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Informels et saisonniers, le monde des petits métiers de Ramadan

Par L'Economiste | Edition N°:917 Le 15/12/2000 | Partager

. Des magasins «spécial Ramadan« sont clonés et répartis dans tout Casablanca. Pendant ce mois sacré, des métiers naissent, d'autres changent et certains disparaissentCasablanca, un début d'après-midi, des senteurs ramadanesques flottent dans l'air du quartier Ben Jedia. Elles se dégagent des cuisines montées pour l'occasion. A l'origine, ces magasins étaient fermés ou servaient à un autre commerce. Cette mutation n'est pas propre à Ben Jedia, elle s'est faite presque dans toute la ville: Derb Soltane, Al Mâarif, Hay Hassani... Là où il y a un marché, de petits métiers d'un mois à peine apparaissent avec, bien sûr, cette senteur ramadanesque, qui donne faim. «C'est l'effet marketing de cette fumée«, explique Aziz (un prête-nom), 24 ans, cuisinier spécialisé un mois par an en gâteaux ramadan. Ici, il n'y a que des plats à emporter. «Celui qui oserait en consommer sur place aurait droit aux foudres du peuple et à une amende chez le caïd«, ironise-t-on. En ce mois de Ramadan, l'entreprise de Aziz fonctionne bien. Il prépare et vend la chebbakia. «Pas de service après-vente, vous êtes prévenus!« précise-t-il. Le jeune homme a fait un court passage à la faculté. Il intègre facilement le vocabulaire de l'économie classique à son activité informelle et saisonnière. «Attention, pour acheter certaine chebbakia, il faut avoir une police d'assurance!« Aziz justifie ainsi le prix élevé de sa chebbakia par rapport à celle du voisin. Ecart qui ne peut s'expliquer que par des ingrédients et des méthodes de préparation différents. La fourchette des prix varie entre 25 DH/kilo au marché et 150 DH/kilo chez les grands pâtissiers. Partout dans les marchés de la ville, ou presque, les mêmes scènes se répètent: un jeune homme ou une jeune femme hurlent à tue-tête pour vendre leur marchandise. Par dizaines ou par centaines, en fonction de la taille du marché, ces vendeurs se rassemblent tous les jours de Ramadan. Ils se tassent sur les trottoirs, encerclant ainsi les marchés sous le soleil, sous la pluie ou à la merci des vents... L'automne ne leur a pas épargné ses mauvais tours cette année. En plus de leur marchandise, certains esaient de vendre même leur misère. Il y a d'abord, comme à Hay Hassani, les paysans des campagnes avoisinantes qui investissent le marché en cherchant un gain plus sûr que celui de la terre. Tout en comptant (sur?) les oeufs qu'il vend, le paysan dit ses craintes, face au «retard des pluies«, de vivre une autre année de sécheresse. Au centre-ville, la vendeuse du pain maison fait savoir, grands soupirs à l'appui, qu'elle est veuve ou qu'elle habite loin, dans un bidonville à la périphérie... . Petits règlements de compteAprès la chebbakia et ses dérivés, ce sont les crêpes marocaines qui sont les plus prisées. Mais à Ben Jedia, pour certains, cette opération n'est pas aussi lucrative que l'on espérait de prime abord.«C'est la femme du propriétaire du bain maure du coin qui gagne vraiment, moi, je ne gagne pas beaucoup«, explique un jeune homme. D'après lui, la fabricante de crêpes est aussi la femme de son patron. Le jeune homme travaille comme caissier au bain pour hommes pendant la matinée et, à partir de 13 heures, vend les crêpes au marché pour le compte de la patronne. Pour lui, le caissier du bain pour femmes aurait eu plus de chance puisqu'il connaît bien ses clientes, mais «on« persiste à lui coller la vente des crêpes. Cela doit être un règlement de compte.Emballées dans un sachet plastique transparent, les crêpes sont vendues 7 DH la douzaine. A l'usure, le vendeur confie qu'il gagne 0,50 DH par «sachet« vendu. «Attention, prévient-il, ce sont des crêpes à base de semoule, pas à la farine. Il n'y a aucun risque d'indigestion!«A l'examen, il apparaît que la crêpe à base de farine fait environ 13 cm de diamètre alors que celle à base de semoule fait moins. Le poids est presque identique. La détermination des prix s'est faite au petit bonheur. Quelle que soit l'option, une douzaine coûte 7 DH. Cette année encore, il n'y a pas eu de hausse de prix des crêpes.L'Etat marocain subventionne une bonne partie des charges de ces commerces. La compensation d'huile, de sucre et de farine y est pour quelque chose. Les vendeurs semblent bien le lui rendre (à l'Etat). «Les estafettes de police nous connaissent bien, nous savons nous arranger avec les flics«, affirme le plus audacieux d'entre eux en ajoutant: «Tout compte fait, personne ne s'en plaint«.. Les métiers qui changentOutre les métiers qui naissent, il y a ceux qui changent: le marchand d'eau, connu sous le nom de «guerrab«, ne peut plus vendre l'eau dans la journée, encore moins pendant les soirées fraîches d'automne. Il change alors de métier et devient un... mendiant, ce qu'il n'était pas loin d'être avant! Ainsi, le nombre de personnes qui tendent la main pendant le mois sacré augmente considérablement. D'ailleurs, leurs lieux de prédilection sont les marchés et alentours et certains parmi eux connaissent bien les estafettes de police.. La misère d'AïchaUn peu plus chanceux que les guerraba, les vendeurs de cigarettes au détail ne travaillent plus qu'après le f'tour, mais leurs horaires sont réduits (5 à 6 heures); ils réalisent donc moins de gains. Ils ne sont pas les seuls à voir leur chiffre d'affaires chuter durant ce mois. Les loueurs de service, les porteurs de panier par exemple, vivent la même crise. En principe, plus il y a de paniers remplis, plus il y a de travail, «et au Ramadan, les paniers deviennent plus lourds«, affirme un des porteurs du marché du Mâarif. Cependant, sous l'effet de la reconversion de certains métiers, leurs services sont proposés en surnombre. Il suffit qu'un client approche du marché pour que ces jeunes bondissent d'un même élan pour se livrer à une opération de charme, parfois à la limite de l'agression...En plus des métiers qui changent, il y a ceux qui disparaissent. Aïcha, actuellement vendeuse de «msemen« (sorte de crêpes), travaillait dans le spectacle. Chaque année, dans l'allée du Jardin de la Ligue Arabe, elle servait les boissons dans les tentes spécialement montées pour les soirées ramadanesques de «chikhat«. Cette année, les autorités n'ont pas donné leur accord pour ce genre de spectacle. Par autorité, Aïcha entend le président de commune, de la communauté, le wali... C'est vrai, d'un Ramadan à l'autre, ces trois postes ont connu des changements de personne. C'est dire à quel point l'économie et les affaires peuvent être dictées par des volontés politiques.Enfin, il y a «le spirituel« qui marche bien pendant le Ramadan. C'est ainsi que foulards, tapis de prière et cassettes de Coran font fureur. La vente des cassettes «religieuses« a reçu un coup cette année. Une rumeur insistante dit que Cheikh Yassine va bientôt sortir «un album« très gênant. «Je ne voudrais pas me mouiller«, affirme un ex-vendeur ambulant de cassettes. Ce n'est pas tout, l'encens réalise des records de vente, surtout les dix derniers jours de Ramadan, caractérisés par les veillées religieuses.La vente des babouches et habits traditionnels n'échappe pas à cette frénésie chronique. Dans sa boutique à Al Houbous, un artisan pousse un sourire amusé en parlant de l'évolution des ventes en cette période. Il sait qu'il gagnera assez pour acheter des vêtements (autre commerce qui prospère à l'approche de l'Aïd) pour ses petits-enfants. Pour ce vieux, les jours se ressemblent: «Ramadan ou pas, c'est kif-kif. L'important, c'est la santé et la sécurité...«Ben Jedia, la journée se termine et on dirait que rien ne va se passer. Soudain, l'appel du muezzin brise le silence, juste après, suit le bruit d'un vélomoteur qui passe: un retardataire fâché avec sa montre? Le marché et ses alentours sont déserts. Rendez-vous le lendemain, vers 11 heures, pour un nouveau jour...


Incalculable!

Une vieille coutume chinoise veut que l'on demande de bon matin «as-tu mangé?« à toute personne que l'on rencontre. Pendant le Ramadan, cette coutume est décidément usitée par les Marocains qui jeûnent, mais avec des ajouts. «As-tu mangé les crêpes libanaises?«, «As-tu mangé les dattes de Tunisie?« Malmené, tout consommateur devrait se livrer à ces achats pour ramener sa tension à la normale. C'est ainsi que l'on peut trouver autant de commerces, de petit métiers que d'envies gastronomiques. A. Z.

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