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    International

    Sortie du charbon: La finance française loin du compte

    Par Abdelaziz GHOUIBI | Edition N°:5635 Le 15/11/2019 | Partager
    Financement et assurance alimentent les nouveaux projets
    En cause, le caractère non contraignant de l’Accord de Paris sur le climat
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    Le charbon n’en finit pas d’être montré du doigt comme une énergie du passé. Les centrales à charbon font l’objet de nombreuses critiques pour la pollution qu’elles génèrent. Aussi plusieurs études montrent-elles la nécessaire fermeture des centrales à charbon afin de tenir les engagements pris dans l’Accord de Paris (Ph. AFP)

    L’engagement pris l’été dernier par la finance française de «sortir du charbon» est-il tombé à l’eau? C’est la question soulevée par un collectif d’ONG suite à la publication jeudi dernier du rapport de l’organisation non gouvernementale «Les Amis de la Terre». La situation est loin du compte, constate l’ONG regroupant la néerlandaise BankTrack et l’initiative Unfriend Coal. Ceci, peu avant la réunion internationale sur le climat (COP25) en Espagne.

    La route reste longue, selon ces associations, qui rappellent l’engagement pris le 2 juillet par la place française -alors regroupée sous la bannière de Paris Europlace, leur association de lobbying- de fournir d’ici à mi-2020 un calendrier de désengagement du charbon.

    S’il est appliqué, cet engagement pourrait provoquer «un puissant effet d’entraînement» à l’international, estiment les auteurs du rapport. En même temps, ils disent s’attendre à ce que de nombreux plans de sortie formulés au niveau des différentes entreprises ne soient pas alignés avec l’objectif de limitation du réchauffement climatique à 1,5°C maximum, fixé par l’Accord de Paris sur le climat en 2015.

    En cause, le caractère «non contraignant» de cet engagement, mais aussi, selon les ONG, un «processus d’évaluation truqué» des plans de sortie du charbon de ces mêmes acteurs, qui devront dès l’année prochaine les soumettre à leurs régulateurs, l’Autorité des marchés financiers ou l’Autorité de contrôle prudentiel et de résolution.

    Ces deux instances seront appuyées dans leurs analyses par des commissions montrant «de lourds conflits d’intérêts», est-il avancé. Plus d’un quart de leurs membres sont des représentants d’acteurs financiers comme BNP Paribas, Amundi, Axa ou Natixis. Or, plusieurs grands groupes français présentent des incohérences dans l’application de leurs engagements, constatent les associations militantes.

    La raison? «Désinvestir du charbon ne coûte rien alors qu’arrêter de financer ou assurer un client, qui plus est si ses activités sont diversifiées, revient à le perdre ou à renoncer à des parts de marché», est-il précisé. A partir de données financières fournies par l’association de recherche néerlandaise Profundo, les ONG désignent le groupe bancaire BNP Paribas comme le plus gros financeur français des entreprises développant de nouvelles centrales à charbon: 2,2 milliards d’euros accordés rien qu’en 2019.

    Dans l’assurance, «Axa, malgré une politique de désinvestissement du charbon plus poussée, propose des couvertures d’assurance à des entreprises impliquées dans des projets charbon», déplorent les ONG. A titre d’exemple, elles  citent Adani Mining, la filiale australienne du conglomérat indien Adani, responsable du très contesté méga-projet de mine Carmichael en Australie. Les banques Société Générale et Natixis, elles, sont pointées du doigt pour leurs stratégies charbon ne permettant pas de sortir du secteur dans les temps impartis par la science climatique.

    Les ONG évoquent aussi le cas du Crédit Agricole, considéré comme précurseur avec un objectif ambitieux de sortie du charbon  d’ici à 2030 pour les pays de l’UE et de l’OCDE, 2040 pour la Chine et 2050 pour le reste du monde. Elles lui demandent désormais la déclinaison pour chaque branche de métier (financement, gestion d’actifs et assurance).

    Enfin, le rapport égratigne des acteurs sans politique charbon n’ayant «aucune image à défendre auprès du grand public» comme Comgest ou Rothschild & co. En guise de solutions, les ONG incitent les acteurs financiers français à «annoncer l’exclusion immédiate des 417 entreprises qui développent de nouveaux projets charbon et une stratégie permettant au plus tard une sortie du charbon d’ici 2030 dans les pays de l’UE et de l’OCDE et d’ici 2040 ailleurs».

    Ces deux demandes font partie de leurs  «dix commandements» pour sortir du charbon. Le secteur financier est aussi invité à ne plus soutenir directement «des projets, nouveaux ou existants, de mines, centrales et infrastructures charbon», et à prendre des mesures contraignantes, comme la suspension de fourniture de services financiers aux clients impliqués dans le charbon afin de les amener à cesser leurs activités dans ce secteur.

    A.G.

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