Economie

Inégalités sociales, toujours plus profondes

Par Abdelaziz GHOUIBI | Edition N°:5366 Le 08/10/2018 | Partager
Le phénomène prend de plus en plus d’ampleur dans le monde
Au Maroc, il se manifeste par le déficit d’accès aux services de base
Les conclusions d’une étude de la DEPF
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L’analyse de l’évolution de la part des 1% les plus riches et des 50% les plus pauvres laisse entrevoir un écart de tendance encore plus marqué entre l’Europe et les Etats-Unis. Aux Etats-Unis, les 1% les plus riches ont vu leur part dans le revenu national croître significativement pour se situer à 20% en 2014 contre 11% en 1980, alors que celle des 50% les plus pauvres s’est inscrite en forte baisse, passant de 20% en 1980 à près de 12% en 2014

139 programmes couvrant des domaines variés tels que l’éducation, la santé, la lutte contre la pauvreté, l’emploi… Mais l’impact reste de loin en dessous des résultats escomptés. Le creusement des inégalités sociales au Maroc va en s’aggravant. «Ce qui renseigne sur le caractère peu inclusif du modèle de développement jusque-là poursuivi», constate la dernière livraison de la Direction des études du ministère des Finances.

En plus des inégalités de revenus, l’accès aux services de base demeure une source de préoccupation majeure, notamment dans le domaine de l’éducation et de la santé, qui conditionnent l’égalité des chances au sein de la société. L’analyse de la Direction des études et des prévisions financières (DEPF) se veut justement une contribution à l’enrichissement du débat engagé sur le nouveau modèle économique. 

Elle s’appuie sur un large benchmark à travers le monde. Car le phénomène des inégalités sociales est généralisé  à l’ensemble des pays, les plus avancés comme les pauvres, en passant par les émergents. Il ne se limite pas uniquement à l’aspect revenu mais porte surtout sur les capacités d’accès aux services de base.

«La montée des inégalités est une tendance structurelle dont l’ampleur s’est accentuée depuis le début des années 1980. Elle caractérise l’ensemble des pays quoiqu’à des rythmes différenciés. Les Etats-Unis et les pays émergents d’Asie (Chine et Inde notamment) sont particulièrement touchés par ce phénomène.

En revanche, la situation est relativement moins prononcée en Europe du fait de l’existence de régimes de protection sociale assez soutenus. Au sein des pays en développement, la région Mena et l’Afrique subsaharienne s’érigent en tête des pays les plus inégalitaires à l’échelle mondiale.

L’aggravation du phénomène a pris racine vers le début des années 1980, mettant un terme à la phase d’opulence qu’avait connue la plupart des pays au lendemain de l’après-Deuxième Guerre mondiale. Les inégalités avaient culminé au début des années 2000, puisque la part des 10% les plus riches dans le revenu mondial s’est située à 55,3%. Depuis, une certaine atténuation a été observée, mais l’évolution cache encore des disparités persistantes entre régions et pays.

En particulier, les inégalités de revenus aux Etats-Unis se sont fortement creusées au point que l’écart entre ce pays et l’Europe n’a cessé de s’élargir. En effet, les Etats-Unis et l’Europe affichaient en 1980 des niveaux quasiment similaires en termes de part des 10% des revenus les plus élevés (32% et 34% respectivement). Cette part s’est située en 2014 à 47% aux Etats-Unis et à 37% seulement en Europe.

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Les contre-performances du Maroc en matière d’éducation sont perceptibles au niveau de la durée moyenne de scolarisation: 5 ans 8,4 pour l’échantillon. Les pays qui réalisent les meilleurs sont la Jordanie et la Malaisie avec une moyenne de 10,1 ans de scolarisation

Par ailleurs, la même tendance en termes d’aggravation des inégalités a été observée dans le cas des pays émergents à fort potentiel, dont notamment la Chine. La dynamique d’ouverture dans laquelle s’est inscrit ce pays semble avoir alimenté l’acheminement vers une société davantage inégalitaire. De leur côté, les pays du Moyen-Orient affichent des niveaux d’inégalités extrêmement élevés, avec une part des 10% les plus riches dans le revenu national se situant à 61% en 2016.

Dans une  moindre mesure, l’Afrique subsaharienne demeure aussi affectée par une résistance à la baisse des inégalités. Avec des conditions de départ extrêmement difficiles, ces pays ne semblent pas avoir réussi jusqu’à présent à infléchir de manière forte les inégalités sociales.

Plusieurs instruments de politiques publiques ont été mis en place, en vue de promouvoir une économie inclusive et de créer les conditions propices à un vivre ensemble apaisé et harmonieux. Ces politiques portent sur des leviers variés visant soit à agir sur les inégalités à leur genèse où à travers des mécanismes de redistribution pour corriger les insuffisances du système de partage de la richesse nationale.

L’accès aux services publics de qualité comme la santé, l’éducation ou le logement contribuent largement à atténuer les inégalités. Certains pays recourent davantage à ces services qu’aux transferts comme moyen d’atténuer les disparités sociales. Selon une étude réalisée par l’OCDE, un accroissement de 1% des dépenses publiques d’éducation en pourcentage du PIB entraînerait une augmentation du revenu disponible des ménages pauvres et celui de la classe moyenne de 2% à 8%.

Il est essentiel, par ailleurs, d’accorder un intérêt particulier à la petite enfance ainsi qu’aux besoins des familles dont les enfants sont scolarisés. De nombreuses études montrent en effet que les premières années de vie d’un enfant sont déterminantes pour son avenir. Les pays scandinaves, en particulier la Suède, représentent un modèle efficace de développement social de la petite enfance.

 

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