Enquête

Les couples qui osent le pari de la génération in vitro

Par | Edition N°:4429 Le 26/12/2014 | Partager
Une moyenne de 3.500 FIV réalisées par an au Maroc
10 à 15% de couples concernés
Les deux freins majeurs: l’absence de prise en charge et le tabou

«Jamais nous ne dirons comment nous avons eu cet enfant».

La fécondation in vitro (FIV) est une technique de procréation médicalement assistée et de transfert d’embryon. L’équipe du MFI réalise depuis de nombreuses années cette injection intra-cytoplasmique de spermatozoïde à l’aide d’une pipette dans un ovule retenu par une pipette de succion

Faiçal et sa femme Hamida arrivent tout droit de la région de M’Hamid. Plusieurs heures de car et un voyage de nuit pour rejoindre Marrakech, qu’ils espèrent être la ville de leur salut. C’est en entendant parler de la nouvelle clinique dédiée à la fécondation in vitro (FIV), Marrakech Fertility Institute (MFI), que l’attente du miracle s’est transformée en action. Mariés depuis 12 ans, pour eux, “c’est maintenant ou jamais”. Comme la majorité des couples touchés par l’infertilité, ils ont patienté de longues années entre résignation et tristesse de ne pas “avoir un enfant comme tout le monde”. Faiçal s’est immédiatement senti concerné par le problème et a su faire front à sa famille qui lui conseillait de changer de femme. Un fait assez rare pour le souligner. Dans notre société, comme dans beaucoup d’autres, la femme reste la première responsable d’un couple en mal d’enfant. Pourtant, le Cecos à Paris, Centres d’études et de conservation des oeufs et du sperme, a démontré qu’en 1950, le sperme était meilleur qu’aujourd’hui. L’homme devient avec le temps plus infertile que la femme. En cause, le stress, la pollution ou les produits chimiques présents dans notre alimentation. Ce déclin de la fertilité masculine peut être considéré comme un problème de santé publique, qui menace le renouvellement des populations futures. En moyenne dans une société, 10 à 15% de couples souffrent de cette maladie, soit plus de 800.000 personnes dans notre pays. Si, au Maroc, l’infertilité n’est pas considérée comme une maladie, donc non prise en charge, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) la définit comme telle.
Il existe une vingtaine de centres de fécondation in vitro au Maroc. En l’absence de registre national, on estime à 3.500 FIV réalisées par an en moyenne. Un chiffre bien en deçà de ce qui se fait en Tunisie par exemple, qui en réalise plus de 7.000 par an, grâce à la prise en charge de l’Etat. Le coût de cette procréation médicalement assistée au Maroc tourne autour de 20.000 DH. Un budget non remboursé qui exclut un large pan de la population.

FIV infographie: En moyenne dans une société, 10 à 15% de couples souffrent d’infertilité, soit plus de 800.000 personnes dans notre pays

Dans les locaux flambant neufs du MFI, l’équipe aguerrie à la pratique sait mettre le couple en condition. Si Hamida, au moment du prélèvement de son ovule, peut se détendre en musique, Faiçal lui est attendu pour un prélèvement toujours compliqué à gérer. La particularité de notre pays est, que contrairement à la France, la clinique met une chambre à la disposition du couple, plutôt que des revues spécialisées interdites par l’islam. En effet, les Marocains demandent souvent la présence de leur femme pour cette étape où il leur faut prélever les spermatozoïdes. C’est maintenant aux équipes médicales de jouer. Dans ce tout nouveau laboratoire du MFI, la fécondation se réalise dans des boîtes stériles avant la réimplantation des embryons dans l’utérus de la femme, deux ou trois jours plus tard. “Ce qui a motivé notre décision, raconte le couple, c’est que cette clinique offre une technique de pointe, des équipes compétentes et une structure toute neuve, qui colle au plus près aux exigences sanitaires et aux normes obligatoires. L’avantage est aussi cette prise en charge complète sur un même lieu”. Hamida rajoute que, pour son entourage, “nous sommes à Marrakech pour quelques jours de vacances. Nous ne pouvons dire à personne la vraie raison de ce voyage. Notre enfant pourra ainsi vivre normalement”.
Hamida et Faiçal espèrent que cette première tentative sera la bonne. Avec un taux de réussite autour de 30%, et malgré leur réelle détermination, ils savent déjà qu’ils ne pourront pas financer d’autres essais.

Les particularités de la FIV au Maroc

LE premier bébé éprouvette au Maroc date de 1991, soit 10 ans seulement après la France. La fécondation in vitro dans le Royaume est réservée aux couples mariés (même pour deux étrangers), hétérosexuels, et le don de sperme et d’ovocytes est interdit par la législation. En revanche, contrairement à la France qui limite la FIV aux pères de moins de 56 ans et aux mères de moins de 43 ans, au Maroc il n’y a pas de limite d’âge.

Stéphanie JACOB

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