Dossier Spécial

Les délais de paiement se sont encore détériorés!

Par Abashi SHAMAMBA | Edition N°:4909 Le 01/12/2016 | Partager
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Tawfik Benzakour, directeur général d’Euler Hermes Acmar (Ph. Khalifa)

Le retard de règlement est une pathologie chronique de l’environnement des affaires au Maroc. Les délais interentreprises se sont encore rallongés en 2016. Régler à plus de 150, voire 210 jours est de plus en plus courant, révèle Tawfik Benzakour, directeur général d’Euler Hermes Acmar. Mais les retards de paiement ne se transforment pas toujours en sinistres. Les entreprises ont sans doute développé des systèmes «D». La bonne nouvelle, c’est le ralentissement du rythme des défaillances: +8% prévus en 2016 et 2017 contre 10 à 15% les trois dernières années.

■ Au delà de 5, voire 7 mois, c’est devenu courant
Nous avons constaté un allongement conséquent des délais de paiement au cours de cet exercice. Ainsi, des délais supérieurs à 5, voire 7 mois, semblent de plus en plus courants sur le marché. Ceci dit, il s'agit le plus souvent de simples retards de paiement, à savoir des impayés qui ne se transforment pas nécessairement en sinistres. En effet, le nombre de sinistres reçus à fin octobre 2016 est en croissance raisonnable par rapport à la même période de l'année précédente, et en tous cas, de manière corrélée à la croissance de notre chiffre d’affaires. Un autre sujet lié et qui peut expliquer dans une certaine mesure l'allongement des délais de paiement interentreprises est celui du resserrement de l'accès au financement bancaire, matérialisé par une contraction de 2% des crédits bancaires octroyés aux entreprises et conforté par le dernier rapport Doing Business 2017. Au titre de ce classement, le Maroc, quoique classé à la 68e place, n'est que 101e en termes d'octroi de crédit. De ce fait, les entreprises semblent avoir moins de trésorerie disponible pour faire face à leurs engagements à court terme.

■ Défaillances d'entreprises: La croissance ralentit
Nous avions enregistré des croissances de l'ordre de 10 à 15% de défaillances d'entreprises au cours des trois dernières années, mais nous projetons un fléchissement. Ainsi, signal plutôt  favorable basé sur nos récentes études sectorielles, nous anticipons 8% de croissance des défaillances d'entreprises durant les deux prochaines années. Cette sinistralité touche, et c'est là une nouveauté, quasiment tous les secteurs. Elle n’est plus en effet concentrée dans les marchés «classiques» tels que le BTP notamment. C’est d’ailleurs cette même propagation des impayés aux autres secteurs qui donne l’impression que celui du BTP est plus sûr aujourd’hui. Mais ce n’est qu’une illusion d’optique bien entendu.

■ Le BTP malade de la baisse des commandes
La situation du BTP et, à un degré moindre, celle du commerce semblent en régression par rapport à la dernière décennie même si des signaux présageant d'une timide reprise dans ces secteurs sont là. Le Haut commissariat au plan, dans sa dernière enquête, relève en effet que l'économie marocaine a enregistré la perte de 125.000 emplois sur les douze derniers mois, alors que le BTP en a créé 52.000 au cours de la même période.
Indépendamment de cette petite reprise enregistrée depuis peu, les difficultés restent évidentes et sont, à mon sens, directement liées à une baisse de la demande du secteur privé, notamment dans la promotion immobilière. Cependant, l'enjeu aussi réside dans la commande publique qui a enregistré une dégradation importante durant ces trois dernières années. La chute globale des demandes publique et privée a mis dans une situation très délicate beaucoup d’entreprises dans ce secteur.

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■ Ça sera très dur pour l’acier
Une des filières importantes dans le BTP, celle de l'acier, a été aussi fortement touchée par la crise ces deux dernières années. Ses difficultés structurelles tiennent en premier lieu à la surcapacité qui peut conduire à une guerre sur les prix. Mais ces difficultés ont été exacerbées par une gestion parfois hasardeuse, s’agissant du moins de certains acteurs du marché.  A cela, il faut ajouter la situation morose de l’économie mondiale qui a induit des stocks disponibles très importants de matières premières et donc une baisse des cours. Un certain nombre d'opérateurs nationaux se sont alors trouvés confrontés à une concurrence peu soutenable de produits importés de Chine, de Turquie, d'Espagne….

■ Exposition d'Euler Hermes sur le marché marocain
Notre métier est de prendre et de tenir nos engagements à court terme à l’égard de nos assurés. Euler Hermes Acmar couvre environ 40 milliards de dirhams d'engagements et de couverture de risque commercial sur le marché marocain, dont 22 milliards afférents à des assurés marocains. Nos primes d'assurance ont enregistré des progressions à 2 chiffres durant les quatre dernières années et ont franchi la barre symbolique des 100 millions de dirhams.

Assurance-crédit: Les «nouvelles» attentes des entreprises

Contrairement à ce qui pouvait se faire il y a quelques années, nos assurés recherchent beaucoup plus aujourd'hui des relations commerciales durables et viables avec leurs clients et se positionnent plus encore que par le passé dans une logique de prévention et d'anticipation du risque. Nous passons donc de plus en plus d'une logique d'assureur/assuré, où l'accompagnement en termes de garantie peut subir une certaine pression, à une logique de partenariat. Dans un contexte économique de plus en plus difficile, les créances commerciales peuvent représenter jusqu'à un tiers du total du bilan d'une entreprise. Une gestion efficace du poste clients joue donc un rôle clé pour fournir une protection complète contre le risque de défaillance des partenaires commerciaux, et donc améliorer les relations clients/fournisseurs et enfin favoriser de bonnes relations avec les institutions bancaires.

 

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