Economie

Canicule/Souss Massa Drâa
La production d’agrumes menacée?

La filière particulièrement touchée, les petits fruits abîmés
Léger effet sur les produits maraîchers
L’ORMVA prudent, le couperet des statistiques 2014/2015 à fin août

Avec la canicule du mois de mai, il y a de fortes chances pour que le scénario catastrophique de la production des agrumes de 2012 se répète en 2015

La vague de chaleur qui a frappé la région du Sud du Maroc en mai et juillet ne passera pas sans dégâts. Les chaleurs de mai (oscillant entre 42 et 46 degrés dans les provinces de Taroudant, Tiznit, Chtouka Aït Baha et Agadir) ont frappé de plein fouet les agricultures en phase de croissance. La filière des agrumes est particulièrement touchée puisque la canicule est survenue pendant la phase de floraison (mars à juillet) et juste au moment de la formation des premiers fruits. La province de Taroudant, qui abrite la majorité des plantations d’agrumes de la région du Souss, en a pâti. D’après quelques agriculteurs de la région de Taroudant, la chaleur spectaculaire suivie juste après par une baisse brutale de température a causé la chute des petits fruits et la fanaison des fleurs.
On parle de presque 50% de perte de la production pour la saison. Pour rappel, plus de 40% de production en agrumes avait été perdue en 2012 suite à une forte hausse de thermomètre à la même période de l’année. L’Office régional de mise en valeur agricole (ORMVA) reste pour l’instant prudent quant aux éventuels dégâts. «On ne peut faire aucune prévision sur l’effet des grosses chaleurs survenues en mai et juillet maintenant. Il faudra attendre jusqu’à la fin août pour constater les effets», explique Lahcen Bellouch, directeur de la division agriculture à l’ORMVA. La production nationale serait de ce fait fortement impactée puisque le Souss est la première région productrice d’agrumes avec 888.000 t de production en 2013/14 sur une production totale nationale de 2,2 millions de tonnes. Le volume d’exportation de la région a totalisé 433.813 la même saison.
En février déjà, les producteurs d’agrumes avaient revu à la baisse leurs objectifs de production. Et cela en raison des aléas climatiques et du démarrage tardif de la campagne suite à la mise en place d’un nouveau système de gestion de l’export par l’Association des producteurs des agrumes du Maroc (ASPAM). La production prévue avoisinerait les 1,9 millions de tonnes contre 2,2 millions enregistrées en 2014.
Parallèlement à cette baisse, le volume d’exportation sera de 485.000 tonnes au lieu de 569.000 t enregistré en 2014. Pour la culture maraîchère, «la chaleur n’a pas beaucoup affecté la production puisqu’elle est survenue en fin de saison», explique Souleiman Saad, secrétaire général de l’Association marocaine des producteurs et exportateurs de fruits et légumes (APEFEL). En effet, l’impact est plutôt réduit vu que ces deux pics de chaleurs sont survenus en fin de saison en période de cueillette. Néanmoins, quelques cultures comme les haricots verts ou les cultures précoces ont subi les effets de la chaleur de mai. Ce qui va fort probablement impacter sur le calibre de la production. Il faudra attendre la fin août pour connaître l’effet de ces chaleurs lors des statistiques officielles pour la saison 2014/2015.

La production animale moins touchée

La production animalière de la région SMD est peu affectée par la canicule passée. «Les hausses de températures n’ont pas duré assez longtemps pour voir des effets notables sur la production animalière», note Samir Bari, ingénieur de production animal à l’ORMVA SM Agadir. Néanmoins, la production laitière baisse avec l’augmentation des chaleurs. «Les vaches ne s’alimentent plus correctement en période de canicule et ont des soucis de respiration. La baisse de production laitière peut aller jusqu’à 20 %», note Dr Faiq Abdellatif, de l’Office national de la sécurité sanitaire des produits alimentaires (ONSSA). Pour l’élevage de poulet, la situation diffère. «Si la canicule survient dans la période où les poulets destinés à l’abattage ont plus de 30 jours, il est fort probable d’enregistrer des décès», précise Hafid Ouakaha, président de l’association des producteurs de viandes au Sud. De ce fait, un léger impact pourrait survenir pour les viandes blanches. Mais pas notable.

Sabrina BELHOUARI