Economie

Maroc-Russie
Rabat à la recherche d’un allié sûr

Par Mohamed CHAOUI | Edition N°:4729 Le 15/03/2016 | Partager
Vers un renforcement des relations politiques et stratégiques
De nouvelles perspectives d’échanges dans l’agriculture, le tourisme…
Des phosphates contre le pétrole russe
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Le Roi Mohammed VI à son arrivée à Moscou. Le rapprochement entre les deux pays peut jouer en faveur du Maroc dans le dossier du Sahara. La Russie peut faire pression sur le régime algérien pour lâcher du lest (Ph. MAP)

Nouvelle tournure dans les relations Maroc-Russie. Le Souverain est à Moscou depuis dimanche soir. Le programme prévoit un tête-à-tête entre le Roi et le président Vladimir Poutine, avant d’être élargi à d’autres responsables des deux pays. Par la suite, les deux chefs d’Etat présideront la cérémonie de signature de plusieurs conventions. La composition de la délégation officielle renseigne sur les domaines concernés par les accords. En effet, plusieurs ministres ont fait le déplacement. C’est le cas notamment de Mohamed Boussaid, Aziz Akhannouch, Mustapha Ramid, Aziz Rebbah, Abdelkader Amara, Abdelatif Loudiyi et Hakima El Haite. Ce voyage, qui a été reporté plusieurs fois, est qualifié d’«important pour le Maroc». Il vient à la suite d’une première visite royale en 2002 où les deux pays avaient signé une convention de partenariat stratégique qui avait augmenté la capacité de coopération. En attendant que le programme débouche sur du concret, on prend de plus en plus conscience que la relation entre le Maroc et la Russie revêt un caractère politique et stratégique. Ce pays est membre du Conseil de sécurité et à ce titre, il jouit du droit de veto. D’autant que Moscou a prouvé à la terre entière qu’elle était un allié sûr. Pour Rabat, c’est du pain bénit, surtout à la veille de la présentation du rapport du secrétaire général de l’ONU sur le Sahara en avril prochain.

Au niveau des équilibres des forces, la Russie est un ami de l’Algérie depuis des décennies. Elle peut faire pression sur le régime d’Alger pour lâcher du lest sur le plan du Sahara marocain. D’autant que «ce dossier n’est pas vital pour notre voisin de l’Est. Il est plutôt d’ordre politique pour constituer un front destiné à affaiblir le Maroc. Sur ce plan, la Russie peut jouer un rôle», souligne le Pr Tajeddine El Hosseini, professeur des relations internationales à Rabat.

Sur le plan économique et après la dégradation des relations entre la Russie et l’Union européenne, Moscou cherche de nouveaux marchés. Depuis l’attaque de l’avion russe, la rupture avec la Turquie est totale. Et du coup, les centaines de milliers de touristes qui avaient l’habitude d’aller à Istanbul, prospectent d’autres destinations. De ce côté, les potentialités sont grandes et le Maroc a une offre à mettre sur la table. Surtout que l’Office marocain du tourisme avait déjà anticipé des actions de promotion vers ce marché porteur.

La mise en place d’une ligne aérienne Casablanca-Moscou est également destinée à développer ce secteur. Et ce n’est pas un hasard si le DG de l’ONMT, Abderrafie Zouitène fait partie de la délégation officielle qui accompagne le Roi. D’autres secteurs seront concernés par cette relance de la coopération. C’est le cas des exportations des produits agricoles, des phosphates contre le pétrole et le gaz naturel russes. «Dans les relations commerciales, les Russes sont favorables au troc», rappelle le Pr Hosseini. De même, des opportunités existent dans d’autres domaines comme l’armement. Dans ce secteur, Rabat a opté pour la diversification des fournisseurs et la production russe est réputée. D’ailleurs, Abdelatif Loudiyi, ministre en charge de l’Administration de la défense a fait également le déplacement.

Cette visite royale présente de multiples opportunités. On abordera sérieusement la possibilité qu’offre le Maroc pour devenir la plateforme régionale vers l’Afrique pour les entreprises russes.  La CFC peut être une plateforme financière pour attirer les groupes russes à venir installer leurs sièges régionaux à Casablanca.

Accès préférentiel

La coopération économique entre le Maroc et la Fédération de Russie est régie par un cadre juridique.  Un accord commercial et économique, ratifié à Marrakech et entré en vigueur en 2000, lie les échanges entre les deux pays. Cet accord prévoit le traitement de la clause de la nation la plus favorisée, pour le commerce des biens et services. Ainsi, les produits marocains bénéficient d’un accès préférentiel pour une liste de produits dans le cadre du système généralisé des préférences. D’autant que la Russie est officiellement membre de l’OMC depuis le 22 août 2012.

 

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