Analyse

Le PDG de RAM au Club de L’Economiste: «Notre objectif, doubler la flotte à l’horizon 2020»

Par Amin RBOUB | Edition N°:5191 Le 19/01/2018 | Partager
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Abdelhamid Addou, PDG de RAM: «Cette année, nous avons lancé la commande de 8 avions, dont 4 Dreamliner qui devraient arriver entre décembre 2018 et mars 2019. Les 4 autres appareils sont des 737 Max. L’ambition à terme est de doubler les capacités de la flotte» (Ph. Jarfi)

Pour sa première sortie médiatique en 2018, le PDG de RAM, Abdelhamid Addou, dévoile les orientations de la stratégie de la compagnie aérienne nationale. Une nouvelle vision qui sera  incessamment validée par le gouvernement. Aujourd’hui, l’entreprise est en pleine phase de développement.

Bilan du contrat-programme, axes de développement, terminal dédié, doublement de la flotte, ambitions sur l’Afrique, rentabilité... Le patron de RAM analyse les fondamentaux et les gisements d’amélioration de la compagnie.

- L’Economiste: Cela fait près de 2 ans que vous êtes PDG du groupe RAM, où en est la stratégie que vous vous apprêtez à lancer?
- Abdelhamid Addou:
La vision est prête depuis quelques mois. Nous sommes en train de finaliser certains aspects d’ordre pratique et opérationnel. Mais l’axe global de cette vision est fin prêt. Il a été préparé et partagé en concertation avec divers organismes et ministères, dont le Tourisme, l’Aviation civile, le Transport aérien, les Finances, l’Intérieur... Nous avons également travaillé sur certains aspects stratégiques avec l’autorité aéroportuaire, l’ONDA, pour que la vision soit inscrite dans la durée. Aujourd’hui, nous sommes en train d’apporter les derniers ajustements. Dans quelques semaines, nous serons à même de dévoiler les grandes lignes de cette feuille de route.

- Justement, quelles sont les grandes orientations de cette vision?
- Je ne peux dévoiler, pour le moment, les détails de la stratégie. Mais en résumé, il s’agit d’une stratégie de développement pour donner une nouvelle impulsion à la compagnie. Je vous donne quelques chiffres: En 20 ans, notre flotte a plus ou moins stagné. Nous sommes passés de 45 à 55 avions les 20 dernières années. Ce qui représente une progression d’à peu près 2% par an. Parallèlement, d’autres compagnies dans la région, notamment Turkish ou Ethiopian Airlines, ont progressé de 10 à 12% par an en termes de flotte. Elles ont donc investi, en s’équipant de nouveaux appareils au moment où RAM ne pouvait pas le faire, pour plusieurs raisons.  Aujourd’hui,  nous estimons qu’il est temps, compte tenu de notre positionnement géographique et de notre stratégie en tant que pays résolument tourné vers l’Afrique, d’adopter une vision volontariste qui consiste à développer la compagnie à travers plusieurs piliers. Parmi ces piliers, figure la flotte qui nous permettra de disposer de plusieurs avions, attaquer davantage le long courrier, la qualité de service, enrichir l’expérience clients, la formation ou encore les infrastructures.
- Mais le contrat-programme était censé restructurer la compagnie pour la rendre plus compétitive?
- Le dernier contrat-programme qui a été signé entre RAM et l’Etat marocain (ndlr: 2011-2016) était plus axé sur la restructuration de l’entreprise. C’était un moyen de baisser les charges de manière à rendre la compagnie plus saine financièrement. Le contrat-programme a été finalisé avec succès en octobre 2016. Maintenant, il est temps d’aller vers le développement.

- Concrètement, quel est aujourd’hui le bilan de l’entreprise en termes d’indicateurs financiers et de performance commerciale?
- Entre fin 2015 et fin 2017, nous avons gagné plus de 2,5 milliards de DH de chiffre d’affaires. Nous sommes passés de 13 à 15,5 milliards de DH de chiffre d’affaires à fin 2017. Nous avons gagné quelque 1,5 million de passagers additionnels. Nous sommes passés de 6 millions à 7,3 millions de passagers. Nous avons aussi gagné 3 points en coefficient de remplissage, en passant d’un taux de 68% à 71%. Sur les deux dernières années, alors que l’évolution du secteur était assez lissée, nous avons été assez rapides en termes de remplissage. Cette progression est due à plusieurs facteurs. Même si nous n’avons pas suffisamment d’avions, nous avons été assez agressifs sur le plan commercial et plus à l’écoute de nos clients. Ce qui a généré plus de flux et de passagers à bord. Nous avons aussi ouvert un certain nombre de routes. Je citerais à titre d’exemple les vols sur le long courrier, notamment sur les Etats-Unis où nous doublons les fréquences pendant l’été. Nous avons aussi ouvert un vol direct sur Washington, Montréal, Rio, Sao Paulo, Naples, Manchester, Porto... Toutes ces nouvelles routes nous ont permis de mieux connecter le Maroc à différentes zones géographiques mondiales.

- Quelles sont vos ambitions en capacités additionnelles et de flexibilité de la flotte, via l’acquisition de nouveaux appareils?
- L’année dernière, nous avons fait l’acquisition de 3 Dreamliner additionnels. Cette année, nous avons lancé la commande de huit avions, dont 4 Dreamliner qui devraient arriver entre décembre 2018 et mars 2019. Les 4 autres appareils sont des 737 Max. C’est un programme de 8 appareils additionnels, que nous comptons réceptionner entre 2018 et juin 2019. Certes, c’est de la capacité additionnelle, mais cela reste néanmoins tactique. Nous ne sommes pas encore dans le développement tel que nous le souhaitons. Notre ambition est d’augmenter de manière très substantielle la taille de la compagnie. Je tiens juste à rappeler que nous ne sommes pas seuls sur le continent. Nos concurrents ont des programmes d’acquisition plus ambitieux. Ethiopian Airlines a commandé 40 avions, Egypt Air vient d’annoncer l’acquisition de 24 Bombardier et une dizaine d’autres avions. Air Algérie a 35 ou 40 avions en commande.  Pareil pour Tunisair qui a annoncé des acquisitions. Toutes les compagnies commandent des avions, car il y a des besoins et un potentiel dans l’aérien.

- Quels sont les objectifs majeurs de la compagnie à terme?
- L’ambition à terme est de doubler les capacités de la flotte de RAM. Les chiffres arrêtés seront partagés en même temps que la vision dans sa globalité. L’enjeu pour notre groupe est de devenir une compagnie souveraine avec le hub de Casablanca en tant que première porte d’entrée du continent. Autrement dit, une compagnie qui peut, de par sa situation géographique, connecter l’Afrique à l’Europe et aux Amériques, au même titre que Turkish Airlines ou Qatar Airways connectent l’Asie à l’Europe et à l’Afrique. Pour RAM, l’ambition sur l’Asie sera plus modérée. En revanche, nous avons un potentiel énorme sur la connexion de l’Afrique avec l’Europe. Nous avons deux choix dans la situation actuelle: soit nous allons donner une impulsion historique à la compagnie avec cette ambition et nous doter des moyens pour nous développer, aller de l’avant... Soit nous allons rester dans un mode conservateur et progresser lentement avec 1 ou 2% par an.

- Mais il faut aussi avoir les moyens de ses ambitions. Autrement, l’endettement sera encore plus important...?
- Il va falloir faire jouer des leviers. Nous avons des solutions et plusieurs scenarii. L’Etat est actionnaire de la compagnie nationale. A l’instar d’autres compagnies, l’Etat peut procéder à des augmentations de capital. Cela peut passer aussi par des augmentations externes avec des partenaires financiers. Il ne s’agit  pas de réinventer la roue. L’équation est simple: soit la compagnie se développe, soit elle se fragilise irrémédiablement.

- Quel est aujourd’hui le poids de l’endettement?
- Le ratio d’endettement est complètement contenu.

- L’on parle de plus en plus d’un rapprochement avec Qatar Airways. Où en sont les pourparlers?
- Je dois dire que si une compagnie prestigieuse et un leader mondial comme Qatar Airways annonce son intérêt à entrer dans le capital, c’est que RAM est appréciée de par son image de marque, sa part de marché, ses équipes, son potentiel. Mais comme vous le savez, Royal Air Maroc est une compagnie détenue à 98% par des capitaux publics, directement ou indirectement avec l’Etat. C’est donc à l’actionnaire de référence,  l’Etat marocain, de décider s’il faudra aller vers des développements en interne avec des fonds publics ou faire appel à des partenaires étrangers. Aujourd’hui, nous n’avons pas la réponse à cette question. Et il n’y a pas encore eu de discussions avec Qatar Airways. Certes, il y a une volonté qui a été exprimée par la compagnie du Qatar. Nous sommes très honorés de cet intérêt. Mais nous devons voir avec l’actionnaire l’option qu’il souhaite prendre.

- L’aménagement d’un terminal dédié à la RAM a pris beaucoup de retard. Où en est ce chantier?
- Jusqu’à présent, l’aéroport de Casablanca fonctionnait quasiment avec un seul terminal. Toutes les compagnies avaient un seul terminal (ndlr: numéro 2) pour atterrir et décoller. La collaboration de RAM avec l’ONDA est vraiment exemplaire. Ce qui est normal. Grâce à cette collaboration, nous avons décidé d’allouer à 100% le terminal 1 à Royal Air Maroc. Dans quelques semaines, RAM aura son terminal 1. Nous allons déménager nos opérations du terminal 1 vers le terminal 2. Nous l’aurons quasiment tout seuls.
 
- Comment vous gérez les fluctuations des cours des hydrocarbures. Sachant que la facture du kérosène de RAM avait suscité de vives polémiques?
- En tant que compagnie aérienne, nous ne pouvons pas travailler de manière sereine si nous n’avons pas le bon partenaire avec lequel nous construisons une relation de confiance dans la durée.  Sur ce registre, Afriquia est le bon partenaire. Certes, il y a eu un désaccord à un moment donné mais qui a très vite été levé. Depuis 2016, nous nous sommes mis d’accord sur une approche qui va dans l’intérêt des deux parties. Aujourd’hui, les choses se passent parfaitement bien. Les tarifs du kérosène sont indexés au cours mondial. Sur la gestion des fluctuations, nous avons enregistré en une année une augmentation de 23% des coûts sur les hydrocarbures. Comme nous sommes une entreprise à taille moyenne, qui dispose de 50 à 60 avions, l’effet de taille ne nous permet pas d’avoir une gestion efficiente des coûts. Résultat: le poste  carburants est très important. Evidemment, une fluctuation de 23% des coûts sur une année, c’est une grande partie de notre rentabilité qui prend un coup. Pour juguler les charges et les fluctuations du carburant, nous recourons au hedging. Mais nous ne pouvons pas faire du hedging sur 100% de l’approvisionnement, ce serait très coûteux. Nous le faisons sur 50% de nos achats de carburant. Certes, le hedging peut limiter l’impact, mais la hausse est là. Malgré la progression du chiffre d’affaires et du trafic (de l’ordre de 9%), l’augmentation des charges du kérosène n’a pas permis à notre rentabilité d’évoluer de la même manière. A 50%, quel que soit le mode de couverture, la hausse impacte in fine la rentabilité.

L’effet TGV

Vers la mi-2018, l’ONCF compte donner le coup d’envoi à la ligne à grande vitesse (LGV) qui devra relier Casablanca à Tanger en 2h10mn au lieu de 5 heures actuellement. Le 1er TGV d’Afrique sera opérationnel vers juin-juillet 2018. Sur la question de l’impact du TGV sur les vols domestiques de RAM entre Casablanca et le Nord, le PDG de RAM ne semble pas s’inquiéter. A contrario, il reste serein et se réjouit de l’arrivée du TGV. «Le TGV  va créer de nouveaux marchés . Les Tangérois vont venir plus à Casa/Rabat qu’auparavant. La LGV va nous permettre de développer le marché. Et demain, pourquoi pas, lancer des tarifs combinés. A titre d’exemple, un touriste qui arrive de l’Espagne à Tanger, nous le récupérons à Casablanca pour le ramener à Dakhla ou Laâyoune».

Mondial Russie 2018

Compte tenu des fortes chances du Onze national de football de faire une belle prestation au Mondial de football en Russie, plusieurs milliers de supporters marocains comptent suivre les matchs de l’équipe nationale. Pour le management de RAM, cet événement mondial devra drainer de multiples opportunités commerciales pour la compagnie. «Nous comptons transporter nos passagers africains et marocains pour le Mondial de foot. Nous sommes en train de planifier les capacités. S’il faudra appliquer des tarifs agressifs, nous étudierons un accompagnement avec la fédération».

Propos recueillis par Amin RBOUB

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