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Stérilisation obligatoire, avortements forcés : Les Chinoises écrasées par la politique de l'enfant unique

Par L'Economiste | Edition N°:145 Le 15/09/1994 | Partager

Plus d'un milliard de Chinois. Ce chiffre effraie le monde, mais surtout l'Etat chinois qui a entrepris une politique coercitive de contrôle des naissances. Le credo est l'enfant unique. Souvent, le premier enfant est une fille; il est tué pour laisser la possibilité d'avoir un garçon Dans les usines, dans le village, l'Etat organise l'avortement.

Voici treize ans, Deng Xiaoping a lancé cette phrase aux responsables du Parti Communiste chinois : "Faites tout ce que vous devez faire pour que la population baisse. Vous n'avez rien à craindre, le Comité Central vous soutient".

La "politique technique du contrôle des naissances" qui a vu le jour en 1983 a pris les femmes pour cible. Toute femme en âge de procréer et déjà mère d'un enfant devait se faire poser un stérilet. Toute femme en ceinte sans autorisation devait se faire avorter. Tout couple ayant deux enfants devait subir une stérilisation obligatoire, et "couple" dans ce contexte voulait dire en règle générale la femme.

Un bébé tué par un médecin

Chi An, une infirmière de la ville de Shenyang en Mandchourie, a été recrutée par un directeur d'usine en 1981 pour l'aider à mettre en oeuvre la politique de l'enfant unique auprès de ses ouvrières. Malgré sa propre expérience - elle-même avait dû interrompre sa seconde grossesse -, Chi An a accepté ce poste. Son travail consistait à ligaturer les trompes utérines de femmes, souvent contre leur gré, et à poser des stérilets à d'autres. A pratiquer des avortements lorsque la grossesse était découverte à temps, et à participer à d'autres méthodes lors que la grossesse était plus avancée. Mais Chi An ne pouvait rester long temps indifférente à la façon cruelle dont la politique de l'enfant unique était imposée aux femmes.

Elle était de garde une nuit lors qu'une femme, après s'être enfuie à la campagne, a été ramenée à la clinique. Un avortement était fixé pour le lendemain matin, mais la jeune femme a accouché dans la nuit. Dans de tels cas, les Chinois opèrent une distinction froide. Le médecin attend que le col de l'utérus soit suffisamment dilaté pour laisser paraître le crâne de l'enfant. Il prend ensuite une seringue - à l'aiguille longue de cinq centimètres - pour injecter du formaldéhyde dans le cerveau par la fontanelle . Avant même d'avoir commencé sa descente du canal, l'enfant est mort. Mais cette nuit-là, un petit garçon robuste naît avant que le médecin ait pu préparer sa seringue. "Pourquoi devrais je me laisser prendre un blâme - avec une amende en prime - pour avoir laissé naître ce morveux paysan?", de manda-t-il. Il a pris la tête de l'enfant d'une main, et de l'autre il lui a plongé l'aiguille dans le crâne. Puis il est parti. Chi An a tenté de réconforter la mère, laissée hystérique de douleur. Son fils a mis une demi-heure à mourir.

La conscience de Chi An - comme celle du médecin - était engourdie par la crainte des représailles, et elle a continué à servir sans protester. En 1982, le contrôle des naissances a été encore resserré et un système de quo tas a été instauré. Chi An, devenue la directrice du centre de planning familial de son usine, devait signer un "contrat-naissances". Si elle réussis sait à maintenir le quota de 322 naissances pour l'usine, elle avait droit à une prime et à une mention. Mais s'il naissait ne serait-ce qu'un enfant de plus que le quota autorisé, elle devait payer de sa poche une amende, et recevait un blâme. Au mois de janvier, Chi An annonçait les noms de celles que le comité du contrôle des naissances de l'usine autorisait à avoir un enfant au cours de l'année. Elle passait le reste de son temps à procéder à des examens sur des femmes soupçonnées d'avoir conçu un enfant en dehors du plan et à chercher à persuader celles qui se révélaient effectivement enceintes de recourir à l'avortement. Celles qui refusaient ces "mesures curatives" termes utilisés pour désigner l'avortement - étaient enfermées dans des entrepôts jusqu'à ce qu'elles aient changé d'avis, avec des tactiques "douces et dures" employées pour venir à bout de leur refus. Le directeur de l'usine s'employait d'abord à faire peur aux femmes par des menaces dures, et Chi An venait après lui pour leur dire d'aller se faire avorter pour leur propre bien. Elle n'a jamais dépassé son quota.

Ligotées, avortées de force

Au milieu des années 1980, le quota de son usine est passé de 322 naissances à 65. Lorsque Chi An s'est plainte, son supérieur hiérarchique lui a conseillé de ne pas y aller de main morte. "L'usage de la force est une mesure administrative indispensable, lui a-t-il dit. Deng Xiaoping lui-même nous a dit de faire tout ce qui était nécessaire". Au fil des mois, le côté sombre de la politique du contrôle des naissances s'est révélé, comme jamais auparavant. Dans leur empressement de ne pas dépasser les nouveaux quotas, les responsables du planning familial à travers le pays n'ont pas hésité à avoir recours aux contraintes les plus draconiennes. Dans certaines régions, des femmes se voyaient escortées à la clinique dès que leur grossesse devenait manifeste . Des rumeurs faisaient état de femmes ligotées et avortées de force. Chi An, dégoûtée par l'idée de devoir employer la force contre des femmes sans défense, a continué à compter sur les tactiques douces et dures d'autre fois.

C'était alors que Chi An a découvert que l'une de ses meilleures amies, Ah Fang, était enceinte de cinq mois. A plusieurs reprises, Chi An l'a exhortée à faire quelque chose. "Accorde-moi un peu plus de temps, ré pondait immanquablement Ah Fang, j'irai à l'hôpital d'ici un jour ou deux". Plusieurs semaines ont passé. Chi An a fini par perdre patience, et a voulu enfermer son amie à l'entrepôt. Mais Ah Fang s'est évadée dans l'espoir de se cacher jusqu'à la naissance de son enfant. Chi An ne pouvait permettre cela, car l'enfant de Ah Fang lui aurait fait dépasser son quota. Elle s'est creusé la tête pour trouver l'indice qui lui permettrait de retrouver la trace de son amie. Et elle a fini par se souvenir que Ah Fang avait parlé d'une soeur qui habitait dans un village non loin de Shenyang. Chi An s'est mise tout de suite en route, avec deux policiers. Ah Fang a été arrêtée, ramenée à l'usine, avortée et stérilisée peu de temps après. Chi An avait encore une fois maintenu le quota, mais cette fois-ci elle ne pouvait s'en réjouir. Au contraire, elle était pleine de remords pour ce qu'elle avait fait, non seule ment à Ah Fang, mais à des centaines d'autres femmes. Elle a pris une décision: dorénavant elle refuserait de brutaliser les femmes au nom du contrôle des naissances. Elle refuserait de sou tenir le Parti dans ses efforts d'enlever aux femmes le droit de jouir de leur propre corps.

Steven W. Mosher

L'Américain Steven W. Mosher est l'un des sinologues les plus controversés au monde. Il a fait plusieurs années de recherches sur la politique démographique chinoise. Après avoir publié le résultat de ses travaux sur l'utilisation de la contrainte et de la menace physiques contre les mères, il a été expulsé de Chine par le gouvernement de Pékin. Rentré aux Etats-Unis, il a été refusé à Stanford en raison de ses opinions. Il dirige aujourd'hui la section des études asiatiques au Claremont Intitute, en Californie. Il est l'auteur de A Mother's odeal : one woman's fight against China"s one-child policy, publié au printemps 1994 dans toute l'Europe.

Steven W.Mosher (USA)- Tranlation/editing :Dan Throsbv

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