Dossier Spécial

SIAM 2018/ Après la production, Maroc Vert s’attaque à la logistique

Par Mohamed CHAOUI | Edition N°:5258 Le 24/04/2018 | Partager
Stockage, entreposage et distribution, trois axes prioritaires
Fonds agricole: Les petits exploitants reprennent le lead
Les agriculteurs engagés dans le projet de dessalement de l’eau de mer pour l’irrigation
akhenouch_058.jpg

Les organisateurs ont choisi les Pays-Bas comme invité d’honneur du SIAM. Appelé également «la porte de l’Europe», ce pays est le 2e  exportateur mondial des produits agricoles, avec un réseau logistique de premier plan (Ph. Jarfi)

Pendant 6 jours, le monde agricole aura les yeux rivés sur le SIAM, le plus grand salon professionnel au Maroc. Dans cet entretien, Aziz Akhannouch, ministre de l’Agriculture et de la Pêche maritime, dresse le bilan du Plan Maroc Vert. Dans l’immédiat, le chantier le plus pressant est la chaîne logistique, cruciale pour structurer les marchés des produits agricoles. Il y a du travail!

- L’Economiste: Où en est la mise en oeuvre du contrat-programme de l’agro-industrie ?
- Aziz Akhannouch:
Le bilan d’étape du Plan Maroc Vert a clairement mis en évidence la nécessité de renforcer la valorisation, la transformation et la commercialisation des produits agricoles, notamment à travers la mise à niveau de l’industrie agroalimentaire et des circuits de distribution. Cette évaluation a donné lieu à une stratégie déclinée sous forme de contrat-programme signé le 27 avril 2017 en marge des Assises de l’agriculture à Meknès. Sa mise en œuvre est en marche. Sur le volet valorisation, les mécanismes de soutien sont activés. L’arrêté fixant les montants, les conditions et les modalités d’octroi de l’aide financière de l’Etat pour les unités de valorisation des produits agricoles frais et de leurs sous-produits a été publié au Bulletin officiel le 22 février 2018. Cet arrêté prévoit des subventions  variant de 10 à 30%, selon le type d’unités avec bénéfice de l’ensemble des activités de valorisation des produits agricoles. Aujourd’hui, les 57 guichets uniques du Fonds de développement agricole sont mobilisés pour recevoir et traiter les demandes des incitations accordées par l’Etat.
En ce qui concerne l’export, les conditions et modalités d’octroi de l’aide financière de l’Etat à la promotion et à la diversification des exportations des produits agricoles sont fixées. L’arrêté est actuellement en phase de publication au Bulletin officiel.
Aussi, et afin de mutualiser l’intervention du Fonds de développement agricole et du Fonds de développement industriel et de l’investissement, les départements de l’Agriculture, de l’Industrie et des Finances ont signé une convention qui définit les modalités de traitement des dossiers de demande de subvention. Ceux-ci seront pris en charge par chacun des deux ministères et les modalités du maintien des équilibres financiers pour respecter les niveaux de participation financière de chaque département. Par ailleurs, le ministère a entamé les concertations pour l’élaboration des conventions spécifiques prévues par le contrat. Elles sont actuellement au stade de finalisation et certaines seront signées très prochainement.

- Avons-nous raté le pari de la valorisation dans la filière oléicole? Le Maroc produit de l’huile d’olive et importe par milliers de tonnes de l’huile raffinée.
- Nous n’avons pas raté ce pari. Un grand travail a été réalisé et continue pour cette filière. Les importations d’huiles d’olive ne représentent que 5% des besoins de consommation locale. Ainsi, dans le cadre de l’approche contractuelle entre l’Etat et l’interprofession, un contrat-programme a été conclu en 2009 entre le gouvernement et l’interprofession de l’olive pour le développement de la filière oléicole sur la période 2009-2020. Les premiers résultats sont satisfaisants. Une hausse des superficies cultivées de 35% à 1,04 million d’hectares par rapport à 2009 et une amélioration de la production d’olives qui s’établit en moyenne à 1,35 million de tonnes durant les cinq dernières campagnes agricoles. A la signature du contrat-programme, elle était de 863.000 tonnes.
Ces réalisations ont un effet structurant sur l’emploi, la couverture des besoins du pays en huiles alimentaires, la valorisation des territoires excentrés de montagne, etc. Mais comme vous l’avez bien signifié, après avoir relevé ce défi de la production, il a fallu mettre le cap sur la valorisation. Et justement, le contrat-programme oléicole avait prévu plusieurs mesures dans ce volet.

- Quelles sont les plus importantes?
- Depuis la signature du contrat-programme oléicole, la capacité de trituration a atteint 1,74 million de tonnes par an, contre 700.000 en 2009. Cela correspond à l’installation d’une capacité additionnelle de 1,04 million de tonnes par an, soit 70% de l’objectif escompté. Concernant la production moyenne d’huile d’olive, elle est de 132.000 tonnes/an dont 14.000 sont exportées (moyenne 2012-2016). Le reste de la production est consommée au niveau du marché local, qui demeure très rémunérateur.
Le soutien à l’aval agricole de manière générale est aujourd’hui l’une de mes priorités. L’Etat a mis en place une subvention de 10% du coût d’investissement avec des plafonds pour la construction et l’équipement d’unités de trituration des olives, d’unités modernes de mise en bouteille de l’huile d’olive, et la construction et l’équipement d’unités de traitement et de valorisation du grignon d’olives.

- Les grandes exploitations agricoles ont été fiscalisées depuis quelques années. Quels enseignements tirez-vous de cette première expérience?
- Le système de fiscalisation du secteur a été mis en place grâce à une belle synergie entre les différents acteurs concernés. Après plus de trois ans, l’accompagnement adéquat a été mis en œuvre pour les grandes exploitations agricoles concernées, contribuant ainsi aux avancées portées par le principe d’équité fiscale, consacré dans l’article 39 de la Constitution. Bien entendu, toujours en vertu de ce principe d’équité, les petites exploitations ne sont pas touchées par la réforme. L’exonération totale permanente étant maintenue pour les exploitants agricoles qui réalisent un chiffre d’affaires inférieur à 5 millions de DH.
Pour les grandes exploitations, la réforme s’est effectuée de manière progressive, par l’application, d’une part, de taux réduits pendant 5 ans, de 17,5% en matière d’IS et de 20% en matière d’IR, et par la diminution progressive du niveau de chiffre d’affaires fiscalisé, de plus de 35 millions de DH en 2014 à plus de 10 millions jusqu’en 2019. Des mécanismes pour promouvoir et soutenir les agrégateurs ont également été développés. Le Plan comptable agricole, adopté par le Conseil national de la comptabilité, offre les bases du développement d’une approche patrimoniale, ce qui va permettre une amélioration de la compétitivité des exploitations.

agrumes-058.jpg

Une station de conditionnement des agrumes dans le Souss. Les conditions sanitaires dans ces structures sont parmi les mieux surveillées de la chaîne logistique de la filière  (Ph. L’Economiste)

- Le projet de dessalement de l’eau de mer dans le Souss-Massa suscite un engagement des agriculteurs. Quels sont les investissements à mobiliser?
- Le projet de dessalement suscite un engouement des agriculteurs, qui  s’est manifesté depuis le lancement du projet par une participation très élevée à la campagne de souscription, avec près de 10.000 ha engagés. Le ministère y participe à travers une contribution publique de 1,86 milliard de DH, ce qui permettra la réalisation du projet tout en assurant aux agriculteurs un tarif acceptable, autour de 5 DH le mètre cube hors taxes. Ce projet de dessalement est une première mondiale. Il s’agit d’une mutualisation d’un projet d’eau potable et d’un autre d’irrigation, qui assure les tarifs d’irrigation par eau dessalée les plus bas de la région méditerranéenne. Le ministère compte également mettre en œuvre un projet de gestion des prélèvements sur la nappe, par quotas, pour permettre de la préserver. Le décret organisant cette sauvegarde a été publié en novembre 2017. Ce projet sera opérationnel avant le début de la distribution de l’eau dessalée, prévue pour fin 2020.

- Quelles sont les clés de répartition des ressources du Fonds de développement agricole entre les petites et grandes exploitations?
- Ce Fonds, en promouvant l’investissement agricole privé, vise la modernisation du secteur, l’amélioration de la productivité et des revenus des agriculteurs. C’est un système accessible à tous les agriculteurs, qu’ils soient petits ou grands.
La gestion est assurée par 57 guichets répartis sur l’ensemble du territoire. Ils assurent le traitement de plusieurs milliers de dossiers par mois. Ainsi, l’an dernier, les aides accordées aux exploitations de moins de 10 ha pour l’irrigation localisée, le matériel agricole et les plantations fruitières ont représenté 83% des dossiers traités et 60% des aides. Si, en 2011, les exploitations de moins de 10 ha représentaient 40% des aides et celles de plus de 10 ha 60%, en 2017 la tendance s’est inversée. Les exploitations de moins de 10 ha représentent 60% des aides et celles de plus de 10 ha 40%.

Pays-Bas, 2e exportateur agricole mondial

Le choix des Pays-Bas comme invité d’honneur n’est pas anodin compte tenu de  la thématique de cette édition du SIAM. Les Pays-Bas, communément appelés aussi « la porte de l’Europe », sont le deuxième exportateur de produits agricoles dans le monde et bénéficient d’un réseau logistique de premier plan. Les Pays-Bas sont d’ailleurs l’une des places centrales du commerce européen et mondial pour les produits agricoles. Par ailleurs, le Salon continue de confirmer un positionnement fort au niveau régional et son attractivité est de plus en plus importante, avec cette année, plus de 1.400 exposants issus de 67 pays et plus de 850.000 visiteurs attendus.

Irrigation localisée: 590.000 hectares dès cette année

«Comme je le dis souvent, on ne peut faire d’agriculture sans eau. Donc oui, l’eau est un enjeu majeur pour l’avenir de notre agriculture», a souligné le ministre. Depuis la mise en œuvre du PMV en 2008, son département mène «une politique active d’investissement et de réforme pour la préservation et la valorisation de cette ressource à travers trois programmes majeurs».
Il s’agit du  programme national d’économie de l’eau en irrigation, qui ambitionne de reconvertir 550.000 ha de terres à irrigation localisée, avec un coût de 37 milliards de DH. A cela s’ajoute un programme d’extension de l’irrigation sur 160.000 ha de terres dominées par les barrages existants ou en cours de construction, pour un coût qui s’élève à près de 21,5 milliards de DH. Enfin, un programme de promotion du partenariat public-privé dans le financement, la construction et la gestion des systèmes d’irrigation. Ce qui fait dire au ministre que «la mise en œuvre de ces programmes a impulsé une dynamique sans précédent en matière de généralisation des techniques d’irrigation économes en eau, d’extension des superficies sous irrigation et de promotion du partenariat public-privé en irrigation. A la fin de cette année, la superficie couverte par l’irrigation localisée atteindra 590.000 hectares.

Propos recueillis par Mohamed CHAOUI

                                                              

Viandes rouges: 16 kg par habitant/an

Pour permettre aux organisations professionnelles de se structurer le long de la chaîne de valeur et de jouer leur rôle en tant que partenaires pour le développement des filières, le Plan Maroc Vert a institué un cadre juridique et institutionnel. Depuis la publication de la loi 03-12 relative aux interprofessions agricoles et halieutiques et ses textes d’application en 2015, les fédérations ont entamé le processus de mise en conformité avec ladite loi. C’est ce qu’a fait la Fédération interprofessionnelle des viandes rouges. Elle est composée de 3 collèges représentant la production, la valorisation et la transformation, ainsi que la commercialisation. Cette fédération a été reconnue le 15 mars 2017 en tant que représentant de la filière viandes rouges.
Les principaux objectifs chiffrés du cadre du contrat-programme ont été atteints. En effet, 590.000 tonnes de viandes rouges on été produites en 2017 contre 400.000 en 2008 au lancement du Plan Maroc Vert. Cela représente 96% de l’objectif de 612.000 tonnes fixé à l’horizon 2020. Le taux de couverture des besoins en viandes rouges est de 98% et la consommation par habitant est de 16 kg/an actuellement contre 11,7 en 2008.

                                                              

La filière céréalière se structure

Après la signature du contrat-programme en 2009 entre le gouvernement et les professionnels, la Fédération interprofessionnelle des activités céréalières (FIAC) a été créée en 2013 pour être l’interlocuteur unique auprès de l’Etat, dans le cadre de l’approche contractuelle. Depuis la publication des textes d’application de la loi 03-12, cette fédération a entamé sa structuration en collèges de production, de commercialisation et de transformation. A ce jour, la fédération a finalisé la restructuration des collèges de la commercialisation et de la transformation. Avec l’appui et l’accompagnement de la Comader, elle est actuellement en train de finaliser l’organisation du collège de la production à travers la création d’associations régionales des producteurs de céréales (quatre associations sont déjà créées dans les régions Casablanca-Settat, Fès- Meknès, Rabat-Salé Kénitra et Beni Mellal-Khénifra). Selon Aziz Akhannouch, «les associations des autres régions sont en cours de création pour fédérer ensuite l’ensemble des associations régionales des producteurs en une seule fédération nationale des producteurs de céréales qui représentera le collège des producteurs. A la fin de ce processus, la fédération déposera sa demande de reconnaissance auprès de l’Administration.

 

  • SUIVEZ-NOUS:

  • Assabah
  • Atlantic Radio
  • Eco-Medias
  • Ecoprint
  • Esjc