Economie

Conseil BAM: Sans réformes, il ne faut pas espérer des miracles

Par Franck FAGNON | Edition N°:5115 Le 28/09/2017 | Partager
Le rythme est trop lent au regard des ambitions du pays
«Les concurrents ne nous attendent pas»
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«Si nous tardons ou ne menons pas les réformes, elles seront plus dures, voire impossibles à réaliser. Nos concurrents ne nous attendent pas et il sera difficile de les rattraper», a estimé le wali de Bank Al-Maghrib à l’issue du Conseil de la politique monétaire du 26 septembre (Ph. L’Economiste)

Trois mois après le volte-face sur la réforme du régime de change, Abdellatif Jouahri, wali de Bank Al-Maghrib, est sorti de son silence à l'issue de la réunion trimestrielle du Conseil de la politique monétaire. C'était un Jouahri aux apparences affectées par ce cafouillage de dernière minute après sept ans de préparation de ce qui était l'une des plus importantes réformes de ces dernières années.

Les mouvements inhabituels sur le marché des changes à l'approche de la migration ont occupé beaucoup de place, mais n'expliquent pas le renvoi de la réforme. Toutefois, le gouverneur ne décolère pas face aux banques qui brandissent l'argument selon lequel elles ont agi pour le compte de leurs clients. Celles qui auraient effectué des opérations non conformes à la réglementation des changes pour le compte de leurs clients devront s'expliquer.

L'Office de change va incessamment livrer les résultats de sa mission d'inspection. Cependant, il est difficile de croire que les banques n'aient pas verrouillé les opérations suspectées sur le plan réglementaire. Nous avons joué la transparence la plus totale, ce qui s'est peut-être retourné contre nous, a laissé entendre le wali.

Les conditions sont toujours réunies pour entamer la transition, mais la décision finale revient au gouvernement, tient à préciser Jouahri, pour répondre aux critiques sur les dépassements de prérogatives. Le chef du gouvernement avait justifié le report de la réforme par des craintes sur le pouvoir d'achat et la dynamique économique. Des explications qui n'avaient pas convaincu grand monde. Certes, la formation du gouvernement a pris du temps, mais Mohamed Boussaid a gardé le portefeuille du ministère des Finances. Et son ministère travaille depuis près de quatre ans sur ce dossier avec la banque centrale.

D'où les incompréhensions sur la marche arrière sur la flexibilisation du dirham au dernier moment. «Si on recule pour mieux apprécier et soutenir la réforme, c'est positif», commente Jouahri. Autrement, ce serait un mauvais signal. Le gouvernement veut réaliser des études d'impact avant de se prononcer à nouveau sur la réforme. «Nous réaliserons des études supplémentaires si on nous les demande. Mais à ce jour, nous n'avons reçu aucune sollicitation», confirme le wali de la banque centrale.

Sur le rythme des réformes, les positions de la banque centrale et du gouvernement semblent s'écarter. «La flexibilisation du dirham n'est pas une réforme pour la forme. Elle doit servir de levier aux réformes structurelles. Si on considère que la croissance, l'emploi sont des sujets importants, la réforme du régime de change peut les appuyer», relève le banquier central. De toute façon, le Maroc doit mener des réformes pour avancer. «Si nous tardons ou ne menons pas les réformes, elles seront plus dures, voire impossibles à réaliser. Nos concurrents ne nous attendent pas et il sera difficile de les rattraper», prévient Jouahri.

Reprise lente du crédit

La Banque centrale laisse son taux directeur inchangé à 2,25% considérant que l’évolution de l’activité économique nécessite le maintien d’une politique monétaire accommodante. La demande de crédit se redresse mais lentement, observe Bank Al-Maghrib. L’encours des prêts aux entreprises a augmenté de 5,1% à fin juillet, surtout sous l’effet de la reprise des investissements des entreprises publiques. Beaucoup d’entreprises se plaignent encore des délais de paiement trop longs, ce qui bride l’investissement des PME. L’enquête de Coface auprès des chefs d’entreprise révèle une dégradation de la situation dans pratiquement tous les secteurs. Le problème des délais de paiement plombe quelque part les efforts dans la relance de l’activité. C’est l’un des axes d’amélioration figurant dans le mémorandum BAM-CGEM-GPBM adressé au gouvernement. Celui-ci n’a toujours pas réagi. Le trio travaille sur une version actualisée du mémorandum qui sera envoyée au nouveau gouvernement. «J’espère que nous aurons plus de chance», souhaite Jouahri. Sur les délais de paiement, il faudra que les membres de la CGEM fassent aussi leur autocritique. Trop souvent, les grandes entreprises pénalisent les plus petites. La lourdeur des process, selon nombre de dirigeants, explique cette situation. Sinon, «il n’y a pas de volonté délibérée d’allonger les délais de paiement», s’accordent-ils à dire. Il reste que les pratiques ne s’améliorent pas vite.

 

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