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International

Quelles perspectives pour l’Afrique?
Par le Pr. Robert Lanquar

Par L'Economiste | Edition N°:3048 Le 17/06/2009 | Partager

Robert Lanquar, docteur en économie et droit du tourisme en France et titulaire d’un Ph.D. de l’Université du Texas, a été haut fonctionnaire auprès de l’Organisation mondiale du tourisme. Il a été aussi expert auprès de la Banque mondiale et a participé à l’élaboration de nombreux plans de développement touristiques. Il fut coordinateur du groupe d’experts du Plan Bleu -Plan d’action pour la Méditerranée-PNUE. Il est actuellement professeur à l’Université de Cordoue et président de Cordoba Horizontes, entreprise dont l’objectif est de mettre à la disposition des entreprises et institutions son savoir-faire sur la zone méditerranéenne et en premier lieu, au MaghrebAprès cinq années de forte croissance, l’avenir économique et social de l’Afrique s’assombrit. Les documents publiés ces dernières semaines par l’OCDE(1), la Banque Mondiale/FMI(2), ou par d’autres organismes internationaux et think tanks nous montrent que l’Afrique est en train de subir les contrecoups de la crise actuelle avec des premiers effets sur les échanges, suite à la baisse du cours des matières premières (industries extractives ou non) et à la chute de la demande des pays développés ou émergents, en particulier ceux d’Asie… avec des conséquences pour le Maghreb. Entre 2005 et 2007, plus des trois quarts des exportations de l’Afrique se sont faites à destination de l’Asie. Les nouvelles industries d’Afrique subsaharienne reposant sur l’exportation seraient menacées d’effondrement. Les envois de fonds des travailleurs émigrés, les crédits commerciaux et les investissements directs étrangers (IDE) seraient en train de se tarir (moins 10% en 2008) alors que pour ces derniers, le taux de rendement serait le plus élevé du monde en développement. Selon la Banque Mondiale, les économies à faible revenu de l’Afrique subsaharienne étaient relativement protégées jusqu’à récemment, leurs banques et leurs bourses étant éloignées de la débâcle des crédits hypothécaires à risque («subprimes») et de l’effondrement des banques d’investissement. La crise a entraîné un affaissement des exportations. En même temps, «l’aide étrangère risque de se retrouver à court de promesses de dons, au moment même où les pays pauvres en ont le plus besoin», voire l’usage innovant des technologies de l’information et de la communication (TIC) en tant que moteur de la croissance se ralentit, alors qu’elles allaient jouer un rôle majeur pour réduire les coûts et sur-monter les contraintes habituellement liées aux infrastructures. Aujourd’hui 4 Africains sur 10 posséderaient un téléphone mobile et l’Afrique a été la première région du monde à proposer des services d’itinérance mobile gratuits entre différents pays(3)!Seule l’OMT (Organisation mondiale du tourisme) parle de résilience et de bonnes perspectives pour le tourisme africain, notant même avec l’Amérique centrale et du Sud comme les seules régions du monde capables de résister et de connaître une croissance de l’ordre de 3 à 5%. Cela pourrait varier selon les pays et les sous-régions et il n’est pas sûr que la saison estivale se présente sous un jour favorable, le tourisme de loisirs et de diaspora sont en effet ceux qui devraient connaître les baisses les plus considérables. Enfin le lancement du Rapport Compétitivité Afrique 2009, lors du World Economic Forum Afrique au Cap (Afrique du Sud) les 10-12 juin, devra fournir d’autres éléments confirmant cette conjoncture.Au total, la croissance moyenne en 2009 serait d’un maximum de 2,8%, la moitié que ce qui était attendu avant la crise. En Afrique australe, on s’attend à un net ralentissement: 0,2% pour 2009 avant une récupération à 4,6% en 2010. Seuls Madagascar et le Malawi tireraient bénéfices de la forte croissance de leur agriculture et de grands investissements dans le secteur minier. La croissance moyenne de PIB en Afrique du Nord baisserait à 3,3% en 2009 avant de remonter à 4,1% en 2010. Le Maroc et la Tunisie avec des productions et exportations diversifiées qui rendent ces pays moins vulnérables à la réduction souffriraient moins que leurs voisins. L’Afrique de l’Ouest ralentirait à 4,2% en 2009, contre 5,4% en 2008 et 2007, puis reviendrait à 4,6% en 2010. Le plus dur sera pour le Nigéria, en raison de sa quote-part dans la production pétrolière et d’un investissement en baisse. Cependant, on s’attend à ce que le Libéria et la Sierra Leone continuent sur des taux de croissance élevés dans le cadre de la récupération de leurs économies après les années de conflit. En 2008, la croissance moyenne du PIB des sept pays de l’Afrique centrale fut de 5%, elle ne sera que de 2,8% en 2009 et de 3,6% en 2010. L’Ethiopie, le Rwanda, le Soudan, la Tanzanie, et l’Ouganda -qui étaient les économies les plus dynamiques d’Afrique de l’Est en 2008- auront une croissance modérée en 2009 et 2010 parce que leurs exportations agricoles et horticoles sont moins sensibles aux effets de la crise. Le Burundi et les Comores continueront de stagner. Le tourisme devrait diminuer aux Seychelles. Par contre la croissance de Djibouti, avec 5,9% en 2008, pourrait s’accélérer en 2009 et 2010 à environ 6,6% en raison de sa position stratégique dans la Corne de l’Afrique. De même, le Kenya montrerait une forte croissance en 2009 (5%) en raison de la reprise de la consommation intérieure après le ralentissement de 2008.

Sortir ou atténuer la crise?
L’Afrique ne pourra-t-elle pas être seulement la source des matières premières du monde fournissant de plus en plus une Asie, usine du monde. Comment sortir de cette situation de dépendance à une globalisation sauvage? Comment sortir de la crise en utilisant les opportunités des nouvelles technologies? Les institutions économiques internationales proposent aux Etats de promouvoir la croissance par l’augmentation des investissements intérieurs et de la consommation. En même temps, et cela peut sembler contradictoire, elles envisagent des stratégies consistant à adopter des politiques fiscales durables avec une augmentation des recettes. Le Centre de développement de l’OCDE souligne que la pression fiscale en Afrique serait environ deux fois moins élevée que dans les pays membres de l’OCDE, mais peut-on réellement faire de telles comparaisons? Les Etats devront maintenir sous contrôle les fondamentaux macroéconomiques (allégement de la dépense publique, dépréciation du taux de change réel pour rétablir la compétitivité, maîtrise de l’inflation) tout en poursuivant les réformes structurelles, le développement des infrastructures et la lutte contre la pauvreté et les avancées de ces cinq dernières années. De leur côté, selon les institutions internationales, «les pays donneurs doivent revoir à la hausse leurs engagements en matière d’aide publique au développement et utiliser l’aide de manière plus efficace et contra-cyclique».Sinon, nous irions vers des chaos sociaux plus graves que les émeutes de la faim de 2007, avec des politiques de maintien de l’ordre public qui pourraient avoir de graves conséquences sur les droits de l’homme. Selon le BIT - Bureau international du travail, les femmes africaines seraient les plus affectées. D’autres conséquences pourraient intervenir sur les comportements bancaires comme des dérives sur les microcrédits; la religion pourrait être un nouveau relais de croissance comme l’agroalimentaire halal, le juste troc, la finance islamique… Dans ce contexte, un des grands défis pourrait être le clivage entre civilisations. D’autres formes de développement sont également envisagées, elles proviennent des secteurs alternatifs. Le prochain Forum social mondial, selon ce qui a été décidé à Rabat le 8 mai dernier, se tiendra à Dakar en 2011. En Afrique, le secteur informel est composé d’une myriade de petites et microentreprises, mais il est énorme. On veut y trouver des alternatives au capitalisme sauvage. On y discutera en particulier les accords économiques de partenariat (EPA) entre l’Union européenne et un certain nombre de pays africains en fonction de la crise qui risque de se prolonger au-delà de 2010. On mettra surtout l’accent sur les questions environnementales et climatiques, sur l’éducation, la santé publique... La question la plus débattue sera sans doute de savoir si la société civile acceptera de travailler dans l’Etat ou sans l’Etat. Reste que la coopération entre les pays africains devra être une priorité pour sortir de la crise. Le modèle d’accumulation capitalistique depuis les années soixante-dix, l’incapacité des politiques keynésiennes conventionnelles de résoudre les questions du développement, et la consécration progressive de la nouvelle orthodoxie néolibérale, ont laissé au second plan la coopération entre les pays du Sud. Pire encore: le réductionnisme intellectuel continu, la «pensée unique», s’est dévié de la théorie du développement pour se confronter essentiellement sur les nouveaux défis de la globalisation et de la «transnationalisation» croissante des problèmes. Le mal-développement s’est accentué, aveuglé par le mirage du consumérisme. Il est temps de changer.Tout cela nous ramène au Maroc qui doit renforcer sa coopération avec toute l’Afrique. Le Maroc est une porte naturelle sur l’Afrique de l’Ouest comme commencent à le comprendre certaines entreprises. La crise peut être une unique opportunité face à des pays très développés vieillissants qui semblent trop se recentrer sur eux-mêmes.----------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------(1) OCDE, Perspectives économiques en Afrique, édition 2009, Paris, 11 mai 2009.(2) Banque Mondiale/FMI, Rapport du suivi mondial, Washington, avril 2009.(3) D’après Wireless Intelligence, 2009.

Un nouveau site sur l’Afrique

Le Centre de développement de l’OCDE, la Banque Africaine de dévelop-pement et la Commission économique des Nations unies pour l’Afrique ont lancé le 11 mai 2009 un nouveau site de référence sur l’économie africaine: www.African EconomicOutlook.org. «Alors que la crise économique s’accentue, il est important d’offrir, à tous, l’accès à une information économique de premier plan et à une expertise reconnue». Produit, en français et en anglais, par les économistes des principales institutions africaines et organisations internationales ainsi que les meilleurs «think-tanks» du continent, chaque pays y est examiné dans un même cadre analytique rendant plus facile la comparaison des analyses et des prévisions, aux niveaux national et sous-régional: tendances, analyses des secteurs critiques pour le développement. Reposant sur des logiciels «Open Source», les informations peuvent être consultées, téléchargées, imprimées. Les données et les analyses seront mises à jour régulière-ment.

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