Enquête

Vague de froid
Presque engloutis dans la neige

Par | Edition N°:4447 Le 23/01/2015 | Partager
Jusqu’à moins 10° la nuit!
Une zone enneigée jusqu’au Col Tizi Tanout à 2.075 m
Chasse-neige, fraiseuses… L’Equipement déploie ses engins

Verglas, brouillard, froid glacial et tempêtes de neige à longueur de journée.

Le chasse-neige en pleine opération de déneigement dans des tronçons où la neige atteint jusqu’à 1 mètre de hauteur. Très complexe, l’exercice consiste à libérer la chaussée et élargir les accotements pour ouvrir la voie à la circulation, via des convois

C’est le décor quotidien depuis une semaine dans la région de Boumia, Aghbalou, Zayda, Tikajouine… l’arrière-pays de la province de KhEnifra. Une zone enclavée où les routes sont fermées à la circulation depuis dimanche dernier. Nous nous sommes rendus sur les lieux et restés bloquées de longues heures sur ce qui est communément appelé «la Route 33». Forts de l’intervention des équipes de l’Equipement, nous avons pu participer aux opérations de déneigement sur plus de 100 km. Une zone où le thermomètre descend jusqu’à moins 10 degrés la nuit. Sur place, tout le paysage est vêtu d’un blanc immaculé. De vastes étendues englouties, on se croirait en Sibérie! Sur plusieurs dizaine de kilomètres, aucune personne, encore moins le bétail, ne s’aventure dehors. Tout un monde en hibernation! Il faut dire que l’on s’est préparé à cette période. Depuis un mois, la population s’est approvisionnée de produits de première nécessité, huile d’olive, féculents, sucre, bois… pour éviter les ruptures de stocks.
Tout commence à partir d’une barrière de neige qui obstrue la route au niveau du poste Moha Ouchrif. Derrière, de longues files de camions-remorques, autocars, pick-up, fourgons et voitures particulières coincés depuis la veille.  Après une nuit passée derrière la barre, des conducteurs furieux s’impatientent. «On nous parle à la télé de situation maîtrisée, mais de qui se moque-t-on», s’emporte un camionneur. Par moment, les conducteurs perdent leur sang froid, haussent le ton et menacent de forcer la barrière pour avancer quelques km plus loin, au péril de leur vie. Certains transportent des marchandises périssables, de la volaille qui ne supporte pas le froid, des fruits et légumes, carburant... «Cette route qui relie Midelt à Errachidia et l’Oriental vers Missour est un axe stratégique pour les routiers qui contournent la Nationale 13», précise Abdelmalek Abou Ennajah, directeur de l’Equipement, qui contrôle les opérations depuis 4 jours. Pour la circonstance, les ingénieurs de l’Equipement ont déployé la grosse artillerie: 6 chasse-neige, niveleuses, chargeuses, fraiseuses, camions, 4X4… répartis dans les zones englouties. Objectif: parer au plus urgent. L’interdiction d’accès à la voie ne dépasse pas 12 heures. La circulation est souvent rétablie, mais pour quelques heures seulement. «Il y a des tronçons où la neige atteint jusqu’à 1 mètre de hauteur.

En haut, la barrière de neige, une clôture qui sépare deux mondes. L’un enclavé sur une centaine de kilomètres et l’autre reliant la région au chef-lieu, Khenifra. En bas, le directeur de l’Equipement de Khenifra qui supervise les premiers convois autorisés à circuler mercredi dernier
 

C’est difficile de libérer la chaussée, car les vents finissent par recouvrir la voie en si peu de temps», explique Abdesslam Beriane, technicien de 1er grade. L’exercice de déneigement rappelle le mythe de Sisyphe, car il faut tout reprendre depuis le début dès la fin des travaux. «Dès que la voie est évacuée, nous libérons les véhicules par convoi. La priorité est donnée aux autocars compte tenu du nombre de voyageurs et aux camions», signale le technicien. Le passage de poids lourds en premier produit un effet frottement qui induit de la chaleur sur la chaussée, ce qui permet de faciliter la circulation des véhicules légers qui suivent. Ceci dit, l’asphalte présente de gros risques, car avec le froid, la route devient très glissante. «Il ne faut surtout pas prendre des risques inutiles. Le verglas fait déraper les véhicules.  Les couloirs des vents et autres tempêtes de neige réduisent la visibilité», précisent les déneigeurs. En fait, le verglas survient dès que la température descend à moins 4 degrés. Le phénomène réapparaît tôt le matin avec l’ensoleillement. Pour éviter le glissage, les techniciens procèdent au sablage des pentes de la chaussée. Une opération qui réduit le risque de dérapage. Autre technique utilisée, la pouzzolane. «Il s’agit de pierres issues de roches volcaniques qui permettent de rendre le sol plus rugueux. Ce qui assure une meilleure adhérence des pneus au sol et réduit le glissement», explique le directeur de l’Equipement. Pour sécuriser les convois, le chasse-neige escorte les véhicules, évacue la chaussée et élargit les accotements. Deux camions se relaient rive gauche/rive droite pour libérer l’aller-retour de la chaussée. Pour éviter tout risque de carambolage, les consignes sont strictes: maintenir la distance requise entre véhicules, rouler à une vitesse moyenne de 40 km/h et surtout ne pas freiner, sinon c’est la porte ouverte au dérapage. Bien évidemment, les dépassements ne sont pas autorisés.
A. R.

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