Enquête

Les couples qui osent le pari de la génération in vitro: «Il faut sortir notre société de ce tabou»

Par | Edition N°:4429 Le 26/12/2014 | Partager

Le docteur Hassan Boudrar est gynécologue spécialiste en médecine de la reproduction à la nouvelle clinique dédiée à la FIV, le Marrakech Fertility Institute

Avec beaucoup de ferveur et d’ambition, le docteur Hassan Boudrar, gynécologue spécialiste en médecine de la reproduction au Marrakech Fertility Institute, se bat pour sortir la FIV des méandres des idées reçues et des tabous de la société.

- L’Economiste: Quelles sont les causes de la progression de l’infertilité masculine?
- Hassan Boudrar:
Le stress est la première cause de l’infertilité. A cela se rajoutent les pollutions atmosphériques et alimentaires. La température et le climat sont également des facteurs aggravants. Certaines professions sont plus touchées, ce que l’on appelle l’exposition professionnelle, comme les soudeurs ou les chauffeurs de taxi, qui sont tout le temps assis. Mais je rappelle que dans 40 à 50% des cas d’infertilité, la cause reste la grande inconnue. Hypertension, insuffisances rénales, tensions psychologiques, de nombreuses maladies peuvent être à l’origine du problème. Un patient peut passer avec succès toute une batterie d’examens, se considérer alors comme “normal”, et être pourtant responsable de l’infertilité de son couple. Je conseille vraiment de ne pas attendre la quarantaine pour venir consulter. Plus les patients sont jeunes, plus les chances de réussite sont grandes. 

- Existe-t-il au Maroc une prise en charge des couples touchés par cette maladie?
- C’est justement le problème dans notre pays. Aucun organisme de prévoyance sociale, que ce soit la Cnops pour l’Etat, l’AMO, la CNSS pour le privé, ou les assurances privées pour les sociétés privées, ne considèrent l’infertilité comme une maladie. Du coup, rien n’est pris en charge, à commencer par les premiers examens, le spermogramme et l’hystérographie. 

- A votre avis, pourquoi le Maroc reste à la traîne dans ce domaine?
- Les premiers responsables sont les médecins, ce sont également le manque de structures et les médias, qui devraient mieux informer la population. Avant, parler du cancer du sein était tabou. Aujourd’hui, grâce aux efforts et performances de nos centres, en quelques années, notre perception du cancer a beaucoup évolué.
La maladie continue de faire peur, mais au moins on en parle. L’infertilité reste, quant à elle, un tabou. Communiquer, en parler, expliquer, serviront à sa cause et sortiront les couples de leur honte. Pour l’anecdote, à cause du terme “bébé éprouvette”, beaucoup de gens sont persuadés que la fécondation se fait dans une bouteille! Nos patientes nous demandent, lors de l’accouchement, de ne surtout pas parler de l’origine de cette naissance, avançant que leur enfant serait alors appelé “l’enfant de la bouteille”. Nous sommes bien sûr tenus au secret professionnel, mais cela démontre la pression sociale qui pèse sur cette technique médicale et sur les hommes et les femmes qui y ont recours. Je rassure au passage ceux qui en doutent, il n’est pas question de bouteille dans la fécondation in vitro.

Propos recueillis par S. J.

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