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    «La taxe Tobin conforterait les pays dont les incertitudes sur les taux de change sont fortes«

    Par L'Economiste | Edition N°:809 Le 13/07/2000 | Partager

    Robert Mundel, Prix Nobel d'économie 1999Si John Maynard Keynes est considéré comme le père de la macroéconomie, Robert Mundel, 66 ans, Prix Nobel 1999, est «l'inventeur« de la macroéconomie internationale. L'Anglais Keynes raisonnait sur un modèle d'économie fermée sur un pays que le Canadien Mundel a «ouvert« pour lui donner une grille de lecture internationale. Théoricien de la monnaie, il est aussi l'un des parrains de l'Euro. Tout en jugeant fous les marchés des changes, il estime que la taxe Tobin n'est pas une bonne réponse.- Libération (France): Quel est votre avis sur cette idée de la taxe Tobin?- M. Robert Mundel: Il faut d'abord définir ce que serait cette taxe.- Serait-elle universelle, serait-elle une taxe sur toutes les transactions, quelles qu'elles soient? A quel taux? Ses défenseurs l'imaginent universelle et parlent d'un taux inférieur à 0,1%. Mais pourquoi pas 10%?Parce qu'en Europe, on ne veut pas éliminer toute activité. Mais avec 0,1%, on éliminera aussi une partie de l'activité.• Comment?- Si vous voulez éliminer des mouvements de capitaux indésirables, il y a un moyen plus simple. La raison pour laquelle il existe de mauvais mouvements de capitaux, c'est parce qu'il y a des incertitudes de change. Supprimez ces incertitudes et vous réglez votre problème. C'est d'ailleurs ce qui a été fait en Europe; il n'y a plus de spéculation entre le Franc et le Mark!- En Europe, il n'y a plus qu'une monnaie...- Des monnaies liées par un taux de change fixe. Que viendrait faire une Tobin Tax en Europe, alors que tous les mouvements de capitaux entre les onze pays sont désormais justifiés par des activités réelles? C'est une idée stupide. La taxe Tobin conforterait les pays qui ont de mauvaises politiques économiques et dont les incertitudes sur les taux de change sont très fortes. Au Canada, on ne peut pas savoir quel sera le taux de change du jour au lendemain. Et plutôt que de le fixer, le gouvernement préfère promouvoir d'autres mécanismes étranges... C'est une idée idiote, complètement idiote. A défaut de Tobin Tax, si vous voulez éliminer la spéculation sur les changes, le seul moyen serait de faire une monnaie unique mondiale.- Est-ce bien réaliste?- Pas besoin de faire une monnaie unique, il surfit de lier les devises entre elles comme vous l'avez fait en Europe. Si le Canada voulait se doter d'un lien avec le Dollar, ce serait facile. Le constat, c'est que des pays ne veulent pas, pour des raisons politiques ou autres, lier leur monnaie au Dollar ou à l'Euro.- Si l'on tient compte de cette réalité-là, la Tobin Tax est-elle aussi «débile« que vous le dites?- Oui, parce que la Tobin Tax ne supprimerait pas la spéculation; elle ne ferait que gêner les transactions. La bonne idée serait de bâtir un système monétaire entre les grandes monnaies: Euro, Dollar et Yen. Il est aussi facile d'avoir un tel système que de bâtir une union monétaire entre onze pays européens très différents. Au Japon, aux Etats-Unis et en Europe, le revenu par tête est en effet assez similaire.- Pourquoi l'idée d'un système monétaire international n'avance-t-elle pas?- Il faut un peu de temps. L'Euro est encore neuf. Il y a quatre ans, tout le monde pensait que l'Euro serait impossible. Certains prédisaient qu'il serait si fort qu'il y aurait une guerre civile en Europe! Il y a tant d'idées économiques bizarres. La Tobin Tax en est une autre.- Quel bilan tirez-vous de la baisse de l'Euro?- J'ai été heureux, au début, de voir l'Euro s'affaiblir. En 1999, il y avait des pressions pour que la Banque centrale européenne utilise l'Euro pour lutter contre le chômage, qu'elle suive une politique monétaire plus expansive. C'était le cas du ministre des Finances allemand Lafontaine, ou du Premier ministre italien Prodi. La chute de l'Euro a permis de couper les arguments de ces gens, ce qui a été une bonne chose.Cependant, lorsque l'Euro est passé sous sa parité avec le Dollar, j'ai estimé que la Banque centrale européenne devait intervenir. Une baisse de l'Euro de plus de 20% est dangereuse, puisqu'elle entraîne une hausse des prix des matières importées et accroît les risques d'inflation. Il ne faut jamais oublier que le taux de change est le premier des prix! De manière générale, un mouvement exagéré de l'Euro serait désastreux, qu'il aille vers 0,75 Dollar ou qu'il monte vers 1,50 Dollar.La Banque centrale européenne doit se dire qu'il n'existe pas de «bénin neglect« durable, qu'elle doit à un moment intervenir. Propos recueillis par Pascal RICHE Syndication L'Economiste-Libération {France)


    Cas des pays en développementLa meilleure politique pour ces pays est de fixer leur monnaie au Dollar ou à l'Euro, selon M. Mundel. Même Milton Friedman (un autre Prix Nobel, père du «monétarisme«), qui était le champion des taux de change flexibles, ne croit pas que les pays en développement doivent laisser leur monnaie flotter. Pour l'expert canadien, l'Argentine connaît depuis quelque temps la stabilité monétaire pour la première fois depuis des décennies. Pour la première fois, les gens en Argentine peuvent emprunter sans difficulté. Ils ont plus de liberté de faire ce qu'ils désirent. Les Argentins ne veulent pas renoncer à cette stabilité, ajoute-t-il. Ce n'est pas un hasard si lors des dernières élections, le Président de la Rua et différents partis ont proclamé leur attachement à ce système. Les Argentins ne veulent pas redevenir une République bananière. Et ils ne veulent pas de Tobin Tax, qui ne ferait que rendre plus difficile la recherche de capiteux nécessaires, indique M. Mundel. P.R.
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