones de stockage aux navires jetant l’ancre à 3,12 km des quais, avec une profondeur de 17 mètres.
La maintenance de ce pont, hérité de la période coloniale, a coûté près de 1 milliard de DH, durant les années d’exploitation. Aujourd’hui, son transfert nécessitera la mobilisation de 3,2 milliards de DH. Parallèlement, un autre plan de développement, étalé sur une soixantaine d’années, ambitionne de poursuivre les activités de prospection et de développement des infrastructures, notamment avec la réalisation d’un pôle technologique à Foum Louad.

Projets sociaux

Outre les projets réalisés au profit de ses employés, Phosboucraa a également participé au développement de la région, à travers des projets à vocation sociale. C’est ce qui ressort du rapport de la mission exploratoire provisoire. Le groupe OCP constitue le premier employeur dans la région, avec 2.200 emplois directs. Phosboucraa a également lancé des initiatives au profit de la population locale, avec un programme de renforcement des capacités de 1.200 jeunes en matière d’auto-emploi entre 2011 et 2013. Un autre programme, doté de 3 milliards de DH, a permis la création d’un centre pour l’accompagnement des jeunes et des associations. Il ouvrira ses portes dans les prochaines semaines. A cela s’ajoute une convention signée avec l’Agence du développement du Sud et les ministères de l’Education et de la Jeunesse et des Sports, pour le financement, à hauteur de 40 millions de DH, de projets de proximité au profit des jeunes de Laâyoune. La participation de Phosboucraa s’est élevée à 10 millions de DH pour 2012 et 2013.

Mohamed Ali MRABI

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