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    Dossiers

    Cadeaux ou pots-de-vin?

    Par L'Economiste | Edition N°:469 Le 23/03/1999 | Partager

    · Quand est-ce qu'il est "ethically correct" d'accepter un cadeau d'affaires?

    · Et quelle est la différence morale entre offrir une corruption et s'abaisser jusqu'à l'extorsion?



    Comme toute activité humaine, les affaires ont besoin d'une sorte de lubrifiant social et humain pour faire tourner l'engrenage sans grincer. Un spécialiste de l'éthique des entreprises l'avait exprimé en ces termes: "Un homme doit entretenir constamment ses relations d'amitié". Cela pourrait se traduire, dans le domaine des affaires, par des présents, des indemnités, des faveurs mutuelles ainsi que d'autres marques de respect et d'amitié.
    Un cadeau peut être offert sans arrière-pensées. Mais, il peut également avoir un motif ultérieur, comme celui de s'assurer un traitement préférentiel en affaires. Il existe plusieurs manières de s'en rendre compte, dont l'importance du cadeau ou le montant de l'indemnité, qui peut dépasser de loin ce que le bénéficiaire a l'habitude de recevoir comme présent. Ce qui est flatteur pour son ego.
    Autre signe révélateur: l'absence d'une raison spéciale ou d'une occasion justifiant l'offre d'un cadeau. Mais des circonstances particulières, comme les fêtes de Noël, une promotion ou un événement familial, peuvent aussi être l'occasion rêvée pour offrir des présents d'affaires. Il peut quelques fois être question de secret partagé ou d'une transaction dont personne ne devrait avoir vent. La sonnette d'alarme est tirée lorsque les présents sont à sens unique, c'est-à-dire qu'il n'y a pas de réciprocité ou d'échange de cadeaux et d'hospitalité.

    Deux questions fondamentales doivent toujours être prises en considération, en dehors du risque d'enfreindre la loi ou les règlements de l'entreprise.
    - Primo: il faut connaître les motifs cachés derrière une offre de cadeau, car ils risquent d'être peu honorables.
    - Secondo: il faut savoir dans quelle mesure un abus de pouvoir ou d'influence est sollicité ou prévu en contrepartie des faveurs accordées.
    Certains hommes d'affaires chevronnés établissent des règles de conduite pour les offres de cadeaux. Le respect des politiques de l'entreprise prime. Ces politiques peuvent inclure un refus catégorique, l'obligation de déclarer tout présent reçu, recevoir les cadeaux pour les offrir ensuite aux oeuvres caritatives, ou accepter uniquement les présents de valeur nominale. Il faut également tenir compte des usages et des règles d'éthique en vigueur dans un pays donné et sur un marché ou une industrie précise. Pour certaines cultures, les échanges de petits cadeaux sont une pratique courante et nécessaire pour conclure des affaires. Dans d'autres pays, comme l'Angleterre, les marques d'hospitalité sont agréées par tous et pratiquées en toute transparence.
    Quelques compagnies hésitent à consacrer des ressources importantes pour l'invitation des partenaires, car elles s'inquiètent pour leur image de marque auprès du public et des actionnaires, et tentent ainsi de réduire leurs dépenses.

    Dans les milieux d'affaires


    D'aucuns suggèrent que la valeur d'un cadeau ne doit pas dépasser l'équivalent d'une somme d'argent dépensée par une personne en 24 heures, mais ceci dépend des moyens de chacun. Certains déclinent le présent gentiment tout en précisant que ce refus n'aurait aucune incidence sur les relations professionnelles. D'autres acceptent (pour une seule et dernière fois) en assurant que le cadeau n'influe pas sur leurs décisions.
    Plusieurs motifs peuvent être à l'origine d'un refus, dont la volonté de donner le bon exemple aux autres, notamment aux jeunes ou nouveaux collègues; s'interroger sur ce que pourrait penser les autres s'ils découvraient le pot aux roses et être assez prudent pour demander conseil aux autres en cas de doute.
    Adam Smith avait affirmé, dans l'un de ses ouvrages, que lorsque des personnes exerçant dans le même domaine d'affaires se réunissent, leurs sujets de conversation sont souvent une sorte de conspiration contre le grand public. C'est peut-être une opinion radicale. Il est vrai toutefois que lorsque des hommes d'affaires rencontrent des professionnels de l'éthique, leurs entretiens tournent souvent autour de la corruption dans l'entreprise.
    L'éclatement de l'affaire Lockheed aux Etats-Unis avait soulevé les questions de l'éthique des affaires et avait motivé, en partie, l'établissement du "Foreign Corrupt Practices Act" (FCPA) en 1977. Cette loi considère la corruption, pratiquée par des citoyens américains au profit de hauts responsables étrangers, comme un acte criminel.

    Dans les années 70, les retentissements de l'affaire Poulson au Royaume-Uni ont éclaboussé le gouvernement local et national. Une commission royale est constituée et tous les parlementaires sont dès lors tenus de préciser leurs domaines d'intérêt en affaires. C'est également le cas de l'Italie, l'Espagne, la France, l'Irlande, l'Allemagne, le Japon, la Russie, la Belgique La liste des scandales de corruption s'allonge.
    Cependant, il est beaucoup plus simple de prétendre que la corruption est une pratique universelle (surtout pour justifier les échecs), mais il est difficile de le prouver. Même en supposant que la corruption soit un usage assez fréquent, ceci ne signifie nullement qu'elle soit admissible du point de vue éthique; surtout si le gouvernement s'y oppose et essaie de la combattre. Le consentement tacite ou la collusion de quelques responsables ne peuvent justifier un tel usage. Les sociétés, aussi bien que les individus, peuvent parfois s'adonner à des pratiques peu recommandables ou inacceptables du point de vue éthique. L'esclavage, l'apartheid, les discriminations raciales et sexuelles témoignent que les pratiques les plus courantes ne sont pas nécessairement les plus conformes aux principes de la morale.

    Certaines entreprises refusent catégoriquement tout recours à la corruption. Mais il y a une grande différence entre les politiques adoptées au niveau de la direction générale et les pratiques courantes des employés de la base. Il est à noter également que le refus du principe de concussion est adopté généralement par les grandes compagnies, car elles peuvent choisir de rester sur un marché ou de le quitter. Elles ont suffisamment d'influence et de moyens pour faire marcher leurs affaires sans verser de pots-de-vin. Ce n'est malheureusement pas le cas pour les petites entreprises. Elles n'ont pas assez de pouvoir et d'influence pour imposer leur loi. Ceci est valable aussi pour les entreprises limitées sur un territoire, elles n'ont pas d'autres alternatives.
    - Est-il possible d'avoir une position intermédiaire entre le pragmatisme fataliste et le refus catégorique de toute forme de corruption?
    - Est-il possible, pour les entreprises, d'adopter une approche éthique pratique tout en prenant en considération les conditions et les pressions qui prévalent dans certaines cultures?
    Cette pratique, largement répandue, suscite des préoccupations éthiques. Mais pour l'affronter, il faut d'abord la définir.
    La corruption est par définition un avantage offert aux responsables influents pour les inciter à agir inconvenablement dans l'exercice de leurs fonctions. Ceci peut inclure l'établissement d'un contrat d'une manière déloyale, la négligence des règlements de sécurité, l'octroi d'une licence ou la modification des conditions fiscales ou l'accord d'un traitement préférentiel pour une raison ou une autre.
    L'on pourrait évidemment répondre que la corruption n'est pas toujours destinée aux responsables pour les pousser à agir improprement ou contre leurs devoirs. En réalité, le versement des pots-de-vin incite les responsables à agir correctement, que ce soit pour accomplir des formalités dans les délais, déplacer des marchandises, fournir les services habituels ou alléger le poids du Fisc. Ces paiements sont généralement appelés: "commissions" ou "graissage de patte". Leur rôle consiste à lubrifier la machine des affaires, pour qu'elle reste toujours en marche.

    Traduction Aziza EL AFFAS
    L'Economiste


    En bref


    orsque vous recevez un cadeau, vous devez vous posez ces deux questions:
    - Quel est le motif qui se cache derrière une telle offre?
    - Est-ce que votre crédit est sollicité en contrepartie des faveurs reçues?
    Dans certaines cultures, les échanges de cadeaux sont un prélude nécessaire pour conclure des affaires. Mais il faut quelquefois savoir dire non, et c'est surtout le cas des importantes compagnies. L'affaire Lockheed aux Etats-Unis et l'affaire Poulson en Angleterre ont suscité des remous et activé des mesures anticorruption dans ces deux pays. Si les pratiques de concussion semblent très courantes dans certains pays, ceci ne justifie nullement leur approbation du point de vue de l'éthique. Lorsque la corruption est pratiquée en réponse à l'extorsion, ce qui est souvent le cas, elle peut être excusable. Mais il faut résister à tout sentiment de fatalisme. Ceci est valable aussi pour le travail dans des pays qui ont des usages contraires à la morale. Néanmoins, travailler à l'intérieur de ces pays s'avère être aussi efficace que la condamnation internationale pour apporter des réformes significatives.

    L'extorsion


    Lorsque la corruption est bien enracinée dans une culture, elle se transforme en une pratique d'extorsion.
    Plusieurs hommes d'affaires italiens, du domaine de l'industrie automobile à celui de la mode, assurent que les versements réguliers aux hommes politiques locaux et nationaux n'étaient pas en réalité de la corruption. C'était plutôt une sorte d'extorsion ou de chantage obligatoire pour continuer à travailler en Italie. Cette pratique est comparable à "l'argent de la protection" aux Etats-Unis, au début du siècle, et plus récemment en Irlande du Nord ou dans certaines régions de l'ex-URSS. Nous constatons donc la grande différence entre offrir une corruption volontairement en vue de s'assurer un traitement préférentiel et être forcé de verser des pots-de-vin pour travailler de manière tout à fait légitime dans un pays donné.

    Par ailleurs, la Chambre Internationale de Commerce avait noté, dans son rapport de l'année 1977, qu'en réalité "la majorité des pratiques de corruption résultent de l'extorsion. Dans plusieurs pays, certaines entreprises ont dû choisir entre verser des pots-de-vin ou abandonner leurs projets".
    Nous pouvons ainsi identifier les conditions dans lesquelles le versement obligatoire de pots-de-vin (qui est en fait une sorte de chantage) peut être parfois justifiable du point de vue éthique. Ces pratiques n'ont pas les mêmes conséquences nuisibles que l'autre forme de corruption; c'est-à-dire, celle visant à s'assurer un traitement de faveur non basé sur la qualité du produit et qui porte un grand préjudice à la concurrence loyale et aux principes du marché. L'extorsion présente néanmoins des aspects négatifs, tels que:
    - transgresser la loi et les règlements de l'entreprise (si elles existent);
    - générer des coûts supplémentaires pour les actionnaires, à leur insu;
    - s'adonner à des activités peu honorables et en tirer profit;
    - perpétuer les pratiques de corruption dans la société.
    L'extorsion semble donc inévitable, dans la mesure où elle est le seul moyen possible de mener à bien ses affaires dans un pays donné. Mais toute personne devrait répugner à prendre part à ces agissements, non seulement parce qu'il ne faut en aucun cas céder au chantage, mais aussi parce que ces pratiques sont contre nature. En principe, les affaires sont censées apporter une contribution positive à la société et à l'économie locale, tout en étant parfaitement conformes à l'éthique.
    De même, en refusant de s'adonner à des pratiques peu recommandables, l'entreprise oblige ses partenaires à suivre son exemple et contribue ainsi à combattre le phénomène de corruption. D'autre part, il est beaucoup plus aisé de céder à la tentation du fatalisme et du laisser-aller. Par contre, l'adoption d'une attitude conforme à l'éthique, sous ces conditions, est une tentative pour améliorer la situation.

    J. M.

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