Economie

Sécurité alimentaire/Berd: Tout le monde doit mettre la main à la poche… et à la pâte!

Par Joséphine ADAM | Edition N°:5379 Le 25/10/2018 | Partager
La Berd a déjà investi 11 milliards d’euros dans le secteur de l’agriculture
Au Maroc, ce sont 8 projets financés
Le Forum international... peut-être une occasion d’aller plus loin
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Le président de la Berd, Suma Chakrabarti, co-organisateur avec la FAO du Forum international sur les «Investissements responsables du secteur privé dans l'alimentation et l'agriculture», a parlé de ses projets au Maroc et en Afrique
(Ph. Mokhtari)

Le président de la Berd, Suma Chakrabarti, co-organisateur avec la FAO du Forum international sur les «Investissements responsables du secteur privé dans l'alimentation et l'agriculture», décline ses projets au Maroc et en Afrique. Pour lui, il s’agit de créer un environnement propice, où l'innovation est encouragée et où les investisseurs privés ont les moyens de contribuer à une croissance économique inclusive et à la durabilité environnementale. Entretien.

- L’Economiste: Vous appelez à plus d’investissements privés dans le secteur de l’agriculture. Qu’en est-il?
- Suma Chakrabarti:
La Berd a déjà investi 11 milliards d’euros dans le secteur de l’agriculture, ce qui n’est pas le cas des autres multinationales au cours de ces dernières années. L’accent a été mis sur le secteur privé et sur les services du secteur privé. Si la Berd a les capitaux pour aller encore plus loin, pour monter en échelle, tout repose sur la demande. Les objectifs ne sont pas fixés, ce sont les clients qui viennent vers nous avec des idées et des projets. Le Forum international a d’ailleurs été l’occasion de discuter avec le ministre Aziz Akhannouch et le secteur privé pour voir comment aller au-delà des 8 projets au Maroc où nous avons investi. Bien sûr, il faut aussi que la Banque africaine, la Banque mondiale, la Banque asiatique… s’investissent plus elles aussi. La Berd ne peut pas être seule.

- Quels sont les grands défis à relever?
- Le grand défi est de produire assez pour nourrir correctement les populations dans les pays en voie de développement, car il y a une énorme carence actuellement. Il faut aussi limiter l’impact du secteur agricole sur l’environnement, car 30% de l’utilisation de l’énergie est imputable à ce secteur, qui supporte également 20% des émissions de GES. Nos projets se doivent donc d’être durables. Les difficultés liées à l’emploi pèsent également dans la balance. Dans de nombreuses zones rurales, le sous-emploi des jeunes, des femmes, mais aussi les déséquilibres entre les régions, sont des facteurs incontournables. Nos projets doivent impliquer ceux qui sont encore extérieurs au système, sans accès à l’emploi ni aux financements. Ici, l’innovation et les technologies numériques s’inscrivent comme des pistes pour réduire les coûts et augmenter les productions. Il faut également s’assurer que les chaînes de valeurs agricoles soient bien plus durables dans l’utilisation des ressources, tout comme dans l’utilisation des polluants. Enfin, nos projets doivent être en adéquation avec les compétences des populations, notamment les jeunes et les femmes dans les zones les plus marginalisées, et surtout qu’ils répondent à leurs besoins. Le Maroc met particulièrement l’accent sur la régionalisation, un processus que nous appuyons pleinement. L’objectif étant d’aider les populations pauvres à se développer.

- La tâche est ambitieuse…
- D’autant qu’il s’agit aussi d’aider les entreprises agroalimentaires à croître à l’international, à percer de nouveaux marchés à l’extérieur du Maroc. Pour cela, il est essentiel d’élever les normes afin de permettre au secteur de plus exporter vers l’Europe ou ailleurs. Les normes de gouvernance, d’entreprise, de gestion... sont à travailler. C’est en effet une stratégie très étendue, détaillée, et peut-être la plus développée de toutes les institutions dans ce secteur. Si, en Afrique, la Berd est présente au Maroc, en Egypte et en Tunisie, il y a une vraie demande d’autres pays pour nous développer plus au sud. Pour cela, il faut que nos actionnaires, y compris le Maroc, soient d’accords, et votent en 2020 pour étendre ou non ce périmètre géographique.

Propos recueillis par Joséphine ADAM

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