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La question d’Iran, géopolitique et stratégie
Par le colonel Jean-Louis Dufour

Par L'Economiste | Edition N°:3048 Le 17/06/2009 | Partager

Notre consultant militaire est officier de carrière dans l’Armée française, ex-attaché militaire au Liban, chef de corps du 1er Régiment d’infanterie de marine. Il a aussi poursuivi des activités de recherche: études de crises internationales, rédacteur en chef de la revue Défense… et auteur de livres de référence sur le sujet, dont «La guerre au XXe siècle» (Hachette 2003), «Les crises internationales, de Pékin à Bagdad» (Editions Complexe, 2004)Le 13 juin, l’Iran a réélu son président. Avec 62,63% des voix, une participation de 85%, Mahmoud Ahmadinejad semble bien élu. Sa victoire serait très large sans pour autant afficher des résultats de type soviétique. Mais ce succès est contesté. En dépit d’une interdiction formelle de manifester, Téhéran, mais aussi d’autres grandes villes comme Chiraz et Ispahan, sont le siège de rassemblements monstres comme le pays n’en avait pas connu depuis ceux qui avaient conduit au départ du Shah en 1979.Les manifestants appellent à la grève. Le guide suprême, l’ayatollah Ali Khamenei, dont le rôle est d’arbitrer entre les factions, a chargé lundi les Gardiens de la Constitution d’enquêter sur les soupçons de fraude électorale qui pèsent sur Mahmoud Ahmadinejad. Cependant, sauf une révolution difficilement concevable, les résultats de l’élection ne paraissent pas susceptibles de s’inverser au profit de l’ancien Premier ministre Hossein Moussavi. Un nouveau vote est peu probable. A première vue, le régime des ayatollahs ne paraît pas fondamentalement menacé. L’actuel maître de l’Iran pourrait sortir plutôt renforcé par cette réélection tumultueuse. S’il arrive qu’il faille s’en accommoder, autant essayer de comprendre ce pays un peu mystérieux.L’Iran présente des caractères singuliers, géographie, histoire, population, religion... Il est de plus le seul Etat au monde qui soit l’adversaire multimillénaire des Arabes et dont le chef ose se dire publiquement favorable à l’anéantissement d’un autre Etat, Israël en l’occurrence. On ne saurait comprendre l’Iran si l’on ignore sa géographie. C’est un pays très vaste, montagneux, très peuplé, plutôt pauvre… D’une superficie de 1.680.000 km2, l’Iran est trois fois plus étendu que le Maroc. Il est plus grand que la France, l’Allemagne, les Pays-Bas, la Belgique, l’Espagne et le Portugal réunis. Avec 70 millions d’habitants, l’ancienne Perse -devenue Iran en 1936- est presque trois fois plus peuplée que ses voisins immédiats, l’Irak et l’Afghanistan. L’Iran se définit par ses montagnes. Celles-ci lui tiennent lieu de frontières, enserrent ses villes, forment son cœur historique. Deux exceptions, relatives au demeurant: 1.200 km de côtes, à cheval sur le Golfe arabo-persique et la mer d’Oman, un grand port Bandar Abbas, un détroit, celui d’Ormuz, facile à contrôler, voire à interdire, le tout bordé par les monts Zagros, redoutable muraille; l’extrême sud du pays, marécageux, où se mêlent le Tigre et l’Euphrate pour former le Chott-al-Arab. Cette dernière région, malaisée à traverser, constitue une zone tampon bien faite pour compliquer un éventuel assaut mené de l’Ouest vers l’Est. En Iran, seules les montagnes sont vraiment peuplées. Les Iraniens sont des montagnards. Les plaines, hormis le Sud-Ouest et le Sud-Est, habités par des non-Persans, sont des déserts inhabitables. Si ce pays permet d’aller sans détours excessifs du sous-continent indien à la Méditerranée, ses dimensions et son relief le rendent difficile à conquérir. Mais pourquoi envahir l’Iran? Le pétrole? Celui-ci est abondant surtout à l’est du Chott-al-Arab. Ses réserves sont les troisièmes du monde. L’Iran est le quatrième exportateur de brut. Il devrait être riche. Il ne l’est pas! Le pays se situe au 28e rang mondial pour le produit intérieur, au 70e pour le revenu par tête, quelque part entre le Panama et la Biélorussie. D’un côté, les installations d’extraction, mal entretenues, sont peu productives, de l’autre, ce pétrole, lourd, difficile à raffiner, se vend difficilement. Le pétrole ne suffit pas. Les pays de montagnes sont rarement prospères. Quand ils sont très peuplés, leurs populations sont misérables. Le coût très élevé des transports ne favorise pas l’industrialisation. L’Iran est sous-développé. Au moins pourrait-il se dispenser d’entretenir une armée puissante. Son relief si particulier en fait une forteresse. Alexandre a franchi les monts Zagros. Il est le seul. Les Ottomans ont à peine réussi à y poser le pied, Romains et Britanniques s’y sont cassé les dents. L’Irak de Saddam a agressé l’Iran mais sans pouvoir aller très loin et au prix de morts par centaines de milliers. A vrai dire, les Perses ont longtemps préféré envahir les autres, sans doute parce qu’il est plus facile de descendre de ses montagnes que de les escalader. L’empire perse s’étendait naguère jusqu’en Egypte et en Grèce. Il a duré tant que les pays occupés ont accepté de l’être. L’éloignement de leurs bases contraignait les Perses à vivre de leurs conquêtes. Celles-ci se sont lassées. L’Iran a dû se replier sur lui-même. Cela ne l’a pas rendu plus fort. Sa population est hétérogène. Les Perses authentiques, tous musulmans chiites, sont seulement 60%, une quinzaine de groupes ethniques, souvent de confession sunnite, mais aussi chrétienne, juive, hindouiste, baháï, constitue le reste. Le danger pour l’Iran n’est pas d’être envahi mais que ses adversaires usent des minorités comme de troupes par procuration. Lors de sa guerre contre l’Iran, de 1980 à 1988, Saddam Hussein a stipendié les Kurdes iraniens pour qu’ils harcèlent les forces de Téhéran. La cohésion d’une population est un souci pour tout Etat; pour l’Iran, c’en est un, majeur! L’armée et la police sont d’abord conçues pour maintenir l’ordre, comme si l’Iran avait pour vocation d’être un Etat policier. Sa sécurité repose sur deux piliers, un contrôle étroit des frontières, le maintien de la cohésion interne. Au-delà, la plus grande crainte de l’Iran est de voir ses voisins contrôlés par une grande puissance. C’est le cas! Si l’Afghanistan tend à combattre les étrangers qui l’occupent, l’Irak est sous tutelle américaine. La Russie, elle, est proche. L’Union soviétique, au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, avait tardé à retirer ses troupes d’Iran… L’attrait des mers chaudes, sans doute… D’où l’arme nucléaire. Son avantage serait double. Elle dissuaderait d’agir les puissances extérieures d’agresser l’Iran, elle renforcerait la cohésion nationale en remplissant le peuple de fierté. Bien entendu, les menaces d’Ahmadinejad ne sont pas à prendre au pied de la lettre. Elles n’ont aucun sens tant elles relèvent d’une stratégie suicidaire. Si Téhéran projetait une bombe atomique sur Tel-Aviv, la riposte serait probablement dévastatrice. En réalité, le discours extrémiste iranien fait partie de la dissuasion. La bombe atomique est une arme de «non emploi», les menaces aussi qui ne sont pas conçues pour être mises à exécution. Téhéran fait en sorte que le monde craigne l’Iran, doté ou non de l’arme nucléaire. L’essentiel est l’incertitude dans laquelle l’étranger doit être maintenu quant à l’armement effectif de la République islamique. Que celle-ci soit capable de construire une bombe atomique n’est d’ailleurs nullement garanti, qu’elle en ait la volonté non plus. A cet égard, le doute est fondateur, à condition que l’Iran sache garder ses secrets, une spécialité chiite, à condition aussi que les Iraniens ne renvoient pas à leurs études des ayatollahs quelque peu discrédités.


Sondage en Israël à propos de la menace iranienne

Selon un sondage publié dimanche, un Israélien sur cinq seulement se sent menacé par un Iran détenteur de l’arme nucléaire. Selon l’étude commandée par l’Institut pour les études de sécurité nationale (INSS), un organisme universitaire, peu d’Israéliens pensent que Téhéran utiliserait la bombe atomique pour détruire Israël (France Soir, 14 juin 2009).


Premières déclarations du président iranien

Mahmoud Ahmadinejad, réélu vendredi à la présidence de l’Iran, a déclaré dimanche que la question du nucléaire iranien «appartient au passé», laissant ainsi entendre qu’il n’y aurait pas de changement dans ce domaine pendant son second mandat. Ahmadinejad, dont la confortable réélection est contestée par une partie de la rue et suscite des doutes à l’étranger, a prévenu que tout pays qui attaquerait la République islamique le «regretterait profondément». «Qui oserait attaquer l’Iran? Qui oserait même l’envisager?» a lancé le président iranien à un journaliste qui l’interrogeait lors de sa première conférence de presse (AFP, Reuters).

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