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Culture

Il était une fois les «zmagria»Ambiance du bled, nouvelles générations, nos MRE, on les aime!

Par L'Economiste | Edition N°:1054 Le 06/07/2001 | Partager

Au-delà de la fameuse «odeur du bled», de la douce poitrine de la mère, de l'incomparable thé à la menthe avec les copains d'enfance, les émigrés ont chacun une raison ou une autre qui les motivent, chaque été, à prendre le chemin du retour. L'image-cliché de vacanciers bien friqués, joliment motorisés et excentriquement fringués que chacun garde sur eux cache toujours d'autres réalités.Pour nous, ils sont synonymes d'espadrilles pour les frères, de parfums et maquillages pour les soeurs, d'électroménager et ustensiles de cuisine pour la mère, de bicyclettes pour les neveux et de savonnettes, bonbons et chocolats pour les voisins. Les pauvres, ils injectent aussi d'importantes sommes d'argent pour le pèlerinage du père en attendant l'incontournable achat d'une grande maison pour tout ce monde. . Ceci est leur histoire et toute ressemblance avec des personnes réelles est le fruit d'un pur hasard.. Les famillesElles font le périlleux voyage dans de grandes voitures pleines à craquer où elles entassent cadeaux et affaires personnelles. Ce qu'elles apportent avec elles va du canapé pour le cousin récemment marié au réfrigérateur pour la maison de campagne. Tout est bon pour rentrer au pays et rien n'échappe à la clairvoyance de la mère. Même les chaises délaborées et ustensiles très usagés, les vidéos sans tête et les lavabos sans robinet font partie du bagage. Au bled, le père veut investir dans un café, la mère veut assister au mariage de sa petite soeur, la fille désire dénicher un petit-ami, probablement un futur mari, le fils cadet emmène son copain avec lui et tout le reste de la famille rentre au bled pour avoir l'occasion d'aller à la piscine, manger des escargots et vivre, le temps d'un congé, le sentiment d'être réellement parmi les siens. Le fils aîné, lui, boude tout cela et emmerde tout le monde parce qu'il veut rester là-bas à côté de sa Jennifer. La séance du hammam se fait le premier jour et le dispatching des cadeaux se fait aussitôt arrivé. Après, chacun cherchera la perle rare de son côté. Le père passe ses journées à tourner entre les administrations en quête d'une autorisation qu'il n'obtiendra jamais. Les soirées sont sacrées pour lui. Il est tout le temps invité par un membre de la famille pour partager un bon dîner bien garni malgré son cholestérol. Avec son accent étrange, la mère ne laisse passer aucune occasion sans glisser des petites phrases dans sa deuxième langue. Question de frimer un peu. Son grand souci pendant les vacances, c'est paraître la plus richement vêtue lors du mariage de sa soeur. Elle n'oublie pas d'engueuler, chaque fois que l'occasion se présente, la pauvre couturière qui n'a pas terminé la «Tekchita» à temps lui rappelant que cela n'arrive jamais là d'où elle vient parce que là-bas, les gens sont civilisés et ont la notion du temps. La fille, qui a flashé pour un voisin seulement parce qu'il porte une boucle d'oreille, passe son temps à étudier un cousin qui compte sur elle pour partir à l'étranger. La maman du cousin qui est le vrai stratège du complot n'arrête pas d'embêter la fille en lui dénombrant les charmes de son fils. Mais quand la fille, imprégnée de liberté, résiste, c'est la grosse artillerie qui sort. La maman du cousin, prétextant «wiiiili hchouma» et la préservation de l'honneur de la famille, raconte à la maman de la fille les aventures de cette dernière et gâche ainsi les vacances à tout le monde. Le fils aîné, qui passe ses vacances à bouder tout le monde à cause de sa Jennifer, se joint à son petit frère et son ami. Ils passent leur temps entre draguer les filles à la piscine le jour et emprunter la voiture de leur père le soir pour aller faire la fête en boîte la nuit.Ces fêtes ont de plus en plus tendance à se transformer en scandale ces dernières années avec la troisième génération d'émigrés. Décidément, la devise apportée par les parents a déjà largement payé les pots cassés par les enfants. . Les mariésIls doivent subir le poids des traditions marocaines et les petits numéros d'une épouse étrangère. Leur fardeau est tellement lourd qu'ils préfèrent se cacher chez eux plutôt que de passer des vacances déchirés entre deux mondes différents. Piégés par un lointain besoin de papiers ou un grand amour qu'on croyait aussi éternel qu'invincible, ils passent leurs vacances à convaincre leur épouse étrangère que les saletés dans les rues font partie du patrimoine, que l'anarchie dans la circulation est un symbole de spontanéité, que la corruption est une sorte de solidarité et que la lenteur administrative relève de la patience et de la sagesse. Les dilemmes deviennent ridicules quand l'épouse veut manger un MacDo sur la côte tandis que la mère préfère du méchoui à Bouznika ou encore quand la première désire passer le week-end dans un hôtel cinq étoiles avec piscine à Agadir et que la deuxième veut rendre visite à la veuve de son cousin lointain dans un village perdu où il fait 45° à l'ombre. Le moindre faux pas peut s'avérer fatal. Les vacances terminées, ces pionniers de la tolérance et de la mondialisation plient bagages, demandent pardon à leurs familles pour toutes les maladresses de leur épouse et rebroussent chemin en espérant calmer les esprits pendant la route et promettent à leur princesse un inoubliable voyage aux Caraïbes pour les prochaines vacances de Pâques.. Les étudiantsC'est la catégorie la plus dangereuse de tous les émigrés marocains. Ces jeunes ont un petit côté louche et donnent toujours l'impression qu'ils cachent quelque chose. Les filles marocaines, à la recherche d'un mari à l'étranger, doivent faire attention. Les étudiants sont des amants infidèles. Juste après avoir bombardé une pauvre victime de promesses au bord de la mer au coucher du soleil, ils finissent la soirée au téléphone en PCV avec une certaine Olga ou Natacha à laquelle ils promettent amour et jurent fidélité pour le meilleur et pour le pire jusqu'à la fin leur vie. Ils sont moins friqués que les «Italiens» et généralement sans voiture. Leur petite fortune a été constituée en serrant le plus fortement possible la ceinture pendant toute l'année universitaire et un mois de salaire du travail dans les champs juste avant le retour. Ils commencent l'été avec beauté et finissent toujours en empruntant de l'argent de chez la nouvelle petite copine après avoir passé par la mère, la grande soeur, les amis et les voisins. Malgré leur discours éternel devenu de plus en plus lourd sur la propreté, l'organisation et le développement de leur pays d'accueil, ils sont généralement aimés et respectés. Ils font la fierté des leurs et leur atout principal reste leurs bonnes manières avec l'espoir qu'un jour ils auront des situations honorables.. Les «Italiens»Les émigrés en Italie sont souvent de jeunes célibataires. La majeure partie d'entre eux est partie clandestinement et ils passent de longues années avant d'avoir les papiers (objets rares et précieux) et de régulariser leur situation. La première chose qu'ils font après l'obtention des papiers, c'est l'achat d'une jolie bagnole et le retour au bled. Après tant d'années passées dans la peine et la nostalgie, la première rentrée doit être triomphale. La frime doit toucher son paroxysme. Les amortisseurs de la luxueuse bagnole souffriront le martyre à cause du poids des cadeaux et Fatna la «bergaga» d'à côté doit mourir de jalousie.Après les larmes versées, la famille visitée, les couscous et les tajines dévorés, les choses sérieuses commencent. Si sa maman ne lui a pas déjà choisi une épouse, le revenant doit trouver une petite amie. Avec ses lunettes dernier cri, ses grosses chaînes en or et sa jolie caisse transformée en boîte de nuit, tellement la musique y est forte (on dirait un vendeur de cassettes), sa tâche s'avère très facile. En fait, certaines filles se sont spécialisées dans ce genres de clients facilement repérables grâce aux plaques minéralogiques de leur voiture. Après avoir gaspillé toutes leurs économies, vendu leur voiture, rempli le répertoire de leur portable par les numéros de nouvelles copines, les «made in Italie» rentrent tranquillement et fièrement. Finalement, ils ont eu leur revanche.

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