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Somaca: Bye bye Taylor

Par L'Economiste | Edition N°:331 Le 21/05/1998 | Partager

Le pire est passé pour la Somaca. L'entreprise entame sa mise à niveau technique et humaine. La nouveauté est l'introduction des unités élémentaires de travail.


Ça roule pour la Somaca. L'année 1997 a été d'un bon cru. Chiffre d'affaires de 280 millions de DH, cash-flow de 30 millions, et résultat net après impôts de 8,7 millions de DH.
A en croire ces chiffres, les années des vaches maigres sont loin derrière. Le creux de la vague avait été atteint en 1995 avec seulement 8.462 voitures produites. La Somaca était sur le point de passer l'arme à gauche, et le personnel était obligé de ne travailler que trois jours par semaine et de n'être payé que sur la base de ces trois jours. Principale cause de cette agonie, l'invasion des véhicules d'occasion sur le marché. L'intérêt même d'une industrie de montage automobile marocaine était remis en question.

Et puis... et puis, fin 1995, ce fut le déclic provoqué par l'aboutissement du projet de la voiture économique. En 1996, la production de la Somaca double pour atteindre 17.458 voitures. La même année, M. Mohamed Ali Ghannam est nommé à la tête de la Somaca. Il affiche aussitôt comme objectif d'asseoir une politique de rationalisation industrielle et de mise à niveau de l'outil technique.
En 1997, la Somaca investit 60 millions de DH pour accompagner les 140 millions investis par Fiat dans la nouvelle ligne de production. Et pour 1998/99, l'entreprise annonce un investissement de plus de 85 millions de DH qui portera sur l'extension de la ligne de traitement des surfaces et l'installation d'une nouvelle cabine de peintures.

Mettre à niveau les hommes


Parallèlement, un programme de mise à niveau des ressources humaines est mis en place. "Il ne suffit pas en effet d'investir dans l'outil technique, il faut aussi mettre à niveau les hommes", affirme M. Ghannam, président de la Somaca. Ainsi, un plan de formation tous azimuts a été enclenché pour les 850 personnes qui travaillent dans l'usine.
Un programme de recrutement de jeunes techniciens de métier (bac+2 ans), mieux formés, a coïncidé avec un mouvement d'incitation au départ pour le personnel qui approche l'âge de la retraite.
Pour accompagner cette formation sur les métiers de base, une nouvelle organisation du travail a été mise en place. Objectif: rompre avec le désormais dépassé mythe taylorien du travail à la chaîne.
"La Somaca est en train d'introduire un nouveau concept qui a déjà fait ses preuves aux usines de Toyota au Japon, les unités élémentaires de travail (UET)", explique M. Ghannam.
Des équipes de 10 à 20 personnes sont responsables de la production de leur automobile et de la maintenance au 1er degré des équipements. De plus, l'ouvrier est invité à donner des suggestions sur le travail qu'il fait, puisque c'est lui qui le connaît le mieux.
Selon M. Ghannam, "ce ne sont pas des cercles de qualité au sens propre du terme, c'est plutôt des cercles de qualité propres à l'automobile".

Pour l'instant, toute l'usine n'est pas encore organisée de la sorte, mais la Somaca prévoit à moyen terme de les généraliser même aux bureaux. Les premiers résultats commencent à être cueillis. Depuis la montée en régime de la Siena, 30 véhicules sortent chaque jour avec un objectif qualité assigné par
Fiat.
Autre mode de gestion dévelop-pé par les Japonais et repris par la Somaca, le juste à temps (ou production flux tendus) qui permet des gains substantiels sur les stocks et le transport.
Pour l'instant, ce mode de gestion n'est appliqué qu'au niveau des sièges, mais la construction d'un complexe industriel (sur une surface couverte de 28.000 m2) pour former un cordon de sous-traitants autour de l'usine Somaca est à prendre dans ce sens. De grands noms de la sous-traitance automobile ont déjà pris des options ou des enga-gements, comme l'Américain Delphi, Proma ou Sila Holding International.
La modernisation de l'usine de la Somaca permettra aussi de porter sa capacité de 24.000 voitures par an actuellement à près de 32.000 en 1999, en une seul équipe. La capacité pourra être doublée instantanément pour suivre le marché en installant une nouvelle équipe. D'ailleurs, la Somaca prévoit en 1999 une montée en cadence de sa production, grâce notamment à l'introduction sur les chaînes des deux nouveaux modèles: la Palio de Fiat et le Kangoo de Renault.


Le grand amour avec R4


Plus de 540.054 voitures sont sorties des chaînes de la Somaca depuis le début de la production en 1962 et jusqu'à fin 1997. La production record avait été atteinte en 1975 avec 25.216 véhicules montés. Sur ses 35 années d'existence, la Somaca a produit plus de 65 modèles appartenant à dix constructeurs différents. Fiat, Renault, Peugeot mais aussi Simca, Talbot et Citroën. Figurent aussi dans le lot des Austin et des Dodge.
S'il y a une voiture qui mérite l'amour de Somaca, c'est bien la Renault 4. La petite Française a en effet partagé la vie de l'usine pendant 29 années consécutives. 95.250 «4L" sont sorties des chaînes de montage. Difficile de faire mieux. A titre de comparaison, la voiture économique de Fiat, la Uno, est sortie en 13.569 exemplaires pour la version essence et 12.527 pour la version diesel, soit 20.096 voitures à fin 1997.
Une autre Renault se pointe aussi en tête de liste, mais loin derrière la R4. C'est la fameuse R12. Les chaînes de la Somaca ont en effet livré plus de 38.850 voitures de cette marque. Les premiers modèles de Fiat sont les 124/125/128, qui font 32.064 voitures en tir groupé.

Les autres championnes de la production à la Somaca sont respectivement la Simca 1100 (on s'en doutait un peu) avec 29.268 voitures, la Fiat 127 (23.664 voitures), la Renault 16 (21.520 véhicules montés) et les Simca 1000/1300/1301 avec 21.038 unités.
Et puis, il y a eu les flops. Comme cette Dodge produite en seulement 161 exemplaires, ou encore, tout dernièrement la Croma et ses 168 voitures. Parmi les voitures les plus éphémères sur les chaînes de la Somaca, sont citées la Peugeot106 ou la 306, qui n'ont vécu sur les chaînes que durant trois années.
Actuellement, près de cinq modèles se partagent les lieux. il s'agit de la voiture économique, (Uno et Siena), des véhicules utilitaires légers économiques, Renault Express et Citroën C15. Il y a aussi la Renault Trafic, mais qui est en voie d'extinction. En outre, la Somaca s'attend prochainement à accueillir deux nouveaux venus, la Palio de Fiat et le Kangoo de Renault.

Ghassan KHABER

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