Analyse

Le PDG de RAM au Club de L’Economiste: «Soit on se développe, soit on disparaît»

Par Franck FAGNON | Edition N°:5191 Le 19/01/2018 | Partager
Le plan de développement attend la validation de l’Etat, l’actionnaire principal
La compagnie veut rapidement doubler sa taille
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Le plan stratégique en cours de validation devrait permettre à la compagnie aérienne de doubler de taille à moyen terme. Cela passe notamment par le renforcement de la flotte, ce qui nécessitera d’importants investissements. Le développement de la compagnie pourrait aussi passer par une évolution de l’actionnariat

Après quatre exercices consécutifs bénéficiaires (2013 à 2016), Royal Air Maroc devrait enregistrer un trou d’air en 2017. Malgré un chiffre d’affaires et un trafic passagers en hausse de 9%, la compagnie achèverait l’exercice clos au 31 octobre (le transporteur est aligné sur l’année comptable dans le transport aérien qui va du 1er novembre au 31 octobre) sur une perte d’exploitation de 406 millions de DH (source: Rapport sur les établissements et entreprises publics, ministère des Finances) et un résultat déficitaire de 81 millions de DH, en raison principalement de la remontée du cours du kérosène.

La facture du carburant représente 25% des coûts d’exploitation de la compagnie. «Nous avons enregistré une hausse de 23% des prix des hydrocarbures en 2017. Aujourd’hui, notre taille ne nous permet pas d’avoir une gestion efficiente des coûts du carburant. Une fluctuation comme celle de 2017 rogne une grande partie de notre rentabilité et ce, malgré la couverture de la moitié de notre consommation de carburant», explique Abdelhamid Addou, président directeur général de Royal Air Maroc, qui a été invité au Club de L’Economiste.

Comme l’ensemble de l’industrie, le transporteur a bénéficié de l’effondrement des cours du pétrole en 2015 et 2016. Cette fois-ci, le mouvement est inversé. En tenant compte d’un baril à 60 dollars, la facture de carburant des compagnies aériennes s’élèverait à 156 milliards de dollars en 2018, soit une augmentation de 20% sur un an, selon les prévisions de l’IATA.

Cela représenterait 19% des coûts d’exploitation de l’industrie. Indépendamment du  comportement des cours à l’international, la compagnie avait émis des accusations d’entente sur le prix du kérosène sur le marché domestique. «Nous avons eu un désaccord à un moment donné, mais il a été très vite levé. Dès début 2016, nous nous sommes mis d’accord sur une approche qui va dans l’intérêt des différentes parties.

Aujourd’hui, la relation est parfaite pour des raisons évidentes: nous sommes tous deux des acteurs économiques du même pays et nous n’allons pas nous taper dessus. Ce serait ridicule! Aujourd’hui, les choses se passent plutôt bien en termes de qualité de service, d’accompagnement», précise Addou sans rentrer dans les détails.

Donner une impulsion historique

La hausse de la facture carburant et son impact sur les résultats 2017 ne doivent pas faire oublier le travail de remise sur pied de l’entreprise entamé avec la signature du contrat-programme avec l’Etat (2011-2016). «Le dernier contrat-programme était axé sur la restructuration de l’entreprise. Il est temps de passer à une autre phase», soutient Addou. Maintenant que la compagnie a retrouvé un peu d’aplomb, elle compte accélérer son développement.

«Soit nous allons avoir de l’ambition et nous doter des moyens qu’il faut pour développer la compagnie et lui donner une impulsion historique, soit nous allons rester dans un mode conservateur comme cela a été le cas jusqu’ici et rester sur des progressions de 1 à 2% par an. Soit on se développe, soit on disparaît», tranche le président de la compagnie aérienne.

Le plan de vol envisagé passera par la flexibilité et l’augmentation significative de la flotte, le renforcement du long courrier ou encore l’investissement dans la formation. En vingt ans, seulement dix avions ont rejoint le parc de la compagnie, là où des concurrents (Ethiopian Airlines, Egypt Air...) se sont fortement renforcés. Idéalement, il faudrait arriver à doubler la flotte à l’horizon 2020, souhaite le PDG. La nouvelle stratégie de la RAM attend la validation de l’actionnaire principal, l’Etat (Trésor et Fonds Hassan II) qui détient 98% du capital.

Son déploiement va nécessiter d’importants investissements. Le doublement de la flotte suppose l’acquisition d’au moins une quinzaine d’avions par an d’ici 2020. Reste à savoir si l’Etat est prêt à continuer à investir seul dans la compagnie après les efforts consentis dans le cadre du contrat-programme. Le changement de dimension de la RAM pourrait aussi s’accompagner d’une évolution de l’actionnariat. Toutes les possibilités sont ouvertes, a laissé entendre Abdelhamid Addou.

Qatar Airways aurait manifesté un intérêt pour le transporteur marocain. Mais, à ce jour, aucune négociation n’aurait été engagée directement avec la compagnie, nuance le PDG de RAM. En attendant la validation du plan de développement, la compagnie va réceptionner huit nouveaux avions d’ici juin 2019. Ils seront financés en fonds propres et par la dette.

Ces dernières années, la dette constituait l’un des points de fragilité du transporteur. Elle totalisait 6,4 milliards de DH à fin 2015, soit 2,4 fois les fonds propres. Cela dit, la RAM doit récupérer 1,2 milliard de DH de crédits TVA auprès de l’Etat. Son encaissement pourrait donner un peu de marge de manœuvre à la compagnie, notamment pour le financement des nouveaux avions. Les discussions sont sur la bonne voie, rassure le PDG.

 

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