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Le communautarisme : La solidarité des sans-abris

Par L'Economiste | Edition N°:217 Le 15/02/1996 | Partager

Les Compagnons du partage sont une association de sans-abris qui se battent pour le droit au logement. Comme une trentaine d'autres groupements similaires en Belgique, ils remettent au goût du jour les notions de solidarité et de communauté. De plus en plus d'organisations syndicales et politiques sont conscientes du caractère novateur de ces nouvelles associations.


Depuis le 6 mars 1995, une cinquantaine de sans-abris squattent le Château de la Solitude, une vaste propriété en bordure de la forêt de Soignes, près de Bruxelles. Ils n'ont eu qu'à pousser les portes de l'immense bâtisse abandonnée. Des ouvriers travaillaient au rez-de-chaussée. Eberlués, ceux-ci ont vu entrer paisiblement une vingtaine de personnes portant matelas, casseroles et couvertures. Une heure plus tard, un drapeau avec les lettres SDF (sans domicile fixe) sur fond bleu européen flottait sur le toit. Il y est toujours.
A l'origine de cette opération coup de force, une association, "les Compagnons du partage", qui remet au goût du jour les notions de solidarité et de communarisme. "La solidarité est notre seule arme", explique l'un des compagnons. Comme le mouvement ouvrier au début du siècle? "Les damnés de la terre d'aujourd'hui sont les sans-abris ", constate Paul Trigalet. Pour cet ancien délégué syndical qui a pris la tête d'une autre association wallonne, appelée "Solidarités Nouvelles", "les sans-abris se mettent debout et prennent eux-mêmes leur sort en main ".

Certains responsables d'organisations syndicales sont d'ailleurs conscients du caractère novateur de ces nouvelles formes d'associations et en parlent comme d'une "nouvelle forme de syndicalisme". Les sans-abris définissent le château de la Solitude, rebaptisé depuis lors "château de la solidarité", comme une maison communautaire mais le mot "syndicat" ne déplaît pas.
A la tête des "Compagnons du partage", André Siénart, un ancien entrepreneur qui "a plongé" et s'est retrouvé à la rue. C'est lui qui a conduit la révolte des SDF bruxellois ainsi que la "croisade des CPAS (centres publics d'aide sociale)" menée au cours de l'hiver 1994-1995.
Les CPAS sont la clef de toute politique sociale à l'égard des démunis en Belgique. Ce système, dont dispose chaque commune, accorde aux démunis le "minimex" (minimum des moyens d'existence) mais aussi toute aide sociale appropriée. Mais à quel CPAS doivent s'adresser des sans-abris qui ne sont domiciliés nulle part et passent d'un territoire communal à l'autre ? Pendant des années, les CPAS ont pris prétexte de l'absence de domiciliation pour n'accorder aucune aide financière aux sans-abris. Jusqu'en 1993, date à laquelle la loi dite " Onkelinx " (du nom de la ministre socialiste chargée de l'intégration sociale) a supprimé l'exigence de domiciliation préalable et a instauré un droit de réquisition des immeubles inoccupés en vue de loger les sans-abris.
Mais cette nouvelle législation, généreuse dans ses intentions, s'est révélée peu applicable sur le terrain. En occupant de force une propriété des pouvoirs publics, les Compagnons du Partage ont donc, à leur manière, appliqué la loi sur la réquisition d'immeubles abandonnés. "Le nom du Château nous avait frappé",explique un membre des Compagnons du Partage. "Pour nous, sans-abris, il semblait prédestiné".

Au Château, trois règles doivent être respectées scrupuleusement : pas d'alcool, pas de drogue et beaucoup d'hygiène. Les tâches domestiques font l'objet d'un partage entre tous les locataires. Et jusqu'à présent, les incidents ont été rares. La vie au Château n'est pas vécue comme une "vie de château" mais comme une chance unique de reprendre son souffle, d'en finir avec l'angoisse quotidienne du "où dormir, comment manger". La moitié environ des locataires sont des "communautaires" impliqués dans différentes activités plus ou moins lucratives : brocante, déménagement, cuisine mais aussi gestion de l'association "la main du partage" qui gère le château. Chacun paie une quote-part mensuelle de trois mille francs pour le chauffage et l'électricité. Les autres sont des "transitaires" qui restent là, sans rien payer, le temps de retrouver un logement.
Les Compagnons du Partage ont signé une convention avec la Communauté française, propriétaire des lieux, au terme de laquelle ils pourront occuper le Château aussi longtemps que celui-ci ne sera pas vendu. Le futur propriétaire doit s'engager à reloger l'association. Le mouvement des sans-abris a également réussi à créer autour de lui un grand mouvement de solidarité. Lorsqu'il a fallu payer les frais d'entretien et appliquer les normes de sécurité exigées par les pompiers, les dons du public ont afflué : au total, André Siénart et les siens ont recueilli plus d'un demi-million de francs belges.
Pour qui roulent André Siénart et les Compagnons du Partage ? Pour personne, ont-ils coutume de dire. André Siénart reconnaît qu'au début de la "croisade", le Front National (extrême-droite francophone) a tenté de les récupérer et qu'il n'a pas toujours été aisé d'en dénouer les pièges auprès de personnes marginalisées et avides de trouver des boucs émissaires commodes. Les Compagnons du Partage ont multiplié les manifestations et les interpellations du monde politique sur le thème du logement et de l'exclusion sociale. On sent chez certains d'entre eux une certaine sympathie pour le parti Ecolo, qui en Belgique francophone, se montre le plus radical dans la revendication du droit au logement.

Mais les "communautaires" du château de la Solitude ont sans doute aussi été profondément influencés par le combat mené, avec eux, par une autre association, wallonne, appelée " Solidarités Nouvelles ".
A la tête de ce groupe, Paul Trigalet, tente depuis des années d'organiser les exclus, qu'ils soient chômeurs, minimexés ou sans-abris. Sa technique: favoriser systématiquement l'autogestion de ceux qu'on présente souvent comme des démobilisés, des asociaux. Ce sont eux qui s'adressent aux média. Jamais Paul Trigalet. Même chose avec les autorités politiques.
"Solidarités Nouvelles", comme les "Compagnons du Partage" ont fait le pari de la négociation systématique avec les autorités publiques. Ce qui n'exclut pas le passage à l'action directe. Dans la région liégeoise, les membres de "Solidarités Nouvelles" ont envahi un hôpital abandonné pour y loger des familles expulsées. A d'autres moments, ils ont installé leurs tentes dans les halls de gares pour faire signer des pétitions en faveur du logement social. La démarche est systématiquement collective : le groupe s'engage totalement pour défendre une personne, une famille et ne relâche pas la pression (médiatique) aussi longtemps que l'objectif n'aura pas été atteint.
Qu'il s'agisse de Solidarités Nouvelles ou des Compagnons du partage, ou encore de la trentaine d'associations qui se battent pour le droit au logement, tous se retrouvent derrière cette remarque de Paul Trigalet : "La pédagogie, le mode d'action des organisations syndicales, qui ont permis aux travailleurs du siècle précédent d'être reconnus, ne permettent pas à trois Belges sur dix de s'intégrer. Voilà ce que nous voulons recréer : des solidarités nouvelles".

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