Analyse

Filière algues: Toute une forêt sous-marine encore inexploitée

Par Stéphanie JACOB | Edition N°:5373 Le 17/10/2018 | Partager
Un secteur encore vierge reposant principalement sur l’exportation de la matière brute
La culture artificielle, une arme à multiusage non explorée
Energie, biofertilisants, biocarburants, biopesticides, compléments alimentaires, cosmétiques... les créneaux
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Au Maroc, l’espèce la plus récoltée, et à travers laquelle on extrait l’agar-agar (gélifiant végétal: E406), est une algue rouge qui porte le nom scientifique de Gelidium sesquipedale (Agarophyte), ou “rbiaa” pour les ramasseurs d’algues. Son exploitation, qui a commencé depuis 1949, a vu sa récolte réglementée par le ministère en 2004 (Ph. U. Leone)

Alors que les algues marines constituent pour le monde un enjeu majeur de développement économique, au Maroc, malgré ses 3.500 km de côtes et ses presque 600 espèces différentes, ce secteur est très peu développé, reposant principalement sur l’exportation de la matière brute. Les potentialités sont pourtant immenses.

Comme le rappelle Noureddine Elmtili, professeur à l’Université Abdelmalek Essaâdi de Tétouan, «des sites importants au sud du Maroc n’ont jamais été explorés de manière scientifique, des études purement systématiques sur les richesses en phytoplancton n’ont pas encore été réalisées». Alimentation, santé, environnement, cosmétique… autant de domaines où les algues seraient de très bons stimulants de la croissance économique.

Les micro-algues sont de plus en plus demandées à l’échelle mondiale dans ces mêmes domaines, mais aussi pour les biocarburants, les substituts alimentaires ou les pesticides chimiques. Un secteur encore vierge où tout reste à faire donc, sachant que l’algoculture est écologique, nécessitant une faible technicité et peu d’investissements, entre autres avantages, et qui pourrait bénéficier aux habitants des zones côtières en manque de ressources économiques.

Sauf que «les recherches au niveau des universités restent très limitées quant à l’utilisation des algues dans différents domaines (énergie, biofertilisants, biocarburants, biopesticides, compléments alimentaires). Les volets alimentaire et cosmétique le sont encore moins. Beaucoup de pays viennent récolter nos algues sans qu’on en bénéficie», déplore Ouafa Cherifi, algologue et professeur à la faculté des sciences Semlalia à Marrakech.

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Les algues marines constituent pour le monde un enjeu majeur de développement économique. La production algocole représente 317 kilos par seconde. Autrement dit, on cultive 9 à 10 millions de tonnes d’algues alimentaires chaque année, un chiffre en forte progression. Ce sont la Chine et le Japon qui en sont les plus gros consommateurs

Au Maroc, l’espèce la plus récoltée, et à travers laquelle on extrait l’agar-agar (gélifiant végétal: E406), est une algue rouge qui porte le nom scientifique de Gelidium sesquipedale (Agarophyte), ou «rbiaa» pour les ramasseurs.

Son exploitation, qui a commencé depuis 1949, a vu sa récolte réglementée par le ministère en 2004,  mais «les fraudeurs, les inévitables intermédiaires et les ramasseurs clandestins d’algues la traquent partout, toute saison confondue. Ceci se répercute sur l’équilibre écologique des ressources marines», rappelle Cherifi.

En effet, des algologues de la faculté des sciences d’El Jadida ont prouvé que la surexploitation de cette ressource a provoqué l’envahissement des côtes de la région par l’algue brune japonaise invasive baptisée Sargassum muticum.

Afin de mieux organiser la filière, l’Agence nationale pour le développement de l’aquaculture (ANDA), mandatée par le département de l’Environnement pour développer des activités aquacoles grâce aux dons du FEM (le Fond pour l’environnement mondial), ouvre en 2013 une ferme pilote d’algoculture dans la lagune de Nador. Exploité par la Coopérative de pêcheurs artisans Marchica, ce projet vise une culture de masse des algues rouges, qui servent dans la production de biogaz, mais aussi dans la cosmétique et font office de fertilisants.

L’objectif étant à la fois de diversifier les activités des pêcheurs locaux pour atténuer la pression sur le stock de poissons, améliorer leurs revenus, préserver des gisements naturels d’algues et mettre sur le marché un produit de qualité avec un contrôle sanitaire au niveau des élevages. Mais si «la stratégie nationale existe, elle ne se reflète pas concrètement sur le terrain», conclut Elmtili, qui appelle à «miser sur la culture artificielle pour un bénéfice local, national et environnemental».

La «bonne» récolte 2017 d’El Jadida

A El Jadida, berceau de l’algue rouge, l’année 2017 a été bonne. Les 4.914 tonnes d’algues sèches d’agarophytes allouées pour la zone représentaient une hausse du quota de 12% par rapport à l’année précédente.
La ressource étant particulièrement abondante. Chaque embarcation, un peu plus d’un millier, ramassait près de 1.700 kg par jour. Réglementation oblige, leur traçabilité est opérée informatiquement via les 21 coopératives d’El Jadida.

Une seule usine au Maroc: Setexam

Cette entreprise familiale créée en 1960 produit l’agar-agar pour les secteurs alimentaire et pharmaceutique. Cette gelée tirée de la plante marine sert à la fois à la conception de desserts, biscuits, bonbons, soupes, sauces… sans modification de saveur. Un gel également utilisé comme matrice solide dans les cultures de tissus, la duplication de gels en dentisterie ou le moulage en céramique. Une gélose qui pourrait remplacer avantageusement et efficacement la gélatine animale. Le développement du savoir-faire de Setexam s’est traduit par l’octroi des technologies modernes telles que l’automatisation du process de production, l’adoption des bonnes pratiques de fabrication, l’application du système de management qualité ISO 9001-2000 et du système HACCP, sans oublier une veille scientifique active afin d’assurer une production continue de produits de grande qualité.

 

 

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