Analyse

Le PDG de RAM au Club de L'Economiste La compagnie capitalise sur les routes subsahariennes

Par Jean Modeste KOUAME | Edition N°:5191 Le 19/01/2018 | Partager
La stratégie accorde une place de choix au marché africain
1,3 million de passagers transportés en Afrique en 2017
RAM, le navire amiral de la vision du Maroc sur le continent

Le Maroc affiche des ambitions diplomatiques, économiques industrielles et culturelles importantes sur le continent. Pour accompagner cette dynamique, Royal Air Maroc est un maillon fondamental de la vision du Royaume à l'échelle continentale. De surcroît, c'est la compagnie qui est censée driver cette vision, en ouvrant de nouvelles routes à la communauté des hommes d'affaires, industriels, politiques, diplomates... dans les deux sens.

RAM incarne désormais le navire amiral  de la stratégie royale à l'échelle du continent. A cet effet, la compagnie construit de nouvelles routes afin de générer plus de flux. Mais l'enjeu est de rentabiliser les lignes, en assurant un fort taux de remplissage. Ce qui prend du temps. Sur les vols intra-africains, des routes sont plus chères que d’autres parce qu’elles ont des shifts plus bas et des taux de remplissage faibles.

Jusque-là, ce sont les dessertes sur Abidjan et Dakar qui enregistrent les meilleurs taux de remplissage. L'équation du remplissage fait que les prix restent élevés sur certaines lignes. «Avec le développement de la flotte, il y aura un effet taille et échelle qui nous permettra d’être encore plus compétitifs,  beaucoup moins chers et efficaces», fait valoir Abdelhamid Addou, PDG de la RAM, au Club de L'Economiste.

En plus des tarifs des billets, se greffent des pesanteurs politiques locales, qui freinent le développement de certaines routes aériennes. C’est le cas de l’Angola, où RAM n’arrive pas à rapatrier ses devises. Une grande partie du chiffre d’affaires généré dans le pays reste bloquée. Plusieurs compagnies ont quitté le territoire pour cette raison: Emirates, Iberia, British Airways… Depuis, «des négociations diplomatiques ont eu lieu au plus haut niveau avec les autorités angolaises. Nous espérons qu’il y aura une vraie dynamique commerciale et business», explique le patron de RAM.

Le hub de Casablanca, première porte d’entrée en Afrique

Invité au Club de L’Economiste, Abdelhamid Addou a passé en revue les axes stratégiques de sa vision qui sera dévoilée incessamment. Forte de cette feuille de route, la compagnie compte ériger le hub de Casablanca en tant que première porte d’entrée en Afrique. La stratégie du hub permet aux compagnies de drainer une partie du marché et économiser 25 à 35% du tarif du billet.

Cette configuration permettra de proposer des prix plus agressifs que la concurrence. Sur 100 voyages long courrier, en moyenne 70 se font en direct et 30 via un hub. C’est la norme mondiale aujourd’hui. Pour ratisser large, la compagnie développe le code-share, notamment avec Egypt Air. Elle revoit aussi ses programmes sur certaines destinations, notamment Lagos-Londres ou Manchester. La desserte sur Manchester a été ouverte. Ce qui a permis de drainer un nouveau marché: celui du transit efficace.

L’Afrique est un vecteur important du développement de la compagnie. Quand l’open-sky a été mis en place, RAM a beaucoup perdu en point à point, notamment vers l’Europe. Les marchés subsahariens lui ont permis d'amortir ces déperditions. «La compensation a pris du temps, mais une fois que nous avons commencé à générer des flux, ces marchés sont devenus plus intéressants», confirme le PDG. L’évolution du trafic passagers de et vers l’Afrique aura progressé de 3% en 2017. Au total, 1,3 million de passagers ont voyagé à bord de la flotte de la compagnie. Le tiers des passagers subsahariens fait des vols vers l’Afrique. Un autre tiers fait du propre (exemple: Casablanca-New York, Casa-Paris).

Sur les vols par correspondance, RAM affiche un taux de satisfaction clientèle de 59%. Seul bémol, les passagers africains estiment qu’ils passent trop de temps à l’aéroport en cas de correspondance. Ils ne sont pas satisfaits  des services et de l'accueil lors du transit par Casablanca. L’ouverture imminente du terminal 1 permettra de résoudre ce problème, promet Addou. Jusque-là, le hub de Casablanca ne fonctionnait qu’avec un seul terminal (le 2).

Or, une compagnie nationale qui a un terminal dédié gagne en synergie et en compétitivité. C'est le cas notamment de Lufthansa à Francfort et de Air France sur Charles de Gaulle. La RAM compte capitaliser sur sa flotte pour se développer. La compétitivité de RAM passera également par la flexibilité et le développement de la flotte. L'enjeu est de doubler le nombre d'appareils d'ici 2020. Idéalement, le management table sur 120 appareils à terme. Autrement, RAM devra se contenter d'une faible croissance annuelle, de l'ordre de 1 à 2%.

Rapprochement avec Air Sénégal

RAM nourrit de grandes ambitions pour un éventuel rapprochement avec Air Sénégal. «Notre démarche consiste à nous mettre à la disposition du gouvernement sénégalais pour lancer la compagnie aérienne, sur le plan technique, commercial voire à tous les niveaux. Pour l’instant, nous accompagnons Air Sénégal en tant que consultant. Nous n’avons pas parlé d’actionnariat, mais uniquement d’accompagnement. L’objectif est d’aider la compagnie à se lancer dans de meilleures conditions, sachant que nous avons  tiré des enseignements de l’expérience passée où, de part et d’autre, des erreurs ont été commises», explique Abdelhamid Addou, PDG de RAM.

Indicateurs

  • 1,3 million de passagers africains en 2017
  • Une progression des voyages de 3% l'an dernier
  • Passagers subsahariens en transit par Casablanca: Un taux de satisfaction de 59%
  • Taux global de satisfaction: 77%

 

 

 

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