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    Economie

    Lutte contre la contrebande : Pneumatiques: L'impact de la campagne se fait attendre

    Par L'Economiste | Edition N°:217 Le 15/02/1996 | Partager

    L'industrie pneumatique pousse un ouf de soulagement. La campagne de lutte contre la contrebande étouffe la commercialisation des pneus usagés. Cependant, l'impact sur la vente des marques locales se fait encore attendre. Les industriels suggèrent à la douane la destruction des stocks saisis.


    "Il était temps que l'Administration prenne une décision allant dans le sens de l'encouragement à l'investissement", se félicite M. M'Hammed Bennis, responsable du département des Relations publiques de Goodyear. "Cette campagne est rassurante pour nous, chefs d'entreprise, et nous redonne de l'espoir", renchérit M. Patrick Cazals, directeur général de General Tire. Un réel soulagement transparaît dans les commentaires des responsables de l'industrie pneumatique sur la campagne de lutte contre la contrebande. Et pour cause. Depuis plusieurs années, ce secteur souffrait gravement de l'importation illicite de pneus usagés. Il est ainsi souligné que 30% du parc automobile marocain, et même beaucoup plus, est équipé en pneus lisses. Il s'agit de pneus usés, de marque étrangère, dont la profondeur est inférieure à 1,6 mm. Ce commerce illégal touche exclusivement la gamme destinée aux voitures de tourisme et aux camionnettes.

    Perte de 59 MDH


    Selon une étude réalisée pour le compte de Goodyear, la part de marché des pneus neufs (ventes de marques locales et importations légales) s'est considérablement amenuisée, et de manière progressive, entre 1989 et 1994, passant de 89,7 à 65,3%. Pour cette période, les ventes des marques locales sont passées de 79,3 à 56,8% du volume total écoulé. Quant aux importations légales, elles ne représentaient plus que 8,6% en 1994 contre 10,4% en 1989 avec une pointe de 12,1% en 1990. Cette situation s'explique. En dehors du rétrécissement du marché domestique qui s'est fixé à 482.000 pneus en 1994 contre 518.000 en 1989, et ce malgré l'élargissement du parc automobile, le volume du commerce illégal est allé crescendo, passant, entre ces deux bornes, de 54.000 unités à 167.000(1). Compte tenu uniquement des importations illégales de pneus d'occasion, l'industrie locale aurait perdu près de 59 millions de Dirhams en 1994, soit l'équivalent d'environ 84.000 pneus, indique l'étude de Goodyear.
    Outre la perte des recettes potentielles pour les fabricants locaux et l'impact négatif sur l'emploi (2.250 emplois étaient menacés de disparition en 1994), les pneus usagés sont à l'origine d'une importante évasion fiscale et contribuent à la détérioration de l'environnement. Il est précisé que les pays industrialisés disposent d'innombrables quantités pour lesquelles ils n'ont pas encore trouvé de solution.

    Devant la poussée de la contrebande, les industries locales ont cherché à compenser la baisse du chiffre d'affaires en misant entre autres sur les exportations. General Tire a ainsi vendu en 1995 plus de pneus sur le marché italien que sur le marché domestique qui est par ailleurs égalé par les ventes réalisées en France. Cependant précise M. Cazals, le marché national, fondamental dans la stratégie d'investissement, est très important pour assurer la pérennité de l'industrie locale. Pour illustration, il cite la disparition de l'industrie automobile britannique qui fut enclenchée au début des années 70 avec la perte du marché intérieur. Et de poursuivre que cet aboutissement peut être subi s'il découle d'une incompétence quant à la qualité des produits ou d'une insuffisance de gammes. En revanche, il ne peut être accepté s'il est le résultat d'un non-respect des règles du jeu de la concurrence. Le directeur de General Tire souligne à cet effet que le secteur des pneumatiques a fourni de gros efforts sur le plan de la qualité. Dans ce domaine, les marques locales peuvent parfaitement concurrencer les importations légales, est-il fait remarquer.

    Stocks saisis


    Pour l'instant, le point d'interrogation demeure quant à l'évolution du marché. Normalement, la jugulation de la contrebande devrait fouetter les ventes locales. Toutefois, de l'avis de M. Cazals, qui se garde de préjuger de l'évolution du marché, d'autant que l'utilisateur est en partie orienté vers les produits d'occasion pour des raisons de pouvoir d'achat, l'impact des actions entreprises par les pouvoirs publics ne se font pas encore sentir. Pour M. Bennis, une reprise, encore très timide, est perceptible dans le Nord, principale source d'approvisionnement. Une nette amélioration est même attendue d'ici l'été.
    Le gros problème, clament en choeur les industriels, concerne les stocks de pneus usagés ou neufs saisis par la Douane. Traditionnellement, cette Administration procède à la vente aux enchères des saisies. Cette démarche remettrait directement sur le marché des produits dangereux et limiterait d'autant le potentiel de croissance de l'industrie locale. Les acquéreurs pourraient en effet légalement écouler ces stocks. Pour se prémunir contre ce risque, les industriels suggèrent la destruction des stocks de pneus usagés et se proposent même de prendre en charge le coût. En ce qui concerne les pneus neufs, ils préconisent la reprise s'il s'agit d'une marque propre ou la réexportation vers le pays d'origine, le cas échéant. En attendant, certains fraudeurs entretiennent encore un stock important de pneus de contrebande qui pourraient être écoulés à tout moment.

    Alié Dior NDOUR.



    Hausse des matières premières

    Les prix des pneus augmentent de 4%



    Le prix des produits pneumatiques a subi une hausse moyenne de 4% au premier février 1996. Selon les industriels, il ne s'agit pas d'une conséquence de la lutte contre la contrebande. Cette évolution est plutôt imputée à l'augmentation continue des coûts des matières premières. Selon M. Cazals, l'industrie pneumatique avait informé en 1994 les pouvoirs publics de la nécessité d'une hausse des prix. Il indique que le constat fait par le secteur sur la progression du coût de la matière première exigeait à l'époque une hausse minimale de 3%. Une augmentation de 5 à 6% était même plus juste. Cependant, souligne le directeur de General Tire, les fabricants locaux ont préféré compenser le manque à gagner par les gains de productivité. Face à la recrudescence de la montée des prix des matières premières en 1995, les autorités ont été, une nouvelle fois, saisies de l'opportunité de procéder à un réajustement, est-il souligné. Ainsi, les prix des pneumatiques ont été effectivement augmentés de 3% en 1995 et de 4% au début de ce mois compte tenu des hausses des matières premières des années 94 et 95 qui, selon M. Cazals, ont dépassé de loin 10%. Il est noté que les prix des pneus importés ont même augmenté de 15 à 20%, soit beaucoup plus que la production locale.
    Par rapport à la lutte contre la contrebande, les industriels estiment que les pouvoirs publics doivent continuer dans le sens de la cohérence du programme par la prise en compte d'autres facteurs tels que la santé (pour d'autres produits) et la prévention des accidents. A ce titre, ils doivent encore se pencher sur l'aspect sécurité en faisant respecter les indicateurs d'usure mentionnés sur les pneus. Dans ce sens, Goodyear étudie la possibilité de lancer une campagne de communication sur les méfaits de l'utilisation de pneus usagés.

    Alié Dior NDOUR.

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