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Affaires

Séisme d'El Hoceïma
Douar Ifassine: Le secret de ces maisons qui ont résisté
De notre envoyé spécial, Ali ABJIOU

Par L'Economiste | Edition N°:1726 Le 16/03/2004 | Partager

. Les techniques traditionnelles s'avèrent plus “antisismiques” . Des experts architectes offrent leur diagnosticIL est neuf heures du matin. De la ville, on peut voir les bateaux de pêche qui rejoignent le port d'El Hoceïma. Un groupe d'architectes s'apprête à prendre la route. Il se dirige vers Ifassine, un douar à quelques kilomètres d'Imzouren et gravement touché par le séisme du 24 février dernier. L'objectif est de faire un constat sur le bâti. Cette action rentre dans le cadre d'une initiative d'Architectes de l'Urgence, ONG française, en association avec l'Ordre national des architectes. Saâd, Saïd, Malak et Line, parmi les architectes qui forment ce groupe, n'en sont pas à leur première sortie. Ils ont déjà effectué plusieurs visites depuis leur arrivée. Ils ont été près de 150 architectes de différentes villes du Maroc à avoir participé à cette action bénévole. Architectes de l'Urgence dispose d'un équipement léger, caméras numériques, GPS et radios. L'antenne de l'agence urbaine à El Hoceïma a offert ses locaux. Certains utilisent leur propre véhicule et logent à leurs frais, bénévolat oblige. Le travail est fait sur la base d'un secteur quadrillé où systématiquement chaque maison est visitée. A la suite, une fiche d'évaluation est remplie. Une photo de la maison et sa position notée au GPS, afin de connaître exactement sa situation, viennent compléter les informations. Jusqu'à samedi dernier, près de mille maisons ont été visitées. A Ifassine, la désolation est totale. Nombre de maisons sont complètement détruites, d'autres en partie, mais certaines tiennent encore debout. “Ce n'est pas le séisme qui a fait des morts, ce sont des techniques de construction non maîtrisées qui en sont responsables”, déclare Omar Farkhani, président de l'Ordre national des architectes, qui accompagnait le groupe. Selon lui, le but est de faire des constats. Un rapport sera établi et présenté aux autorités compétentes. A Ifassine, les exemples d'anomalies ne manquent pas. Les habitations construites selon la méthode traditionnelle à base de briques en argile non cuite et avec un toit en roseaux recouvert de terre, n'ont pas cédé; d'autres construites en dur avec béton armé et murs en brique ont également résisté. Par contre, celles qui ont le plus souffert, sont celles où il y a eu un mélange des techniques, sans respecter les règles de l'art. La tendance avant le séisme était le remplacement des toits en roseaux et poutres en bois par des toits en béton coulé sur des poutres en ciment. “La dalle est posée à même les murs, sans respecter les normes de construction”, note Farkhani. En cas de secousse, les murs cèdent et la dalle s'effondre. Les toits en roseaux et terre cuite, en cas de chute, ne causent pas de dommages, alors que le béton ne pardonne pas. Les habitants se croyaient pourtant protégés. “J'ai construit moi-même ma maison”, se plaint un Rifain. La réponse est pourtant simple: au lieu du ciment, les gens utilisent l'argile, une méthode très répandue. “C'est comme si on a mis du beurre”, note Farkhani. En plus, les murs sont construits en double, un externe et un autre interne. En cas de secousse, dans la plupart des cas, l'un tombe sur l'autre. Le risque est donc plus grand. Heureusement, à Ifassine, le mur intérieur de l'une des maisons est resté en place, épargnant la vie d'un vieillard. Ce dernier raconte aux enquêteurs ce qui s'est passé cette nuit. Selon les architectes, les gens se sont comportés dignement. Pas de demande d'aides ni de requêtes, ils répondent aux questions sans plus. Réputés fiers, les Rifains le restent même en cas de désastre. Mais ce sont les enfants qui sont les plus troublants. Ils suivent le groupe d'architectes de maison en maison. Certaines petites filles se sont même liées d'amitié avec Malak et Line, deux femmes architectes. Les accompagnant au cours de la visite du douar, elles se sont habituées à elles, leur demandant même de rester. Les architectes ont ressenti le besoin d'écouter, réconforter et aider moralement les habitants de ces douars. “Chose qui n'est pourtant pas aisée”, note Saâd. Les habitants de la région n'oublieront certainement pas le drame du 24 février, mais la vie continue. Un Rifain, les yeux embués, pleure son frère tailleur mort dans le séisme. Après l'avoir enterré, il prend le risque d'aller chercher des étoffes et quelques djellabas dans la maison (qui menaçait ruine) de son frère. Des djellabas qu'il devait rendre aux clients. Comme la plupart des Rifains ne parlent que leur dialecte, la communication était difficile, surtout pour les architectes venus d'ailleurs. “Nous avons passé une demi-heure à parler avec deux femmes qui ont tout perdu. A la fin, elles nous ont offert du thé”, explique Malik, architecte algérien installé en France. La journée terminée, Saâd et son groupe rentrent avec une dizaine de rapports sur les maisons visitées. Les pieds enflés et les véhicules couverts de poussière, les architectes gardent le sourire avec le sentiment d'avoir aidé.


Carte de visite

Architectes de l'Urgence est une ONG française, créée en avril 2001, lors des inondations en France. Elle est composée d'architectes bénévoles. Leur objectif est de donner conseil et prêter assistance aux populations en difficulté. Ils sont intervenus lors du dernier séisme qui a frappé l'Algérie.

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