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Les 7 règles de l'Etat mafieux

Par L'Economiste | Edition N°:217 Le 15/02/1996 | Partager

Comment un État devient-il mafieux ?
On se souvient que l'interdiction de la vente d'alcool aux États-Unis avait favorisé la mafia dans les années 1920. En Colombie, l'explosion des narco-mafias découle elle aussi d'une stratégie prohibitionniste délibérée. Mode d'emploi de la transformation d'un pays en véritable narco-Etat, en sept leçons.

1- La mafia se nourrit du capitalisme.
La mafia s'épanouit dans les régimes capitalistes, indépendamment du degré de développement économique du pays. L'économie de marché permet de recycler l'argent noir et démultiplie les profits. Ainsi peu importe que le régime soit autoritaire ou démocratique. l'important est de permettre la collusion entre les circuits financiers officiels et le capital illicite.

2- La mafia adopte les règles capitalistes
Diversification des produits et des filiales de distribution, élargissement du panel des consommateurs, le crime organisé est en train d'acquérir une dimension globale. D'une part, il étend ses marchés au monde entier et intègre dans ses rangs des éléments de diverses nationalités et ethnies. D'autre part, il passe des accords à la fois avec les autres mafias, les responsables politiques et d'associations.

3-La mafia profite à la société.
La société bénéficie des biens et des services fournis par la mafia, même si elle souffre de sa violence. De même l'État est, partialement ou complètement, de connivence avec le crime organisé dont il reçoit des compensations. Le schéma politique induit, fondé sur le clientélisme et l'immobilité depuis plusieurs décades, favorise la poussée de la narco-criminalité.

4-La mafia jouit d'une certaine légitimité.
Sa vigueur et sa prolifération ne sont pas seulement dues à la crainte qu'elle engendre : une certaine partie de la population l'accepte et reconnaît son pouvoir. Cette reconnaissance incite le crime organisé à se convertir en un partenaire social désireux d'assurer sa suprématie. Pour cela, en plus de la force, il faut user de la persuasion et conquérir le pouvoir.

5-La mafia cherche le pouvoir.
A un niveau local ou global, elle veut garantir ou accroître ses gains, son influence et sa sécurité et de manière plus ou moins violente. Les mafias installent des pouvoirs locaux , soit ouvertement établis, soit opérant à couvert. Ces "autorités mafieuses" ne connaissent que leur intérêt et balayent d'autant plus facilement les opposants qu'elles sont dotées de ressources économiques substantielles et bénéficient de soutiens.

6-La mafia est pragmatique.
Contrairement aux partis politiques, la mafia privilégie les alliances ponctuelles et évite ainsi la bureaucratie, les corporations, ou les conglomérats particulièrement homogènes. Ces accords multiples s'établissent sur des bases familiales, régionales, ethniques, nationales, voire religieuses. Ils se juxtaposent parfois. Ils sont dictés par une seule loi, le pragmatisme.

7-La mafia prône le statu-quo.
Elle souhaite la préservation des privilèges et défend le maintien d'un certain ordre établi. Pour arriver à ses fins, elle tend plus à perpétuer un schéma socio-politique donné qu'à opérer une transformation structurelle et systématique de la société. On pourrait dire que derrière le défi lancé aux régime et aux institutions en place, le crime organisé dissimule le désir d'être admis par cooptation. Son orientation est donc conservatrice, de manière à préserver et à perpétuer ce qui est en place.

La Colombie a réuni ces sept conditions...Un État faible, et une mafia innovante, suffisamment futée pour irriguer le pays de ces narco-dollars. Mais les mafias n'ont pas vocation à jouer les contre-pouvoirs, et encore moins, les associations de développement.
D'ailleurs le bilan de ces dix dernières années est lourd : le phénomène des drogues illicites a largement contribué à la dégradation récente des droits de l'Homme dans ce pays. L'impact a été tel qu'il a fallu en 1991 constituer une nouvelle Assemblée et donner au pays une nouvelle Constitution , de façon à éviter une catastrophe institutionnelle. De fait, le discrédit persistant pesant sur l'État et les institutions colombiens risque d'ouvrir la voie à un véritable "narco-Gouvernement", dans lequel la mafia détiendra le vrai pouvoir .

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