×
  • L'Editorial
  • Compétences & RH Société Brèves International Brèves internationales Courrier des Lecteurs Les Grandes Signatures Documents Lois à polémiques Docs de L'Economiste Docs de Qualité Enquête de Satisfaction Chiffres clés Prix de L'Economiste 2019 Prix de L'Economiste 2018 Perspective 7.7 milliards Earth Beats Solutions & Co Impact Journalism Day cop22Spécial Cop22 Communication Financière
    Economie

    Lutte contre la contrebande : Les premières répercussions

    Par L'Economiste | Edition N°:217 Le 15/02/1996 | Partager

    Pour la grande majorité des secteurs d'activité, l'impact de la campagne d'assainissement anti-contrebande se fait encore attendre. Cependant, l'électroménager connaît déjà les premiers effets positifs. De plus, beaucoup relèvent le retour progressif de la clientèle perdue.


    La lutte contre la contrebande bat son plein. "Il est encore trop tôt pour en évaluer l'impact", telle est l'appréciation des opérateurs des différents secteurs concernés. Les premiers effets ne pourront donc être sentis qu'à partir de l'Aïd Al Fitr qui coïncidera avec le démarrage de l'activité.
    · En effet, le secteur bancaire ne relève pas pour l'heure de répercussions notables de la campagne de lutte contre la contrebande sur le volume du financement des importations. "Cette campagne coïncide avec le mois de Ramadan, période de ralentissement des transactions". Ainsi, au niveau des sièges des banques, les mouvements effectués par les départements étrangers en termes de paiement de crédits documentaires et remises documentaires n'ont pas connu une baisse plus accentuée. Il est à préciser que le rôle du siège se limite au paiement à l'arrivée des documents pour permettre à l'importateur de retirer sa marchandise au port.
    Les agences, pour leur part, sont plus proches de la clientèle et disposent de plus d'informations sur les difficultés d'enlèvement de la marchandise et d'éventuels ruptures de stocks.
    "Le blocage des 6.000 containers au port peut inciter le client à demander une caution bancaire d'une durée plus longue". Autre conséquence, la procédure des admissions temporaires est plus rigoureusement suivie par les banques (respect de la nomenclature).

    Frémissement


    · Pour la biscuiterie comme pour toute les consommations de loisir (limonades, confiserie), la baisse du chiffre d'affaires survenue en janvier n'est pas imputable à la campagne anti-contrebande. Elle est davantage liée aux précipitations diluviennes qui ont paralysé les réseaux commerciaux, en particulier dans les agglomérations les plus éloignées. Les industriels s'accordent pour dire qu'un léger frémissement de leur activité se fait actuellement sentir sans pour autant le lier à la politique de lutte contre la contrebande.
    · De son côté, le chocolat reste la cible privilégiée pour la contrebande, surtout le sucre chocolaté (succédané de chocolat). Il est destiné notamment aux couches sociales modestes. Qualifié de fléau qui se développe dans des proportions "phénoménales", ce sucre chocolaté est vendu à profusion dans toutes les villes du Maroc. "Le premier chocolat vendu, en tonnage, n'est pas marocain, mais espagnol", s'exclament les professionnels.

    Concernant la campagne d'assainissement actuellement menée, "pour l'instant, nous ne pouvons pas en mesurer l'impact. Nous n'avons aucune répercussion au niveau de nos ventes. De plus, le Ramadan a toujours été un mois où l'activité est à son plus bas niveau", expliquent les opérateurs. Aujourd'hui, précisent les professionnels, les différents commerçants habitués aux produits de contrebande effectuent le grand nettoyage de leurs rayons et se heurtent de plus en plus à des problèmes de trésorerie. Les sociétés organisées fournisseurs servent donc de tampons. "Nous revoyons actuellement nos termes de crédit sur les échéances et limitons les montants à des niveaux relativement bas. Nous savons bien qu'il s'agit d'une période transitoire qui nous permettra d'accéder à une bonne vitesse de croisière". A la campagne d'assainissement s'ajoute également le problème de l'engorgement des ports. Les contrôles, notamment pour les produits alimentaires, sont devenus de plus en plus "pointilleux".
    · Lunetiers et horlogers, deux des secteurs fortement concurrencés par la contrebande, affirment qu'il est trop tôt pour apprécier les retombées de la campagne actuelle sur leur activité. "En revanche, confirme M. Kadoch, importateur de lunettes casablancais, certains clients (revendeurs) qui avaient disparu reviennent progressivement". Même son de cloche auprès de distributeurs de montres qui confirment le retour d'une partie de la clientèle "nous ne savons pas si c'est par crainte ou parce que les sources sont asséchées", explique un responsable de la société importatrice de la marque Swatch.
    C'est l'attitude du "wait and see" qui prévaut dans le milieu: "nous espérons que cela va assainir une fois pour toutes le marché", confie le gérant de KS Import. "Il y a encore des stocks qui dorment, car nous avons été inondés de partout", dit-il.
    Signe des temps, les clients exigent la facture même pour des achats de petite quantité.

    Mamelle


    En général, le mois d'août est particulièrement difficile aux lunetiers qui doivent faire face à la concurrence de millions de paires de lunettes que ramènent les RME. Selon un distributeur casablancais, ces derniers constituent la véritable "mamelle" du segment des lunettes de luxe.
    Les lunetiers avaient perdu la quasi-totalité de leur clientèle de la région de l'Oriental qui s'approvisionnait à moitié prix en contrebande. La parade consistait à blanchir les produits acquis en contrebande par la commande de quelques centaines de paires auprès des grossistes.
    · Les chaussures de sport fabriquées localement ou importées n'ont pas encore enregistré de "résultats concrets". Une évaluation immédiate ne peut être effectuée, en raison de l'existence d'importants stocks de marchandises de contrebande actuellement en cours de liquidation.
    Les opérateurs (fabricants et importateurs) se disent toutefois "optimistes, à condition que la campagne d'assainissement se maintienne". Pour la marque Loto, par exemple, une légère reprise a été constatée, car plusieurs distributeurs de Derb Ghallef, Korea ou encore l'ancienne Médina viennent s'approvisionner "à la source, dans le but de disposer de factures à l'achat". Pour une grande partie du secteur, une hausse de l'ordre de 5% a été relevée suite à cette campagne.
    · En revanche, la campagne a retenti positivement sur le volume d'activité des distributeurs d'électroménager. "Les commandes sont relancées même si la contrebande n'est pas totalement éradiquée". Certains importateurs connaissent même des ruptures de stocks avec la relance de la demande intérieure. "Nous sommes à présent confrontés à un problème d'approvisionnement suite au blocage de la marchandise au port".

    En fait, ce sont les mesures d'ordre économique qui se sont traduites par une baisse des droits de douane dès 1995 qui expliquent la reprise sensible du secteur. En effet, les droits de douane sont passés à 20%, se traduisant par un bond du volume des transactions. Ce dernier a quintuplé entre 1990 et 1995. Sur la même période, le chiffre d'affaires aurait simplement triplé. Le décalage entre volume et recettes s'explique par une baisse générale des prix de vente. "L'écart de prix atteint 40% entre 1990 et 1995 pour un produit sophistiqué".
    Le désengagement douanier s'est renforcé en janvier 1996 puisque les droits de douane sont passés de 20 à 10%. "Nous avons eu un chiffre d'affaires record pour le mois de janvier avec une hausse de 30% pour la télévision", précise un distributeur d'électroménager brun. Avec des résultats positifs réalisés aussi rapidement, les professionnels retrouvent la confiance nécessaire pour investir. Selon eux, ce sont d'abord les mesures d'ordre économique, notamment la baisse des droits de douane, qui ont limité l'importation illégale devenue peu rentable. "La campagne de sensibilisation n'a fait qu'entériner l'action de l'assainissement de l'économie en montrant que l'engagement dans cette voie est bien irréversible".
    Les distributeurs ne relèvent pas de répercussions dans l'immédiat sur le petit électroménager (prix bas). Pour le brun comme pour le blanc, il faudra attendre le second semestre 1996 pour évaluer l'impact de ces mesures, le temps pour les sociétés de réadapter leurs stocks et leur politique commerciale.

    Meriem OUDGHIRI., Mouna KABLY
    Hicham RAÏQ. & Abashi SHAMAMBA.


    Commentaire: La morale des conteneurs


    Sur tous les conteneurs en souffrance au port de Casablanca, 1.500 étaient parfaitement en règle, mais personne ne voulait venir les chercher. Ces conteneurs valent le meilleur des sondages sur la psychose économique. Sans trop de faux-fuyants, quelles leçons tirer de l'embroglio constitué en quelques semaines?

    D'abord il faudra bien noter que l'économie n'est plus du tout ce qu'elle était il y a seulement dix ans: aujourdhui, il ne suffit pas au gouvernement de passer une dizaine de coups de fil aux entreprises publiques et aux entreprises travaillant sur agréments administratifs pour obtenir ce qu'il veut. Les décisions réelles sont dispersées, atomisées en milliers d'entreprises et millions de gens. De plus, tout va beaucoup plus vite: moins gaspilleuse de temps, d'argent et de compétences, en un mot plus efficace, l'économie se paralyse rapidement quand des éléments de doute s'installent(1). Les instruments d'intervention doivent être à cette mesure. Les 1.500 conteneurs en règle et en souffrance le 9 février sont la preuve de la dispersion du pouvoir de décision comme le signe du besoin d'instruments plus en phase avec notre époque.

    Ensuite, il faudra être sûr que la réunion de Casablanca rétablisse la confiance partout: la salle est trop petite pour contenir, ne serait-ce que les propriétaires inquiets des conteneurs. La présence de M. Filali a été ressentie comme un élément apaisant: il a tenu à ouvrir la séance et s'y est repris à plusieurs fois pour garder le dernier mot avant de la lever. Chez un diplomate de carrière, ces signes ne sont pas anodins. Mais le Premier ministre ne serait peut-être pas mal avisé de tirer les oreilles à son service de presse. C'était son travail d'expliquer l'importance du message: lutte contre la contrebande de manière sereine, selon des méthodes moins pénibles. Les condamnations dans les dossiers Benchekroun, le 13 février, ont déjà paru moins sévères que celles du dossier Benabderrazik, eu égard aux faits reprochés. L'analyse de M. Lahjouji, le patron des patrons, qui aura donné un grand moment politique à la réunion, a-t-elle aussi été entendue? Il a refusé le piège kafkaïen sur lequel nul développement ne peut être bâti: oui, les opérateurs réclament de lutter contre la contrebande, mais ils le veulent sans asphyxier la machine économique. Ce n'est pas une question de classes sociales. Après tout, les premières et dernières victimes d'une psychose économique ne seraient pas les hommes d'affaires bien installés, mais les ouvriers et les employés dont l'entreprise voit son activité se réduire. C'est une question de bon sens.

    Néanmoins restent la folle histoire des gammaglobulines, lancée par le ministre de la Santé publique, M. Alami, et les propos qu'a tenus M. Amalou, ministre de la Justice et chargé des Droits de l'Homme depuis la démission de Me Ziane.
    Dans une équipe de foot, MM. Amalou et Alami mériteraient un gros carton jaune pour jeu brutal.
    Le Dr Alami a cru devoir publier un communiqué, sept mois après les faits, et contenant des informations de nature à jeter le trouble dans le public. Un journal se serait avisé de faire la même chose, il aurait à n'en pas douter écopé d'une peine sévère et bien méritée. M. Alami, lui, s'est contenté de refuser de commenter son communiqué en public lors de la réunion à la Wilaya de Casablanca, mais s'est cru autorisé à faire pression sur Mmes Himmich et Benchemsi.
    Carton jaune pour le ministre de la Justice qui donne l'impression d'avoir manqué des épisodes du feuilleton. Vouloir défendre l'indépendance de ses juges, c'est bien. Mais il lui faudra apprendre l'intelligence des situations. Or la situation n'est pas aussi simple qu'il veut le faire croire ou qu'il le croit peut-être lui-même. Sans écouter le Premier ministre et le Message Royal, M. Amalou agite des menaces. Pas de nuance: ceux qui critiquent ne cherchent que des passe-droits. On aurait imaginé que le titulaire du portefeuille des Droits de l'Homme ferait preuve de plus de prudence à défaut d'avoir du discernement, et on aurait pensé que le ministre de la Justice ne se mettrait pas dans le cas de juger avant d'instruire.

    Nadia SALAH.

    • SUIVEZ-NOUS:

    • Assabah
    • Atlantic Radio
    • Eco-Medias
    • Ecoprint
    • Esjc