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    Un nouveau rôle pour l'Otan au Sud de la Méditerranée?

    Par L'Economiste | Edition N°:809 Le 13/07/2000 | Partager

    Par Rémy LEVEAU, Pr des Universités IEP de Paris, conseiller scientifique à l'IFRIA l'époque de la Guerre froide, l'Otan sert essentiellement comme organisation militaire assurant une coordination technique et une intégration des forces armées d'une coalition occidentale dirigée par les Etats-Unis contre le risque d'invasion de l'Europe par l'URSS. A l'issue de cette période, on voit de façon floue son champ d'action s'étendre pour des raisons de commodité technique en dehors de son domaine d'intervention. Un rôle politique nouveau semble s'amorcer, ouvrant à l'Organisation par voie de consensus flou les rives Sud et Est de la Méditerranée. Celles-ci pourraient ainsi devenir des domaines d'intervention liés aux menaces provenant de l'islamisme radical, de déferlements migratoires ou des comportements dans la région de «rogue states«, menaçant leurs voisins par l'acquisition d'armes nucléaires chimiques ou biologiques. Le système apparaît aussi comme un moyen d'élargir à coût réduit le domaine d'influence des Etats-Unis, de leur permettre de trouver des relais dans l'usage de la force sans courir le risque de pertes délicates à justifier sur le plan électoral. La multiplication des missions d'interposition dans les Balkans, au Moyen-Orient, en Afrique sous l'égide ou non des Nations Unies requiert la mobilisation de forces militaires nouvelles, à un coût abordable et d'un niveau technique satisfaisant. Il s'agit d'une sorte de délocalisation de la mobilisation des intervenants dans les conflits, qui peut comporter certains avantages, procurant aux cadres des armées du tiers-monde des perspectives de carrières et de rémunérations qui peuvent les éloigner de la tentation des complots, ou de l'enracinement dans l'économie de guerre ou de prébendes. Leur mise en réseau dans le système Otan peut à la fois servir de moyen de pression sur les gouvernements mais aussi de prévention des excès dus à des interventions militaires peu conformes à la logique de l'économie de marché (accroissement inutile des dépenses de sécurité et coût de fonctionnement des réseaux clientélistes). La lutte contre le «terrorisme islamique« peut aussi fournir des occasions d'échanges d'information et de mise en réseau technique des élites militaires, l'Otan fonctionnant comme une sorte d'université virtuelle spécialisée dans les questions stratégiques, de technique militaire, de géopolitique et de renseignement à l'intention des cadres et des décideurs de la région coupés aussi de ce type de réflexion par l'effondrement du système soviétique. Elle permet accessoirement un interface discret mais légitime entre les services spécialisés du Monde arabe et leurs homologues israéliens.On assiste donc à une sorte d'extension mal définie du champ d'intervention potentiel et des domaines de couverture de l'Alliance. Cette démarche a toutes les chances de rester floue dans la mesure où elle ne fait pas l'objet d'un consensus mais veut apparaître comme un mode de réponse approprié et non paralysé comme peut l'être l'ONU face à de nouvelles menaces comparables à la crise de la Bosnie ou du Kosovo.Place du Maroc dans le système régionalCette extension du rôle de l'Otan constitue une sorte de toile de fond aussi bien pour l'évolution des rapports stratégiques en Méditerranée occidentale qu'en Méditerranée orientale. Dans ces conditions, la question d'un rapprochement entre le Maroc et l'Otan peut se poser. Il ne s'agit certes pas d'une adhésion à l'Alliance comme cela va se faire pour des pays comme la Pologne. Le processus est long et compliqué et le Maroc n'a pas posé sa candidature. Mais dans le cadre du dialogue méditerranéen, un renforcement des liens pourrait être envisagé. Depuis 1994, l'Otan a entrepris de nouer des relations avec six pays du Sud (Maroc, Mauritanie, Tunisie, Israël, Egypte, Jordanie). L'Algérie a rejoint activement ce processus en février 2000. Ce dialogue vise au renforcement de la confiance entre ces pays et ceux de l'Alliance. Il ouvre la porte du Collège de Défense de l'Otan à Rome à ses officiers ainsi que celles de l'Ecole de l'Otan à Oberammergau (Allemagne). Il permet aussi l'envoi de stagiaires au siège de l'Organisation à Bruxelles et la participation d'officiers du Sud à titre d'observateurs aux exercices de l'Otan.Ces formes d'ouverture et de coopération peuvent présenter un certain nombre d'avantages pour le Maroc en termes de reconnaissance et d'intégration dans les systèmes régionaux et internationaux de défense et de sécurité. Ils ne sont pas en contradiction formelle avec un rapprochement avec l'Europe, mais peuvent aussi servir à consolider les intérêts stratégiques des Etats-Unis en Méditerranée en confiant à l'Alliance, avec tout ce qui peut en découler indirectement pour les Etats-Unis un rôle d'organisation régionale de sécurité ayant une compétence politique d'arbitrage et d'intervention dans la solution des conflits.Le Maroc ne peut ignorer le développement des relations entre l'Otan et l'Algérie, et donc en tenir compte sans faire pour autant une surenchère en termes d'ouverture et de partenariat renforcé. Une mise à niveau technique internationale de son système de défense, permettant des interventions extérieures dans le cadre de missions de maintien de la paix développerait la stature internationale du pays et renforcerait sa reconnaissance par divers partenaires, à commencer par les Etats-Unis.Il y aurait sans doute un prix à payer en termes d'acceptation de l'influence exercée par ce pays dans la solution des conflits régionaux comme celui du Sahara occidental et accessoirement dans l'orientation des achats d'armements.Dans les recompositions qui se dessinent après la chute des blocs, le Maroc ne peut rester isolé, ni indifférent à ce que font ses voisins. Encore faut-il soigneusement peser les conséquences de ses choix pour l'avenir.

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