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    Economie

    Cultures sous contrat dans le Haouz : Les agriculteurs veulent faire bloc face aux promoteurs

    Par L'Economiste | Edition N°:196 Le 21/09/1995 | Partager


    Les agriculteurs sont attirés par les avantages des contrats de culture: garantie des débouchés, financement des semences. Mais ils sont en butte à des problèmes dont l'issue reste le regroupement de leurs rangs.


    "Les contrats de culture présentent l'avantage d'assurer un débouché aux produits agricoles", affirme M. Mohamed Tazi, directeur de l'Office de Mise en Valeur Agricole du Haouz. L'opportunité d'une commercialisation garantie a encouragé les producteurs de la région de Marrakech à entreprendre de nouvelles cultures sous contrat: les haricots verts, le melon, le cornichon, l'ail..., autant de produits prisés. Ainsi,1.500 à 2.000 ha y sont consacrés annuellement.
    L'engouement des agriculteurs pour les cultures sous contrats s'explique par le prix proposé. Il est nettement supérieur à celui du marché local. Par ailleurs, les agriculteurs reçoivent des semences et des plants sélectionnés, génétiquement forts. Par ces avances, le promoteur impose une conduite de culture avec des contrôles techniques et un calendrier de traitement phytosanitaire. Ces contraintes visent à assurer au produit la qualité requise et un rendement 2 à 3 fois supérieur à celui des cultures traditionnelles. A la fin de la campagne, toutes ces avances en nature seront donc déduites lors du paiement de l'agriculteur.
    Au périmètre du Haouz, la production du melon précoce destinée au Nord de l'Italie est citée comme modèle de réussite des contrats de culture. Au fil des années, la superficie consacrée à ce fruit n'a cessé d'augmenter pour atteindre cette saison 150ha (3.084 tonnes) contre 10ha (984t) en 1990, date de son introduction dans la région. Mais ces chiffres sont loin d'égaler la récolte de la campagne 1993: 100ha avaient fourni 3.000 tonnes, à raison de 30t/ha.

    Les performances du melon


    Si les observateurs du secteur agricole vantent "les performances" du melon, ils ne sauraient occulter les nombreux problèmes surgis à la suite de ces contrats de culture. Promoteurs et producteurs se lancent la balle. Ainsi, les premiers reprochent aux seconds de ne pas respecter le calendrier de la production et la qualité du produit livré. Ceci entrave la conduite du programme des unités industrielles, soutient M. Mohamed El Hadiri, directeur de la Chambre d'Agriculture de Marrakech. En plus, certains agriculteurs détourneraient la production vers le marché local quand le prix y est plus favorable.
    Quant aux agriculteurs, ils accusent leurs partenaires de retards dans le règlement de leur facture et de réaliser des marges bénéficiaires qualifiées d'"énormes". Pour certains, les promoteurs usent parfois de procédés afin d'accroître les gains comme l'illustre l'exemple de la niora. Payé à la tonne, le producteur a intérêt à livrer le produit frais. Avec le retard, la niora sèche et pèse donc moins.
    Ces problèmes, ajoutés aux "vols" dont furent victimes certains producteurs du Haouz, ont installé une atmosphère de méfiance à l'égard de certains promoteurs étrangers. A Marrakech, les exemples des abus de confiance sont sur toutes les bouches. Tel cet Espagnol qui, après avoir pris toute la production d'haricots verts, s'est volatilisé. Il avait payé uniquement la première livraison comme pour les mettre en confiance. Par la suite, son ex-intermédiaire (Français cette fois-ci) a refait le même scénario. Le dernier cas d'espèce date du début de cet été: un contrat d'ail non honoré et des centaines de tonnes jonchent les hangars. Raison invoquée: le marché européen est inondé d'ail chinois.

    Une pression sur le circuit commercial


    Les contrats de cultures sont récents dans la région et toutes ces pratiques restent dans les limites du tolérable, reconnaît M. El Hadiri. Pour lui comme pour d'autres, ces problèmes proviennent du manque d'organisation des producteurs. "Il faut parvenir à un système de traitement entre groupes d'industriels et un groupement de producteurs qui peuvent entreprendre en même temps plusieurs productions à la fois", affirme M. Tazi. Cet avis est largement partagé par les agiculteurs qui voient dans "cette nouvelle structure un moyen de pression sur les agro-industriels et sur le circuit commercial".
    Pour ces différents responsables, le développement de l'agriculture dans le Haouz passe par la généralisation des contrats de culture. Pour étayer leur thèse, ils avancent trois arguments:
    - D'abord, la modernisation des exploitations agricoles. Elles sont désormais dotées d'une infrastructure basée sur une irrigation goutte-à-goutte, des tunnels nantais...
    - Ensuite, une formation aux nouvelles techniques culturales est indirectement dispensée aux agriculteurs. En suivant la technologie exigée par les contrats de culture, ces derniers acquièrent "le comment produire correctement".
    Enfin, les contrats de culture agissent sur l'emploi. La réussite de ces cultures exige une main-d'oeuvre abondante. Ainsi la production du melon précoce nécessite 350 journées de travail par hectare, en plus de trois ouvriers permanents chargés d'ouvrir les serres et les fermer en fonction du climat. Pour entretenir le haricot vert, 10 ouvriers à l'ha par jour sont nécessaires.

    L'expérience d'un agriculteur


    M. Ahmed Mobarki est agriculteur dans le périmètre du Haouz où il possède 38 ha consacrés à l'arboriculture. En parallèle, il cultive des produits maraîchers sur 150 ha en location dont une centaine sous contrats de culture.

    - L'Economiste: Quel bilan tirez-vous de votre expérience des contrats de culture?
    - Ahmed Mobarki: Le bilan est négatif, pour la simple raison que ces contrats sont mal conçus. Souvent les producteurs sont lésés. Je vous donne un exemple vécu: nous avons fait un contrat pour la production du melon avec des Espagnols qui devaient nous donner une avance de 1,50DH le kg. Pour la commercialisation, ils prenaient une commission de 7DH/kg.
    Nous espérions au moins 4DH/kg, un prix supérieur à celui du marché local. On s'est retrouvé avec 0,80DH/kg. Pour nous, c'est une catastrophe, avec un coût à l'hectare de 70.000DH.
    Maintenant, nous sommes en contact avec des Américains pour établir un contrat. Nous refusons les semences et les avances. Nous exigeons un prix unitaire au départ au kg et des garanties bancaires équivalentes au montant de la quantité demandée.
    Après le contrôle de la qualité du produit, le promoteur doit livrer un document pour être payé à la banque.

    - De son côté, le promoteur est en droit d'exiger de l'agriculteur les garanties nécessaires!?
    - Une réflexion est menée conjointement avec l'AMI pour trouver une solution à ce problème. Les agriculteurs devraient hypothéquer un bien immobilier. En outre, je pense que les deux parties doivent désigner un expert pour suivre chaque stade de l'application du contrat.

    - Dans ces contrats de culture, certains affirment que les agro-industriels ou promoteurs étrangers font des marges bénéficiaires énormes par rapport aux gains de l'agriculteur. Qu'en est-il?
    - C'est la vérité. D'ailleurs la marge bénéficiaire de l'agro-industriel n'est pas la même que celle de l'agriculteur. Si ce dernier couvre ses frais et gagne 20%, il est content. Quand l'agro-industriel finance une culture, il gagne sur les intrants agricoles, sur les semences, sur les intérêts de l'argent avancé et sur les ventes.
    D'ailleurs, dans la plupart des cas, il s'adresse aux petits agriculteurs qui pratiquent des cultures vivrières d'1ha ou 1/2ha.
    Les promoteurs étrangers ne sont pas en reste. L'exemple de l'ail est édifiant: bien emballé, l'ail est vendu à 120FF/kg chez le détaillant. Nous l'avons écoulé à 4,5 DH/kg. La marge est énorme.

    Propos recueillis par Mohamed CHAOUI

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