Economie

Le Maroc aux Etats-Unis: Traduire la réalité dans la perception

Par Khadija MASMOUDI | Edition N°:5366 Le 08/10/2018 | Partager
Les transferts des MRE devraient être mieux rentabilisés
Un fonds d’investissement canaliserait cette épargne vers des secteurs productifs
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Lalla Joumala Alaoui, ambassadeur du Roi aux Etats-Unis: «Le Maroc s’est évertué durant les deux dernières décennies, à mettre en œuvre des réformes substantielles et audacieuses aux plans social, politique et économique» (Ph. L’Economiste)

L’Idée est intéressante, voire audacieuse: réorienter l’épargne et les transferts des marocains résidant à l’étranger (MRE) vers des investissements plus rentables. Cela nécessite un changement de logiciel, cette manne pouvant être une source de financement de projets structurants en transitant par un fonds d’investissement. Ce fonds serait ouvert à des montants même modestes encourageant ainsi plus de personnes à y participer.

Cette formule a fait ses preuves dans d’autres pays. «Il est temps pour les Marocains des Etats-Unis de passer à de nouvelles formules d’investissement au Maroc. Un fonds d’investissement est bien plus intéressant et plus rentable que les achats immobiliers», souligne Tarik Kabbaj, vice-président de Business Banker, Seacoast Bank Floride.

A l’University Of Central Florida où un débat sur «le climat des affaires au Maroc et l’environnement socio-culturel» a été organisé à l’initiative de Musk Strategies, jeudi 4 octobre en prélude du lancement du «village du Maroc» au Dr Philips Center en Floride, tous les atouts du pays ont été dressés: position stratégique, stabilité politique, marché ouvert, infrastructure…L’ambassadeur du Roi aux Etats-Unis, Lalla Joumala Alaoui, a mis en avant la vision du Souverain: «le Maroc s’est évertué durant les deux dernières décennies, à mettre en œuvre des réformes substantielles et audacieuses aux plans social, politique et économique».

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Feu Mohammed V en 1957 avec Walt Disney en visite au Magic Kingdom (Ph. L’Economiste)

Dwight Bush, ex-ambassadeur des Etats-Unis au Maroc (il accompagne la société Soluna qui a investi dans les énergies renouvelables au Sud du Maroc) estime «qu’il faut miser sur les petites et moyennes entreprises industrielles américaines qui pourraient utiliser le Maroc comme plateforme d’exportation vers l’Afrique et le sud de l’Europe».

Les avantages qu’offre le Maroc doivent être néanmoins améliorés, voire, renforcés par certains réglages. D’abord par la nécessité de mettre à disposition une meilleure information et un meilleur accompagnement des investisseurs dont certains ont essuyé quelques échecs. Amal Laassel  fondateur et associé gérant de Laassel Law a d’ailleurs insisté sur l’accompagnement.

Cette avocate installée depuis plusieurs années en Floride a tenu à rassurer sur le système juridique marocain citant au passage le cas d’un conflit entre entreprises marocaines et américaines: «la sentence prononcée au Maroc a été confirmée par la justice fédérale américaine. Ce qui témoigne de la fiabilité du système».

Ensuite, le Maroc a tout intérêt à travailler sur la perception. Rick Kriseman, maire de Saint Petersburg en Floride a bien résumé le gap entre la réalité du terrain et la perception: «C’est en visitant le Maroc que je me suis rendu compte de son évolution et de tout le travail accompli». Kriseman a d’ailleurs cité les écoles de formation des imams pour contrer l’intégrisme et les discours de la haine, des morchidates…

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Le pavillon marocain à Epcot Center est considéré comme le plus beau du World Showcase. A l’intérieur comme à l’extérieur, la décoration est une vitrine du savoir-faire et de la richesse de l’artisanat du Royaume (Ph. L’Economiste)

Le Maroc qui a signé en 2004 l’accord de libre-échange avec les Etats-Unis veut booster les échanges et les investissements directs. 

Avec ce pays, la balance commerciale était déficitaire de 20,2 milliards de DH en 2017. Les importations ont atteint 29,9 milliards de DH, soit 6,8% du total. Elles portent principalement sur les groupes de produits «alimentation, boissons et tabac», énergie et les lubrifiants ainsi que les produits bruts d’origine animale et végétale.

Les exportations sont à 9,7 milliards de DH, ce qui représente 3,9% du total.  Elles sont concentrées sur les phosphates, les engrais naturels et chimiques et sur les agrumes.

Les flux d’investissements directs américains au Maroc ont augmenté à 5,88 milliards de DH en 2017 se plaçant ainsi en deuxième position après la France. Ils représentent 17% des IDE reçus par le Maroc l’année dernière. Cette hausse intervient après la baisse de près de moitié enregistrée en 2016, année où ils avaient reculé à 2,7 milliards contre 4,2 milliards de DH en 2015. Ces investissements restent concentrés dans l’agroalimentaire et le secteur électrique électronique.

                                                                            

Une ville en avance sur son temps, mais…

CRÉÉ en 1982, le parc à thème Epcot Center (acronyme de Experimental Prototype Community of Tomorrow), où le Maroc dispose d’un pavillon, traduit l’imagination sans limite du fondateur de l’empire Disney. Ce parc est l’archétype d’un multiculturalisme que le monde réel a un peu perdu.

Peu de personnes savent qu’en réalité le projet de départ était de créer une ville où résideraient 20.000 habitants (tout en accueillant des visiteurs) au sein d’une communauté autonome. Dans son concept originel, le mode de vie dans cette ville serait planifié et contrôlé dans le moindre détail. Elle aurait été interdite aux retraités pour ne pas inhiber les capacités d’imagination et d’innovation d’une population jeune.

L’idée germe dans les années 60 quelques années avant la mort de Walt Disney en 1966. Pour ce dernier, la question urbaine allait devenir l’une des préoccupations majeures des sociétés modernes. Dans le contexte de l’époque, les villes américaines étaient petit à petit rattrapées par la montée de l’insécurité mais aussi par la multiplication de manifestations pour les droits civils comme à New York à l’occasion de l’expo universelle de 1964 où Disney disposait d’un pavillon. L’esquisse de cette vision futuriste fut officiellement abandonnée en 1975, l’idée jugée irréaliste tant financièrement que politiquement.

La configuration du site Epcot à travers ses attractions majeures,  Future World et World Showcase, traduit ces ambitions. Elles s’inspirent de la grande vague des Expos universelles très à la mode depuis le début du XXe siècle. World Showcase est d’ailleurs la déclinaison permanente d’une Expo universelle. C’est dire l’importance. 

Onze pays seulement dont le Maroc ont l’immense privilège d’y être représentés: Maroc, Italie, France, Allemagne, États-Unis, Japon,  Royaume-Uni, Canada, Mexique, Norvège et Chine. En dépit de critiques récurrentes, cette vitrine limitée vécue comme une exclusion par les autres nations traduit en réalité une vision du monde, à laquelle Disney reste attachée, celle de l’authenticité. 

Le pavillon marocain a été construit en 1984, soit deux ans après l’ouverture du centre. En réalité, le travail a été préparé en 1957, soit une année seulement après l’indépendance, à l’occasion d’une visite historique de Feu Mohammed V au parc Disney. Visite qui sera immortalisée par des photos cultes pour les rencontres des deux Rois, celui du Maroc et celui du Magic Kingdom.

Dans ce genre de rendez-vous, c’est connu le Maroc n’aime pas faire les choses à moitié. Contrairement aux autres pays, qui ont confié leurs pavillons à des prestataires privés, dans le cas marocain, c’est Feu Hassan II en personne qui supervisa le chantier, dépêchant une équipe d’artisans pour la réalisation des arcades, la pose des zellidges, la construction des fontaines, de manière à reproduire dans le moindre détail ce savoir-faire ancestral. Hassan II demanda à voir le plan d’architecture pour s’assurer que la touche marocaine est bien respectée et le jour de l’ouverture c’est la princesse Lalla Meryem qui le représenta. Le projet nécessitera un investissement de 20 millions de dollars.

A ce jour, le pavillon marocain est considéré comme le plus beau du World Showcase, de nombreuses revues spécialisées le classant régulièrement numéro 1, suivi de celui de la France et de l’Italie.

A Epcot center, une grande part des effectifs sont de jeunes étudiants originaires des pays représentés. Walt Disney leur propose généralement un hébergement pour une durée d’une année dans le cadre de son programme World College.

DNES à Orlando, Khadija MASMOUDI

 

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