Société

Marrakech/attentats
Liberté et sécurité, les deux piliers d’un nouveau contrat social
Par Hassan Aourid

Par | Edition N°:3520 Le 02/05/2011 | Partager

Hassan Aourid, auteur de plusieurs livres de réflexion sur le monde contemporain, a été porte-parole du Palais royal, historiographe du Souverain et wali à Meknès. Son dernier livre, «Occident, est-ce le crépuscule?» a été présenté dans nos colonnes le 27 avril 2011, ainsi qu’un long entretien avec l’auteur; www.leconomiste.com

Le drame qui frappe le peuple marocain, suite à l’acte terroriste qui a touché Marrakech le 28 avril, dans un contexte national et régional particulier, nous interpelle tous.
Le terrorisme est hélas là, une hydre qui guette et qui ne désarme point. Par cet acte abject, il visait le peuple marocain dans sa quiétude, sa culture, ses espoirs et ses ambitions. Il visait la remise en cause des choix imprimés sur les plans politique, économique et culturel. Marrakech et sa place Jamaâ El Fna n’étaient pas fortuits.
Elles ont valeur de symbole. Mais le symbole ne peut éclipser les victimes de quelque pays qu’ils soient. Leur mort a scellé avec le peuple marocain un dessein commun. Comme à l’accoutumée, les Marocains, devant les épreuves, se sont montrés solidaires. Au-delà de la solidarité nous devons tirer des enseignements:
1) Le terrorisme est toujours une menace, qui, eu égard des chamboulements régionaux, a gagné en intensité. Pire, nous sommes devant une nouvelle génération d’actes terroristes, sophistiqués, qui appellent à plus de vigilance. Ceux qui pensaient, ingénument, que le terrorisme est un symptôme devraient revoir leurs analyses. Ceux qui mettaient en doute sa réalité, par des conjectures fantaisistes, doivent faire leur mea culpa.
2) Par cet acte abject, les commanditaires de l’acte voulaient faire avorter le processus que connaît le Maroc. La dynamique ne doit souffrir de ralentissement, et il est à inscrire à l’actif au gouvernement marocain, sa volonté d’aller de l’avant dans les chantiers de réforme. La dynamique doit continuer son chemin, sereine et responsable.
3) Les choix, tant brandis par les forces vives de la nation, pour plus de liberté, ne sont pas aux antipodes d’un Etat fort. Il ne faut pas entendre par un Etat fort, un Etat arbitraire, mais des institutions solides, l’état de droit, une justice indépendante, et des forces vives engagées et responsables.
4) L’ignoble acte qui touche le Maroc, ne peut être circonscrit au Maroc. Et il est à saluer toutes les expressions de sympathie exprimées par les pays occidentaux amis et ceux du voisinage. Il faut aller au-delà, dans l’accompagnement de la dynamique économique et sociale, dans ce contexte très particulier. Un fléchissement dans le développement économique risque de jeter le doute sur la dynamique politique enclenchée et exacerber les tensions qui peuvent être utilisées par les sirènes du malheur et de la haine. La Méditerranée ne doit pas être perçue comme un club, mais le théâtre d’un enjeu politique, économique et sécuritaires, aux implications planétaires.
5) La communauté marocaine à l’étranger qui a toujours fait montre d’un exceptionnel enthousiasme et solidarité avec ce qui se passe dans le pays, est appelée à se montrer plus solidaire, plus entreprenante sur le plan économique et social. L’exception marocaine n’est pas un état de fait mais un devenir, qui sera forgé par nous-mêmes. Nous devons y œuvrer, dans un contrat social à la Locke, où le gage de l’exercice de la liberté est la sécurité. Il ne s’agit nullement de brader l’un pour l’autre.
Plus sont grands les espoirs, plus sont grands les dangers qui les guettent. Nous devons en être conscients et agir en conséquence.

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