Enquête

Vague de froid: Une mobilisation exceptionnelle
De notre envoyé spécial, Amine RBOUB

Par | Edition N°:4447 Le 23/01/2015 | Partager
Un hôpital de campagne installé à Ouaouizeght
Un staff de 40 médecins et infirmiers de l’armée déployé
Des prestation médicales de proximité dans une région pauvre

Niché en bas de la montagne, le campement militaire, qui fait office d’hôpital mobile, compte une trentaine de tentes et structures gonflables. Un dispositif quadrillé dans une plate-forme entourée de camions et de barricades. A gauche, l’évacuation d’urgence d’une femme, qui a été transportée par hélicoptère et admise à l’hôpital provincial de Béni Mellal. Plus de 250 consltations ont été enregistrées le premier jour.  Elles ont été assurées par des équipes multidisciplinaires composées de médecins spécialistes et d’infirmiers des Forces Armées Royales

En cette période de vague de froid intense, les zones montagneuses enregistrent d’importantes chutes de neige et des pics de baisse de température. Par région, le mercure descend jusqu’à moins 10°. Des douars sont depuis une semaine complètement enclavés, des routes enneigées et barrées, des écoles fermées… Certaines localités sont entrées en hibernation, tellement les risques de tempête sont omniprésents. C’est exceptionnel, le Maroc n’a pas connu des vagues de froid et des chutes de neige aussi intenses depuis plusieurs années. Pour limiter les dégâts, une forte mobilisation a été enclenchée dans les zones et localités les plus exposées. De gros moyens logistiques ont été déployés, particulièrement dans le Moyen Atlas. C’est le cas notamment à Ouaouizeght, commune rurale de la province d’Azilal. Dès l’entrée de ce village perché en haut d’une montagne, un impressionnant campement militaire est installé depuis dimanche dernier.
Une sorte de caserne provisoire formée d’une trentaine de tentes gigantesques. Des structures gonflables qui servent de bâtiments divers (dortoirs, réfectoire, dépôts, unités de ravitaillement, de logistique, administration…). Un camp qui fait office d’hôpital militaire mobile. Tout a été fait de manière à ce que le montage de cette structure passe inaperçu, camouflé... De loin, les tentes sont à peine visibles, tellement elles épousent la nature car quadrillées de toutes parts par les reliefs et les camions.
L’accès y est strictement interdit. Dès l’entrée, des agents de la Gendarmerie filtrent les visiteurs. Passé ce stade, ce sont les Forces auxiliaires qui prennent le relais pour vous ouvrir les barricades. Après, ce sont les sous-officiers du bataillon médical de soutien logistique santé (BSLS) qui vous orientent vers le service concerné. Pour les invalides et les personnes âgées, elles se font accompagner par les agents de la Protection civile jusqu’à la consultation. «Nous avons mis en place un système d’enregistrement, de tri et de sélection très rigoureux.
L’objectif est de classer les patients au cas par cas, selon la nature et l’urgence de la maladie. Cette machine d’organisation est bien huilée. Elle a déjà fait ses preuves dans nos hôpitaux de campagne en Afrique, notamment au Mali, Congo et Côte d’Ivoire», explique un jeune capitaine sur site. C’est dire que l’armée dispose d’une expertise en la matière. «C’est un hôpital d’une capacité de 30 lits. Il dispose d’une vingtaine de médecins de différentes spécialités et autant d’infirmiers», explique un colonel sur place.
En fonction des cas, des médicaments sont distribués gratuitement aux malades. Parmi les spécialités de ces bâtiments mobiles, la médecine générale, la médecine interne, la chirurgie, la pneumologie, la gynécologie, la psychiatrie, l’ophtalmologie, la pédiatrie, la dentisterie… A l’instar des grands hôpitaux, le camp abrite une salle de soins, des urgences, un bloc opératoire et même une salle de réanimation et un service de psychiatrie!
Mardi dernier, l’hôpital mobile a reçu ses premiers patients. Après le passage la veille du berrah (crieur) dans les douars, plus de 300 personnes se sont déplacées pour consultation. Une longue file d’attente s’est formée dès 9 heures du matin devant le campement.  Une population qui n’a pas les moyens de se soigner, ni d’acheter des médicaments. Les patients ont été accueillis par un staff composé de 40 médecins et infirmiers militaires. Pour cette première journée, plus de 250 visites médicales ont été effectuées. Les femmes étaient plus nombreuses, suivies de vieux et de nourrissons.Trois patients étaient sous surveillance médicale et une femme évacuée par hélicoptère vers l’hôpital de Béni Mellal. Parmi les cas récurrents lors des visites médicales, figurent les grippes, les difficultés respiratoires, les rhumatismes, les cataractes, les maladies dermatologiques, le diabète, l’hypertension… «Je suis un non-voyant et je souffre de problèmes dermatologiques. J’ai bénéficié d’une visite médicale et de médicaments gratuitement», témoigne un jeune patient. «Je ne vois pas bien. J’ai consulté le médecin spécialiste qui a diagnostiqué une cataracte. Dieu merci, j’ai pu avoir des médicaments et une ordonnance pour des lunettes gratuitement», confie un octogénaire, le visage buriné et qui marche à peine. La petite localité de Ouaouizeght est réputée pour sa pauvreté et son froid glacial, l’hiver. Ici, le thermomètre descend jusqu’à moins 4 degrés l’hiver. Ce patelin niché en pleine montagne compte environ 9.000 habitants. Il est situé à 40 km du chef-lieu, Béni-Mellal, et à 40 km d’Azilal. L’ensemble de cette zone compte 10 communes rurales qui accueillent 70.000 habitants.

Fausse note

LES autorités locales se sont montrées très frileuses lors du passage de notre équipe. Curieusement, le caïd de Ouaouizeght recourt encore à des méthodes moyen âgeuses en envoyant «son khlifa» demander les noms et prénoms des journalistes et numéro de la CIN en plus du nom du support. Interrogé sur les indicateurs de la région, le caïd feint de ne pas disposer de ce type d’informations!
Pour venir en aide aux populations des zones enclavées  et dans les montagnes, deux hôpitaux de campagne ont été déployés cette semaine à Msemrir dans le Dadès et à Ouaouizeght. Parallèlement, 9 hélicoptères dont 7 de la Gendarmerie et 2 de la Santé ont été mobilisés pour les évacuations d’urgence des cas complexes. 757 ambulances ont également été déployées et 142 centres de santé sont opérationnels dans le cadre de ce dispositif au profit des populations vivant dans des zones montagneuses ou enclavées.

 

  • SUIVEZ-NOUS:

  • Assabah
  • Atlantic Radio
  • Eco-Medias
  • Ecoprint
  • Esjc