×
  • Compétences & RH
  • Société Brèves International Brèves internationales Courrier des Lecteurs Les Grandes Signatures Documents Lois à polémiques Docs de L'Economiste Docs de Qualité Enquête de Satisfaction Chiffres clés Prix de L'Economiste 2019 Prix de L'Economiste 2018 Perspective 7.7 milliards Earth Beats Solutions & Co Impact Journalism Day cop22Spécial Cop22 Communication Financière
    Dossiers

    Les nouveaux chantiers ne manquent pas

    Par L'Economiste | Edition N°:181 Le 25/05/1995 | Partager

    En "développant leur fonds de commerce", les sociétés de bourse feront beaucoup pour développer le marché; mais le Ministère des Finances ne renoncera à aucune de ses prérogatives. Le ministre des Finances, M. Kabbaj, fixe ainsi les axes et les limites de la réforme du marché financier.


    L'Economiste: Quand le marché sera-t-il opérationnel dans toutes ses composantes?
    M. Mohamed Kabbaj: Aujourd'hui, personne ne peut nier l'ampleur des réformes qui ont été déjà réalisées et ce, en dépit de certaines difficultés de démarrage auxquelles il est difficile d'échapper, et qui sont inhérentes à l'entrée en vigueur de tout chantier d'importance. Les fondations essentielles sur lesquelles doit reposer un marché financier moderne ont bel et bien été jetées.
    Les nouveaux chantiers de réforme ne manquent pas; différentes procédures visant l'animation d'un marché secondaire des bons du Trésor et des titres de créances négociables sont en cours de mise en place. Des dispositions juridiques nouvelles, relatives aux obligations convertibles, aux certificats d'investissements et aux actions à dividende prioritaire font l'objet d'un examen approfondi en vue de leur insertion dans notre droit des sociétés. L'amélioration des procédures de règlement-livraison des valeurs négociées en bourse et la création d'un établissement dépositaire central figurent également en bonne place parmi les préoccupations du moment. De même, la réflexion est engagée sur la nécessité de passer à un mode de cotation en bourse qui assure davantage de transparence et d'intégrité.

    - Un calendrier précis?
    - Il est difficile d'avancer un calendrier précis pour la concrétisation finale de l'ensemble de ces travaux. Ce dont il faut bien se rendre compte, c'est qu'il s'agit de réformes structurantes, c'est-à-dire de réformes qui vont façonner durablement la configuration de notre marché des capitaux, et à ce titre, il est absolument nécessaire que l'on veille d'une part à ce que chaque décision soit mûrement réfléchie et d'autre part qu'elle s'insère parfaitement dans une architecture d'ensemble cohérente. Mais en tout état de cause, je puis vous garantir que mes services ne ménagent aucun effort pour faire aboutir les réformes énumérées dans des délais tout à fait raisonnables.
    Je voudrais insister ici sur le fait que la modernisation du marché des capitaux est un processus continu et permanent, jamais véritablement achevé. Un marché des capitaux, quel que soit son degré de sophistication, ne doit en aucun cas rester figé, il doit suivre les mutations de l'économie, s'y adapter en permanence, sous peine de se retrouver rapidement en déphasage avec celle-ci. Ceci pour dire qu'il est difficile d'avancer à un moment ou un autre qu'un marché est parfaitement opérationnel dans toutes ses composantes. Des ajustements, des corrections, des recentrages sont toujours nécessaires; comme on le voit aujourd'hui, cela est vrai même pour les marchés les plus anciens et les plus sophistiqués. Ça l'est davantage encore pour un marché émergent.

    Faire vu de transparence

    - Croyez-vous que les entreprises marocaines soient prêtes pour agir efficacement dans un marché financier ouvert?
    - Dans notre pays, le tissu économique est composé essentiellement de petites et moyennes entreprises dont, il faut l'admettre, la plupart n'ont pas encore la taille critique nécessaire pour pouvoir recourir au marché financier international ou même au marché obligataire local par exemple. Par contre, avec les critères relativement souples retenus pour l'introduction en bourse, nombreuses sont celles qui pourraient accéder à la cote officielle. Bien entendu, un effort important reste à faire pour bien faire saisir aux dirigeants de ces entreprises les multiples avantages que peut procurer une introduction en bourse (levée de capitaux à un coût raisonnable, diversification des sources de financement, notoriété, etc). Ce rôle incombe pour partie aux autorités de tutelle, mais aussi et surtout aux intermédiaires financiers et à la bourse elle-même auxquels il appartient, si je puis dire, de développer leur fonds de commerce.
    Il faut dire que, lorsqu'une entreprise s'ouvre au public, elle doit en quelque sorte accepter de "faire vu de transparence", ce qui est une chose nouvelle et une contrainte importante pour des dirigeants parfois peu habitués à divulguer leurs situations comptables au-delà du cercle familial. Mais je suis persuadé qu'au prix d'un travail de conviction beaucoup de réticences tomberont d'elles-mêmes et que nos entreprises se feront assez rapidement à l'école de la transparence, pour peu qu'on les y encourage et qu'on leur en explique les bienfaits.

    - Faudrait-il assouplir les critères d'introduction en bourse?
    - Comme je le disais déjà, les critères imposés pour l'introduction en bourse sont suffisamment souples, et il n'est pas envisagé dans l'état actuel des choses de les assouplir davantage, car il n'est absolument pas certain que cela aille dans l'intérêt du marché. En effet, ce qu'il ne faut pas perdre de vue, c'est que nous avons à gérer une double contrainte: attirer vers la bourse un maximum de sociétés bien sûr, mais pas au prix d'un laxisme au niveau des critères d'admission, car à ce moment-là on risquerait de mettre en péril les intérêts bien compris des épargnants et de compromettre par conséquent un effort de longue haleine destiné à créer une culture boursière dans notre pays.

    - Quel rôle entend jouer l'Etat et notamment le Ministère des Finances en tant qu'autorité de tutelle?
    - Le partage des tâches est on ne peut plus clair. La profession a pour mission d'animer le marché boursier, de le gérer conformément à des règles générales définies conjointement avec les autorités de tutelle; le CDVM instruit les demandes d'agrément d'OPCVM et de sociétés de bourse et veille au respect de la réglementation, notamment en matière d'information préalable à tout appel public à l'épargne; et pour sa part, la Ministère des Finances demeure l'autorité à laquelle il appartient de délivrer les agréments, de mettre en place de nouvelles réglementations des marchés de valeurs mobilières et au-delà de tracer les orientations stratégiques en matière de configuration et de développement de la place. Tout cela bien sûr dans un esprit de concertation permanent avec l'ensemble des parties intéressées, comme cela a d'ailleurs toujours été le cas.

    - Mais le CDVM était envisagé au départ comme un organe indépendant. Or la pratique fait que ses avis sont suivis d'études au niveau du Ministère de tutelle ou de Bank Al-Maghrib, études qui peuvent remettre en cause les avis du CDVM. Comment comprendre cet état de fait et est-il appelé à durer?
    - Le CDVM est un établissement public doté de la personnalité morale et de l'autonomie financière auquel le législateur a confié diverses missions, dont celles de formuler des avis et de faire des propositions à son Ministère de tutelle sur un certain nombre de questions touchant au marché des capitaux. Cela ne signifie nullement que le Ministère des Finances abdique toute réflexion dans ce domaine ou que ses services techniques s'interdisent d'avoir sur certaines questions des points de vue qui peuvent présenter des nuances par rapport aux avis exprimés çà ou là. Je trouve qu'il n'y a rien d'alarmant ni même d'anormal à cela. Au contraire, c'est souvent de la diversité et de la richesse des avis que débouchent les bonnes décisions. En tout cas, vous pouvez être sûre que par le dialogue, nous arrivons toujours à rapprocher les points de vue des uns et des autres et trouver un terrain d'entente.

    Créances en souffrance: 10% des engagements bancaires

    - Le coût de l'intermédiation reste élevé, allez-vous essayer de rétablir la concurrence bancaire?
    - Vous avez raison de dire que globalement le prix de l'intermédiation bancaire reste assez élevé dans notre pays. Dans ce sens, il convient de préciser que l'un des objectifs fondamentaux de la réforme en cours du secteur financier c'est la diversification des sources de financement des opérateurs économiques en vue de renforcer les conditions d'exercice d'une saine concurrence seule à même d'entraîner une réduction des marges d'intermédiation du système bancaire.
    Il est vrai que les difficultés que connaissent certains secteurs économiques ont été à l'origine d'une progression importante des créances en souffrance qui représentent actuellement près de 10% des engagements du système bancaire sur l'économie et que cette situation, qui grève le compte d'exploitation des banques, les oblige à rechercher des marges plus importantes. Mais cet argument ne devrait pas occulter la réalité qui est que la concurrence bancaire ne joue pas encore pleinement dans notre pays.

    Des progrès ont bien entendu été accomplis ces dernières années et la situation de surliquidité qui a prévalu en 1994 a permis à de nombreuses entreprises d'obtenir des crédits à des conditions très avantageuses.
    Cependant, des avancées dans ce domaine devront encore se réaliser et les dernières mesures portant sur l'institution du marché monétaire et la création des titres de créances négociables ainsi que la baisse des emplois obligatoires des banques vont, j'en suis convaincu, améliorer les conditions d'exercice de la concurrence entre les banques. De même l'institution dans les mois à venir du marché des changes et le démarrage effectif de l'activité des nouvelles structures du marché financier devront aboutir à une détente sur les taux d'intérêt.

    Propos recueillis par Nadia SALAH

    • SUIVEZ-NOUS:

    • Assabah
    • Atlantic Radio
    • Eco-Medias
    • Ecoprint
    • Esjc